ORLAN (1947- )

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Corps étalon, corps transfiguré

Née Paulette Du Brouet [Mireille Suzanne Francette Porte] le 30 mai 1947 à Saint-Étienne, Orlan réalise ses premières actions dans sa ville natale, en 1965, en se déplaçant au ralenti selon un itinéraire urbain très fréquenté. Cet exercice de la lenteur étudiée, Or-lent, affirme contre le monde extérieur une temporalité qui lui est propre. L'usage du corps comme outil de connaissance va trouver un prolongement dans les MesuRages, où les marques à la craie portées sur le sol étalonnent à partir de son corps la distance entre deux murs, deux points, deux percées urbaines (place Saint-Pierre à Rome, 1974 ; rues passantes de Nice, 1976 ; Centre Georges-Pompidou à Paris, 1977).

Adepte d'une « surexposition » théorisée, Orlan fait de son corps un instrument pour lequel elle invente au cours des années des poses, des rituels, mais également des fictions relevant du culte de la métamorphose.

Pour cette artiste, la déconstruction de l'identité est devenue la question cruciale d'une esthétique pariant sur l'artifice. En décidant, de 1990 à 1997 lors de neuf opérations, d'utiliser la chirurgie esthétique comme un outil artistique, elle traite la salle d'opération à la façon d'un atelier personnel. Faisant entrer des caméras, lisant des textes de Julia Kristeva, de Michel Serres ou d'Antonin Artaud, programmant des retransmissions vidéo des gestes chirurgicaux, elle projette son visage refiguré à l'aide de prothèses dans une sorte de fiction qui aurait pour décor un bloc opératoire et comme profondeur de champ une multiplicité de récits. Ses opérations radicalisent avec insolence l'abolition des frontières entre sphère publique et sphère privée. Le corps incisé, transformé, ce « ready made modifié », dépose son origine pour se présenter comme un organisme à expérimenter. Faisant en sorte qu'il « redevienne la propriété de celui qui l'habite », préalablement à ses opérations, Orlan choisit dans l'histoire de la peinture des regards, des bouches, des fronts qui lui donnent le [...]

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Anne TRONCHE, « ORLAN (1947- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/orlan/