ONTOLOGIE

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Métaphysique et ontologie

Jusqu'à Kant, l'histoire de l'être, c'est l'histoire de la métaphysique. Et pourtant la question de l'être ne s'y épuise pas ; c'est même parce que la question est plus grande que la réponse de la métaphysique qu'elle ne cesse de renaître sous des formes nouvelles.

On se bornera, dans ce paragraphe, à rapporter la position du problème dans la philosophie grecque, en se limitant même à Parménide, Platon et Aristote, chez qui se discernent le noyau de tous les problèmes et l'origine de toutes les apories. Non pas qu'on ait l'illusion de croire qu'il ne s'est rien passé après Aristote. Le néo-platonisme, la philosophie scolastique, le cartésianisme – sans oublier Malebranche, Spinoza et Leibniz – constituent une série de continents philosophiques qui ont chacun leur configuration propre. Mais, avec Platon et Aristote, toutes les décisions sont prises qui commandent le destin de la métaphysique ; avec eux est déjà atteint quelque chose comme la fin du commencement.

L'être de Parménide

Si l'on fait ici une place à Parménide, alors qu'on sacrifie tant de grands auteurs dont on a gardé autre chose que des fragments, c'est que le Poème de Parménide permet de ressaisir l'affirmation ontologique en deçà de la métaphysique. « Il est », dit le Poème de Parménide ; ce disant, le penseur ne donne pas de sujet au verbe être ; il le laisse être dans sa nudité et sa globalité. Voilà l'ontologie avant la métaphysique ; toutes les fois que l'interrogation humaine revient à « il est » et se demande ce que cela veut dire, elle reprend contact avec le sol ontologique de la pensée. Mais Parménide dit aussi : « Penser et être sont le même. » Par cette formule, il propose une détermination double et mutuelle. D'une part, ce qui fait de l'homme un penseur, et non pas seulement un vivant, un artisan, un mathématicien, un citoyen, c'est sa capacité d'être « même » que être : autrement dit, l'être est la mesure du penser. D'autre part, l'être ne nous est pas radicalement étranger ; il n'est pas le tout-autre : il est le « même » que le penser. Dès lors, les déterminations de la pensée et de l'être sont les mêmes. Par cet aphorisme, le penseur fondamental rend vaine et nulle la querelle du réalisme et de l'idéalisme. Si l'on appelle réalisme la thèse selon laquelle la réalité est distincte de la pensée et si on appelle idéalisme la thèse selon laquelle nous ne connaissons que nos représentations, l'une et l'autre sont détruites ; ou, si l'on veut, l'aphorisme de Parménide pose l'identité du réalisme absolu, qui efface la pensée devant l'être, et de l'idéalisme absolu, qui identifie les déterminations de l'être et celles de la pensée. Ce point d'identité n'est-il pas le point de fuite de toutes nos pensées, soit que nous croyions, avec Parménide et Hegel, que cette identité peut être effectuée dans un savoir lui-même absolu, soit que nous pensions avec Kant que cette pensée de l'être est seulement la limite de tous nos savoirs, limite qui détruit la prétention de notre sensibilité à porter à l'absolu nos connaissances empiriques ?

C'est dans ce sens que l'affirmation ontologique sera encore présente dans la condamnation de la métaphysique. Évoquons encore une autre formule de Parménide dans laquelle on pourrait voir le glissement de l'ontologie à la métaphysique. En effet, le poète de l'être dit encore : « Non, tu ne plieras pas l'être au non-être. » Cet aphorisme adjoint à l'affirmation de l'être une interdiction : celle de dire que le non-être est. Cette interdiction est lourde de conséquences : dans la mesure où la négation appartient à la description du mouvement, du changement, du devenir (ce qui n'était pas existe maintenant, ce qui existe maintenant ne sera plus), il faut dire que l'être ne [...]

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-X, professeur à l'université de Chicago

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Pour citer l’article

Paul RICŒUR, « ONTOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ontologie/