SEMBÈNE OUSMANE (1923-2007)

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Docker romancier et cinéaste

Né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor (Gambie sénégalaise, Afrique-Occidentale française) d'un père pêcheur, Ousmane Sembène travaille dès 1937 comme mécanicien puis comme maçon. Mobilisé en 1942 dans l'infanterie coloniale, il se bat en Afrique, puis en Europe quand la colonie devient gaulliste. En 1948, il s'embarque clandestinement pour la France, devient docker pendant dix ans à Marseille, adhère à la C.G.T. et au Parti communiste dont il suit les cours. Responsable syndical, il participe à la grève qui bloque durant trois mois les envois d'armes destinées à la guerre d'Indochine. Parallèlement, il s'intéresse à la littérature négro-africaine. Ainsi son premier roman, Le Docker noir (1956) sera-t-il basé sur ses propres expériences d'immigré. Il voyage (Danemark, U.R.S.S., Chine, Vietnam) et publie deux autres romans : Ô Pays, mon beau peuple (1957), qui raconte comment un vétéran, revenu dans son village, y introduit des méthodes modernes et communautaires), et Les Bouts de bois de Dieu (1960, situé pendant la grève des cheminots du Dakar-Niger). À ce moment-là, il fréquente à Paris les milieux littéraires de gauche et rencontre aussi les écrivains noirs.

Par la suite, Sembène revient en Afrique pour parcourir les pays francophones. S'apercevant que ses livres ne sont pas lus puisque 80 p. 100 des Sénégalais parlent Ouolof, il décide de se tourner plutôt vers le cinéma tout en continuant à écrire. D'entrée, il veut tourner des films politiques, polémiques et populaires. Après un stage au V.G.I.K. de Moscou où il travaille un temps avec Mark Donskoï et Sergueï Guerassimov, il s'immerge dans les quartiers pauvres de Dakar où il tourne avec peu de moyens, dans un style néoréaliste, une courte fiction documentaire, Borom Sarret (un malheureux charretier se voit confisquer cheval et charrette parce qu'il a franchi la limite du quartier des riches à Dakar). Ce film remporte le prix de la première œuvre au festival de Tours (1963). Bien que le Sénégalais P. S. Vieyra, après ses études de cinéma à l'I.D.H.E.C., ait déjà tourné en 1955 Afrique-sur-Seine, qui décrit la communauté noire de Paris, Borom Sarret sera considéré comme le premier exemple de cinéma authentiquement africain. Celui-ci naît en effet au début des années 1960, en même temps que les pays noirs accèdent à l'indépendance. Auparavant n'existait qu'un cinéma colonial puis, après la Seconde Guerre mondiale, un cinéma ethnographique fondé par Jean Rouch mais auquel, justement, Ousmane Sembène reprochera au cours d'une confrontation fameuse (réalisée par A. Cervoni, France Nouvelle no 1033, 4 août 1965) de regarder les Africains « comme des insectes ».

Après un second court-métrage (Niaye, 1964 : un chef de village fait un enfant à la fille du griot), Ousmane Sembène tourne le premier long métrage de fiction africain, La Noire de... (Sénégalaise, venue en France avec ses patrons blancs, Diouana est poussée au suicide par la misérable condition morale dans laquelle elle est tenue). Prix Jean Vigo 1966, couronnée aussi à Tunis et Dakar, cette révélation d'un cinéma africain venu prendre place dans le mouvement mondial des Jeunes Cinémas initiés par la Nouvelle Vague française confère à Ousmane Sembène son statut d'auteur, au même titre que Godard, Bertolucci ou Oshima. Cette reconnaissance cinéphilique met alors en avant davantage les caractères de modernité de l'œuvre que ses spécificités, qui découlent d'une identité africaine auxquelles l'auteur va dorénavant s'attacher.

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « SEMBÈNE OUSMANE - (1923-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ousmane-sembene/