ORGANISATION, économie

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Coûts de transaction, incitations, compétences

On ne dispose pas, en l’état actuel de la recherche, de théorie unifiée et incontestable des organisations formelles. La théorie des coûts de transaction, inspirée de Ronald Coase (« The Nature of the Firm », 1937) et développée par Oliver Williamson (The Mechanisms of Governance, 1996), tend à prédominer. Elle s’est imposée autour de trois questions principales. La première concerne l’explication de l’existence des organisations, que l’analyse économique standard n’arrivait pas à justifier de façon satisfaisante, se contentant d’invoquer des déterminants essentiellement technologiques. Dans la lignée de Coase, on a pu établir que dans un univers où les transactions entraînent des coûts, le marché n’est pas toujours la solution la plus efficace ; des solutions alternatives, par exemple l’entreprise, peuvent dans certaines conditions se révéler plus avantageuses. La deuxième question éclairée par l’approche transactionnelle découle de ce qui précède : s’il existe des solutions alternatives, laquelle choisir ? L’analyse des déterminants des « coûts de transaction » fournit des outils pour comprendre ces arbitrages. Enfin, une troisième question conduit à ouvrir la « boîte noire » que fut longtemps l’entreprise pour la théorie économique : quelles caractéristiques internes à l’organisation formelle peuvent expliquer ces différentiels de coûts par rapport au marché, et donc permettre de comprendre pourquoi la solution « entreprise » peut souvent être supérieure à celle du recours au « marché » dans l’organisation des transactions.

Une autre approche, la théorie de l’agence, suppose implicitement acquis le résultat dérivé de Coase puisqu’elle postule l’existence des organisations. La question centrale, formulée par Michael Jensen et William Meckling (1976), devient alors celle des incitations que l’organisation doit mettre en place pour amener les « agents » à prendre des décisions et à entreprendre des actions conformes aux intérêts du « principal », le détenteur ultime des droits de propriété. L’analyse des mécanismes incitatifs, c’est-à-dire des modes de rémunération efficaces au sens où ils permettraient d’aligner ces intérêts divergents, est ainsi une pièce maîtresse de la théorie de l’agence. Le problème est particulièrement aigu lorsqu’on ne peut pas isoler les performances individuelles ou lorsque les agents sont amenés à exercer plusieurs tâches qui ne sont pas toujours sensibles aux mêmes incitations, ce qui est évidemment très souvent le cas dans les organisations formelles où le travail d’équipe et la diversité des tâches sont la plupart du temps des composantes essentielles. On notera enfin un problème non résolu dans ce cadre théorique : comment expliquer la nécessité d’un intermédiaire (typiquement le « manager ») entre le principal et ses agents, et quel impact ce troisième personnage a-t-il sur les incitations et, plus généralement, sur la façon d’organiser les transactions en interne (dans l’entreprise) ?

On prendra note rapidement d’autres approches de l’organisation. L’analyse « évolutionniste », initiée par Richard Nelson et Sidney Winter (1982), et l’approche dite de la ressource, issue des travaux de Jeffrey Pfeffer dans les années 1970, apportent des éclairages complémentaires. L’évolutionnisme met l’accent sur les caractères organiques de l’organisation formelle, c’est-à-dire la combinaison de routines et compétences, et la façon dont ces composantes répondent aux changements affectant l’environnement physique, technologique, institutionnel, ouvrant la porte à l’innovation. L’approche par les ressources, surtout présente en sciences de gestion et en sociologie, cherche une explication aux caractéristiques de l’organisation par la nécessité de contrôler des ressources rares et de les combiner de façon efficace, ce qui permet d’attribuer un rôle positif au manager, qui n’est plus un simple surveillant, mais aussi un agent de coordination. .

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Écrit par :

  • : professeur de sciences économiques à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Claude MÉNARD, « ORGANISATION, économie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/organisation-economie/