OROMO

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Une identité plurielle

La chose la mieux partagée par les Oromo est leur langue, afaan Oromo ou Oromiffa. Classée dans la famille des langues dites couchitiques, elle se situe dans la branche orientale, où se trouvent aussi le somali et l'afar. Tous les Oromo peuvent communiquer entre eux sans difficultés. De nombreuses variantes dialectales existent, mais elles ne sont pas assez différenciées pour représenter un obstacle à l'intercompréhension.

Pour tous les autres aspects de leur vie sociale, la principale particularité des Oromo réside dans la plasticité de leur identité. Ils se réfèrent à un socle commun de traditions et de valeurs dont les modalités d'application varient fortement d'une région à l'autre en fonction des particularités du paysage habité et des relations entretenues avec les peuples voisins. Ainsi, leurs activités économiques s'étendent sur une large gamme allant de l'agriculture céréalière au nomadisme pastoral, n'excluant pas les activités citadines modernes. Un trait transversal peut être identifié cependant : quelle que soit la région, de haute ou de basse altitude, l'élevage bovin est une activité dominante chez les Oromo, qui détiennent des cheptels très importants.

Du point de vue des appartenances religieuses, la diversité prévaut aussi. Les Oromo sont majoritairement musulmans à l'est et au sud-ouest, chrétiens orthodoxes au nord. Les églises évangéliques sont fortement implantées à l'ouest. De façon résiduelle, mais avec un certain regain aujourd'hui, la religion oromo traditionnelle continue d'être pratiquée. Les prêtres qaalluu rendent culte à Waaqa, divinité suprême associée à la voûte céleste, et aident leurs fidèles à maîtriser les esprits ayyaana qui les possèdent.

En marge de la structure administrative éthiopienne, auxquelles ils ont dû s'adapter, les Oromo ont entretenu, de façon plus ou moins vivace, l'usage de leur système politique traditionnel, désigné par le terme gadaa. Dans sa forme la plus élaborée, cette organisation est assez complexe : les hommes sont répartis en classes formées non pas selon l'âge, mais selon l'appartenance à une génération : tous les fils des hommes d'une même classe forment une classe à leur tour, de même pour tous leurs petits-fils, et ainsi de suite. Ces classes fonctionnent en assemblées au sein desquelles sont élus des représentants. Elles se succèdent, tous les huit ans en moyenne, à des charges correspondant à des âges sociaux : jeunes guerriers, hommes mûrs, conseillers âgés. Les principes de cette rotation sont rigoureusement suivis par les clans Borana, considérés par les autres Oromo comme les conservateurs de cette organisation traditionnelle. Dans les régions où elles jouent un moindre rôle dans l'initiation et l'encadrement des individus, les assemblées gadaa exercent une forme de régulation des litiges à l'échelle locale, évitant à de nombreux plaignants de recourir au système judiciaire national. À un niveau plus abstrait, les valeurs liées au gadaa sont devenues emblématiques pour l'ensemble des Oromo de leurs aspirations à une plus grande autonomie. Sur la base des descriptions ethnographiques, les idéologues du nationalisme oromo ont en effet proposé une interprétation du système gadaa comme un « modèle républicain » indigène s'opposant aux structures autoritaires et hiérarchiques de l'État éthiopien.

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Écrit par :

  • : maître de conférences en anthropologie et en histoire au Centre d'études africaines, École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Éloi FICQUET, « OROMO », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/oromo/