PAGAN

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Le creuset de l'art birman

On se reportera à l'article birmanie-Arts et Archéologie qui analyse l'évolution des arts de Pagan. Il convient ici de montrer les fondements de cet épanouissement. Une histoire détaillée de la ville est impossible. La chronologie exacte des édifices n'est pas établie avec suffisamment de détails pour permettre de tracer les contours successifs de la cité. De la maison paysanne au palais, en passant par les bâtiments monastiques, l'habitat était en bois et a disparu. Seuls subsistent temples et stūpa, qui étaient édifiés en brique. Nous ne connaissons pas davantage les systèmes d'irrigation, à tout le moins les adductions d'eau nécessaires à l'usage d'une énorme population. Mais on en a reconnu les vestiges. Par des inscriptions sur les briques des temples et des stūpa, on a identifié les villages, échelonnés tout au long de l'Irrawaddy, qui les ont donc fabriquées, soit à titre de corvée, soit pour participer volontairement à ces œuvres pies. Il est probable que ces villages ont également nourri la ville.

On constate que les premiers temples ont été bâtis au xie siècle dans l'antique cité fortifiée, débordant de ses limites au nord, et surtout au sud, mais toujours exactement sur la berge du fleuve. Plus tard, on glissera vers l'est et vers l'intérieur des terres, sans dépasser, au nord et au sud, les deux principaux affluents de l'Irrawaddy qui encadrent le promontoire primitif. Les stūpa semblent avoir été surtout commémoratifs : ici on a débarqué telle relique du Bouddha, là aurait péri tel roi ; on ne peut les intégrer dans une organisation urbaine systématique. Faute de connaître les palais royaux ou princiers, les quartiers d'artisans ou les villages, nous ne pouvons identifier les monastères, et donc saisir la distribution des temples. On admirera seulement le sens de l'espace. Le pays est plat, le ciel presque toujours bleu. De chaque temple, au-dessus des palmes qui évoquent les toits de jadis, on découvre à l'horizon tous les autres monuments. À l'étiage, le fleuve est bordé de véritables falaises interrompues par les cañons de ses affluents. Comme en équilibre au-dessus des eaux, les stūpa semblent être les amers de la grande cité. Creusées dans les flancs des cañons, des grottes rappellent les ermites de jadis. À l'écart, dans ce qui fut autrefois la forêt, un temple perdu évoque les sectes mystiques qui vivaient en marge de la société.

La variété des temples de Pagan s'explique par le caractère de creuset que revêtait la cité. Tout d'abord Pagan vit, sous l'égide des Birmans, la fusion des cultures antérieures : Pyu du Śrīkṣetra et d'Arakan, Mōn du Ramaññadeśa, Thaï même des montagnes du nord-est. On y sent en outre le poids de la Chine toute proche. Dès l'Antiquité, les Pyu avaient enseigné le Mahāyāna au Yun-nan, alors royaume de Nan-Tchao. En retour, la Birmanie recevra, notamment, la technique des pierres dures, de la laque (les premières statues en laque sèche apparaissent sous Kyanzittha, et on a déterré des objets en laque datés de 1274), de la céramique, notamment les briques et les reliefs en terre cuite émaillée. Développée par les Pyu, l'architecture en brique, remarquablement audacieuse grâce à l'emploi de la plate-bande et de l'arc à claveaux, vient probablement de Chine, même si l'influence du Bengale s'avère certaine. À travers les Mōn, les relations avec le Bengale (qui touche l'Arakan), l'Orissa, l'Andhra et Ceylan furent d'autant plus développées qu'elles étaient source de prospérité économique. Shin Arahan ira dès 1160 à Ceylan, dont le roi enverra une « dent » du Bouddha, somptueusement enchâssée dans le Shwezigon. Kyanzittha fera restaurer le temple de Bodhgāyā, dont Nantaungmya (1211-1230) dressera une réplique à Pagan : le Mahabodhi. Des moines indiens décriront au roi Kyanzittha leur temple (Paharpur, peut-être ?) et celui-ci cherchera à le reproduire avec l'Ananda. Le moine Chapaṭa introduira à Pagan, en 1190, l'orthodoxie singhalaise, dont les stūpa et les peintures seront dès lors imités ; on peut multiplier ces exemples à l'infini. Au milieu du xie siècle, les Birmans viendront au contact direct des Khmers dans le delta de la Ménam. On soupçonne une influence du temple-montagne angkorien dans la conception, nouvelle à Pagan, du Thatbyinnyu (entre 1113 et 1150). Une imitation évidente du décor khmer se décèle sur le Mingalazedi (env. 1284). Au début du xiiie siècle, le Payathonzu reproduit les temples bouddhiques de [...]

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1000 à 1100. Seldjoukides

1000 à 1100. Seldjoukides
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Temples de Pagan, Birmanie

Temples de Pagan, Birmanie
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Bernard Philippe GROSLIER, « PAGAN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pagan/