ORAISONS FUNÈBRES, Jacques Benigne BossuetFiche de lecture

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L'éloquence contre le théâtre

Si Bossuet prêcha tant contre le théâtre, c'est peut-être aussi qu'il le considérait comme un art rival du sien propre : l'éloquence de la chaire, largement ponctuée d'effets rhétoriques, recourant au code gestuel, pratiquant l'art de la déclamation et jouant sur la qualité de la voix, avait bien des choses à voir avec la manière de jouer la tragédie. Mais le lieu n'était pas le même, ni l'autorité du discours prononcé. Bossuet, pour ses Oraisons, s'exprime en prêtre et en politique, à grand renfort de figures et de périodes soigneusement rythmées. Et puisqu'il s'agit de faire un éloge (on ne peint pas les morts, a fortiori si ce sont de grands personnages de la cour, avec leurs défauts et leurs erreurs, mais sous leur meilleur jour...), autant qu'il émeuve et qu'il étonne. Ainsi, il n'est en aucun cas question d'être sincère, mais vraisemblable, conforme au genre, à l'intérieur d'une cérémonie funèbre grandiose souvent prononcée de longs mois après l'enterrement du défunt. Pour la cour, il s'agit d'entendre un discours de grandeur sur l'un de ses disparus, fût-il haï ou critiqué ; pour Bossuet, il s'agit de faire montre des pouvoirs de l'éloquence sacrée, tout en rappelant quelques points de religion, de morale et de politique, tout en émouvant le public, par la terreur, les larmes ou l'admiration. Ainsi, on oubliera les erreurs du Grand Condé et l'on glissera sur la Fronde et la rébellion armée qu'il fomenta contre Mazarin pour rappeler qu'il s'illustra à la bataille de Rocroi, et rendre, par des paroles vivantes, en un superbe style épique, la force du jeune général au sein du furieux combat : « Aussitôt qu'il eut porté de rang en rang l'ardeur dont il était animé, on le vit presque en même temps pousser l'aile droite des ennemis, soutenir la nôtre ébranlée, rallier le Français à demi vaincu, mettre en fuite l'Espagnol victorieux, por [...]


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Écrit par :

  • : professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'université de Paris-X-Nanterre

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«  ORAISONS FUNÈBRES, Jacques Benigne Bossuet  » est également traité dans :

BOSSUET JACQUES BÉNIGNE (1627-1704)

  • Écrit par 
  • Jacques TRUCHET
  • , Universalis
  •  • 3 924 mots
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Dans le chapitre « Prestige d'un style »  : […] L' éloquence de Bossuet, comme toute grande éloquence, est évidemment variée. Toutefois, l'un de ses caractères les plus visibles est le goût des périodes. Certaines, dans les oraisons funèbres, les sermons ou le Discours sur l'histoire universelle , sont restées célèbres ; ainsi le début de l' Oraison funèbre d'Henriette de France  : « Celui qui règne d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-benigne-bossuet/#i_25020

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Pour citer l’article

Christian BIET, « ORAISONS FUNÈBRES, Jacques Benigne Bossuet - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/oraisons-funebres/