MUEHL OTTO (1925-2013)

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Le corps dégradé

De 1943 à 1945, Otto Muehl (né en 1925 à Grodnau, Autriche) sert dans la Wehrmacht, une expérience qui aura un fort retentissement sur son œuvre. Doté d’une connotation politique antifasciste et anticapitaliste, le travail de Muehl se veut une critique de la civilisation. Transposant dans ses actions ses souvenirs de guerre en douleur et cruauté, l’artiste cherche plus encore à exorciser une honte de vivre dans un pays qui – selon lui – fait semblant d’ignorer son passé en maintenant un état d’esprit conservateur et réactionnaire. Après avoir enseigné le dessin et la thérapie par l’art dans une école privée de 1954 à 1963, il découvre l’art informel et l’expressionnisme abstrait dans les années 1960. Dès 1961, il rejette les formes précises et les compositions ordonnées, estimant que l’expression est d’autant plus authentique qu’elle est impétueuse. Muehl détruit littéralement – et symboliquement – la peinture de chevalet et pose sa toile à même le sol. Avec de la peinture, du plâtre et de la poudre, il creuse l’énergie qui en émane, l’intention principale étant le geste spontané et incontrôlé issu du subconscient, qui rend visible l’action du corps. Les Materialbilder de Muehl ont pour but de s’approprier l’inconnu, l’abyssal ; elles offrent au regard des amoncellements de couleurs et de matières salies et mutilées, suggérant le désordre de la nature.

Ces œuvres, ainsi que ses Gerümpelskulpturen – des ensembles en ferraille ressemblant à des débris, inarticulés, monstrueux et absurdes – sont présentées au public en juin 1962 dans la cave-atelier de Muehl, lors de la première manifestation collective des actionnistes viennois. En choisissant la crasse et la rouille, il crée un contraste avec les matières luisantes et aseptisées de l’industrie moderne ; il exalte l’objet ou le matériau détérioré que la société a mis au rebut.

Les actionnistes, dans leur manifeste Die Blutorgel paru pour l’occasion, prônent le refus des conventions, le travail avec un matériau vivant sollicitant la totalité des sens, la recherc [...]

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Matthias SCHÄFER, « MUEHL OTTO - (1925-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 juillet 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/otto-muehl/