OPÉRETTE

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Les origines

Au contraire de l'opéra, qui restera toujours plus ou moins élitiste, l'opérette – par son ancêtre, le vaudeville – est issue du pavé de Paris. Au xviie siècle, ce pavé de Paris est un spectacle permanent ; jongleurs, montreurs d'ours, acrobates rejoignent de préférence la foire Saint-Germain et la foire Saint-Laurent, où les badauds trouvent toutes sortes de distractions, y compris de petits spectacles montés sur des tréteaux. Ces spectacles tiennent de la pantomime, de la chanson ou de la satire : le « chansonnier » qui s'attaque de préférence aux gens en place et qui brocarde les politiques est un type éternel en France.

Mais l'Opéra – l'Académie royale de musique –, sous la férule de Lully, obtient en 1669 un privilège exclusif qui empêche tout autre théâtre de Paris de lui faire concurrence dans le domaine de l'opéra. La Société des comédiens-français s'engouffre dans la brèche ainsi ouverte et fait interdire toute pièce parlée.

Que reste-t-il aux comédiens de la Foire ? Des procès, des interdictions, des expulsions... et des spectacles muets, limités à deux acteurs, qui n'ont de ressource que dans la pantomime, et qui, à défaut de pouvoir chanter eux-mêmes, font chanter le public. Encore faut-il que ce public connût les chansons ; on utilise alors ce qu'on appelle des timbres, c'est-à-dire des airs en vogue connus de tous et qui possèdent chacun une sorte d'« étiquette » : quand les paroles ont un double sens, on utilise un timbre qui commence par « Vous m'entendez bien » ; lorsqu'une promesse ne doit pas être tenue, c'est « Attendez-moi sous l'orme ».

Rompu à cet exercice, le public comprend parfaitement, s'amuse beaucoup, et plus encore quand on emprunte un air extrait d'un opera seria à la mode : l'ironie, la parodie, la vivacité d'esprit de ces spectacles en font le succès.

En dépit des interdictions, ces représentations s'étoffent petit à petit : on y trouve des airs nouveaux, spécialement composés, quelques danses, et un vaudeville final imité des opera buffa italiens, et repris par toute la troupe. Des auteurs dramatiques comme Alain René Lesage ou Charles Simon Favart, des compositeurs comme Jean Joseph Mouret font beaucoup pour cette évolution au xviiie siècle... d'autant qu'un certain nombre d'aristocrates trouvent goût à venir s'encanailler dans les foires.

Un événement imprévu va modifier le cours de ces spectacles : l'installation à Paris d'une troupe italienne qui remporte en 1752 un éclatant succès avec La Servante maîtresse de Pergolèse, et qui va déclencher la fameuse querelle des Bouffons entre style italien et style français.

Les Français vont profiter de l'exemple italien en construisant désormais de vraies œuvres qui donnent une part beaucoup plus importante à la musique, et à une musique originale, les ariettes personnalisées remplaçant peu à peu les anciens vaudevilles qui servaient à tout. Mais le style français garde sa personnalité et continue à employer des dialogues parlés, au contraire du récitatif italien.

Des ouvrages originaux commencent à paraître avec Les Troqueurs d'Antoine Dauvergne (1753), Annette et Lubin – sur un livret de Favart mis en musique par Benoît Blaise, Johann Paul Aegidius Martini, Jean Benjamin de La Borde et Pierre Alexandre Monsigny (1762) –, ouvrages qu'on appelle alors opéras-bouffons. Mais, au moment où ce style commence à se faire bien connaître et où le vaudeville cède définitivement la place à l'ariette, l'Académie royale de musique, en 1766, rappelle ses privilèges, et le théâtre de la Foire va être définitivement absorbé par la Comédie-Italienne. De là va naître l'opéra-comique français, « une pièce en dialogue parlé, entremêlée de chansons originales ». Ce pourrait être la définition de la future opérette, ce ne l'est pas, dans la mesure où cet opéra-comique se tourne vers la comédie pastorale, le drame bourgeois ou... mythologique, et la sensiblerie de la fin du xviiie siècle ; André Modeste Grétry triomphera dans ce genre.

Rien ne reste du style de la Foire, que nous verrons réapparaître dans l'opérette classique : ni l'ironie, ni l'impertinence, ni le refus total de se prendre au sérieu [...]

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Écrit par :

  • : licenciée ès lettres françaises, grecques et latines, producteur délégué d'émissions musicales à Radio-France

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Pour citer l’article

Sylvie FÉVRIER, « OPÉRETTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/operette/