OCÉANIEHistoire

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les Européens au contact des îles du Pacifique

La présence de groupes indigènes dans la totalité des îles et archipels de quelque importance est une originalité du monde Pacifique par rapport à l'océan Indien ou à l'Atlantique où, rappelons-le, les Mascareignes et les Seychelles, dans l'un, les Açores et Madère, dans l'autre, étaient inhabitées à l'arrivée des Européens. Certes, le problème du contact s'est posé en termes très différents suivant les archipels, en fonction de la nature plus ou moins belliqueuse des autochtones, de la structure de leur société, de leurs croyances religieuses et aussi bien sûr de leur densité, beaucoup plus forte en général dans le monde polynésien que dans les grandes terres mélanésiennes où l'occupation humaine était plus discontinue. Le type de contact était aussi fonction des Européens eux-mêmes, de ce qu'ils venaient chercher dans les îles et du temps qu'ils y restaient. En fait, les Européens que l'on rencontre dans le Pacifique au xixe siècle par exemple appartenaient à des catégories très variées, mais nombre d'entre eux étaient de fortes personnalités qui marquèrent profondément l'histoire de ces microcosmes qu'étaient les îles.

Aventuriers et trafiquants

Immédiatement après les découvreurs, qui en général ne firent que passer dans les îles, apparurent des aventuriers et des trafiquants au premier rang desquels figuraient les matelots désertant des navires de passage : ils furent souvent bien accueillis par les indigènes dans la mesure où ils apportaient la connaissance des techniques, notamment militaires et navales, qui faisaient la suprématie des Blancs. On sait par exemple le rôle que jouèrent les mutinés du Bounty dans les succès de Pomaré Ier à Tahiti, avant que certains d'entre eux ne se lançassent dans l'aventure bien connue de Pitcairn pour se mettre à l'abri des bateaux de guerre anglais. Aux Hawaii, le roitelet Kamehameha n'hésita pas à kidnapper en 1790 deux marins américains, Isaac Davis et John Young, dont il fit des grands chefs, qu'il maria à des princesses de haut rang, et qui furent ses conseillers écoutés dans les opérations qui lui permirent de réaliser l'unité de l'archipel hawaiien.

En même temps, des bateaux armés en Europe ou aux États-Unis, suivant les traces de Cook (3e voyage), allaient faire la traite des fourrures sur la côte nord-ouest de l'Amérique et les revendaient en Chine après avoir fait escale aux Hawaii. Certains y trouvèrent dès 1791 un complément de cargaison avec du bois de santal, qui devint un élément important de trafic à partir de 1810... jusqu'à l'épuisement des ressources hawaiiennes au début des années 1830. On en chercha alors dans d'autres îles, et, en particulier à partir des années 1840, les santaliers australiens ou britanniques furent très actifs dans les archipels de Mélanésie, notamment en Nouvelle-Calédonie et aux Loyauté où leurs rapports avec les indigènes furent émaillés de multiples incidents sanglants. D'autres trafiquants parcoururent les îles à la recherche des holothuries séchées et fumées (trépang, très apprécié des Chinois), des perles (Tuamotu dès 1848), de la viande de porc salée (chargée à Tahiti pour Sydney), ou encore de l'huile de coco et du coprah. Enfin, les baleiniers armés en Europe et surtout en Nouvelle-Angleterre prirent l'habitude, dès le début du xixe siècle, d'aller chasser dans les eaux encore riches en cétacés du Pacifique nord et d'hiverner aux Hawaii, qui devinrent ainsi le point de ralliement d'une grande partie de la flotte baleinière mondiale de 1840 à 1870. La présence massive de ces baleiniers, si elle permit un premier essor d'Honolulu et l'accumulation de capitaux réinvestis plus tard dans les plantations, n'eut pas que des conséquences heureuses : ponctions réalisées parmi les jeunes indigènes pour compléter les équipages, diffusion des maladies vénériennes. Si les Hawaii ont été les plus touchées par cet épisode baleinier décrit par Herman Melville (Moby Dick), chasseurs de baleines et de cachalots ont joué aussi un rôle dans nombre d'archipels du Pacifique sud, sans parler bien sûr de la Nouvelle-Zélande où la chasse s'est pratiquée jusque dans les années 1950 dans le détroit même qui sépare l'île du Nord de l'île du Sud.

Faut-il ajouter à cette première catégorie les bagnards, d'abord ceux de Nouvelle-Galles du Sud, dont on trouve des éléments, évadés ou libérés, dans tout le Pacifique pendant les premières décennies du xixe siècle, ensuite ceux qui furent transportés en Nouvelle-Calédonie, 40 000 environ, entre 1864 et 1897 ? S'ils n'ont joué qu'un rôle limité dans le peuplement de l'île, ils ont restreint par leur présence même le flux de colons libres que souhaitait implanter le gouvernement français.

Missionnaires

Aventuriers, trafiquants, voire capitaines et équipages des baleiniers se sont trouvés fréquemment en conflit, parfois violent, avec d'autres Blancs qui voulaient protéger les indigènes de leurs débordements, les missionnaires. Eux aussi sont arrivés très tôt, car le Pacifique a été l'un des grands bénéficiaires du puissant mouvement missionnaire qui a affecté tant les protestants que les catholiques au début du xixe siècle. Le rôle des missions a été indiscutablement essentiel dans le façonnement des sociétés insulaires posteuropéennes, et, aujourd'hui encore, l'influence des Églises reste souvent fondamentale dans tous les aspects de la vie des populations indigènes dont le sens religieux est profond et ancien. Le missionnaire est d'abord quelqu'un qui vient pour séjourner longtemps, qui apprend les langues indigènes et les transcrit même en langage écrit. À Tahiti comme aux Hawaii, les premiers textes imprimés en langue polynésienne l'ont été par les missions. Il fallait de fortes personnalités pour se lancer dans l'inconnu à l'autre bout du monde, avec un soutien modeste et irrégulier de la métropole dont on était séparé dans la réalité des faits par les mois ou les années nécessaires pour obtenir la réponse à une demande. Venus pour enseigner la vraie foi et la vraie civilisation, ils ont lutté contre les coutumes païennes (anthropophagie, guerre, infanticide), mais aussi contre les nudités offensantes (adoption des « robes-mission »), les danses impudiques (hula aux Hawaii) et bien sûr les pratiques religieuses anciennes, qui étaient le fondement même des sociétés traditionnelles. C'est pourquoi leur action a été parfois critiquée comme destructrice de la civilisation indigène (Victor Segalen), d'autant plus qu'ils ont eu tendance souvent à s'appuyer sur l'autorité des chefs pour instaurer un ordre nouveau (respect obligatoire du sabbat par exemple) tendant parfois [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  OCÉANIE  » est également traité dans :

OCÉANIE - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Jean GUIART, 
  • Alain HUETZ DE LEMPS
  •  • 887 mots

L'Océanie est considérée comme la cinquième partie du monde ; cependant elle est très différente des quatre autres puisqu'elle doit son unité à l'océan Pacifique qui occupe le tiers de la surface du globe (176 millions de km2). Dans cette immensité maritime, les terres émergées ne tiennent qu'une place r […] Lire la suite

OCÉANIE - Géologie

  • Écrit par 
  • Michel RABINOVITCH
  •  • 11 314 mots
  •  • 2 médias

Les limites géologiques de l'Océanie sont marquées par des zones de subduction qui se traduisent morphologiquement par les profondes fosses des Tonga-Kermadec, des Mariannes, du Japon et des Kouriles, à l'ouest, par la fosse des Aléoutiennes, au nord, par la côte nord-américaine et la fosse du Pérou-Chili, à l'est. On admet que la limite sud est constitué […] Lire la suite

OCÉANIE - Géographie physique

  • Écrit par 
  • Alain HUETZ DE LEMPS, 
  • Christian HUETZ DE LEMPS
  •  • 4 539 mots
  •  • 4 médias

S'il est impossible de chiffrer avec précision le nombre d'îles, d'îlots et de récifs qui parsèment l'océan Pacifique – plusieurs dizaines de milliers en tout cas –, on peut constater d'abord que ces terres émergées ne représentent au total qu'une très petite superficie par comparaison avec les immensités océaniqu […] Lire la suite

OCÉANIE - Géographie humaine

  • Écrit par 
  • Christian HUETZ DE LEMPS
  •  • 8 727 mots
  •  • 5 médias

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le monde Pacifique s'est affirmé au fil des décennies et, malgré guerres, révolutions et crises, comme un espace d'avenir qui connaît actuellement à la fois un fort essor économique d'ensemble et un poids croissant dans la politique internationale. Les deux premières puissances économiques mondiales au début du xxie  […] Lire la suite

OCÉANIE - Préhistoire et archéologie

  • Écrit par 
  • José GARANGER
  •  • 4 127 mots
  •  • 1 média

L'Océanie insulaire s'étend sur plus du tiers de la surface du globe, mais ces terres émergées représentent à peine cent vingt mille kilomètres carrés. Cette dispersion explique que Magellan n'ait rencontré que deux atolls inhabités lorsqu'il traversa l'océan Pacifique (c'est lui qui le baptisa ainsi), depuis le détroit qui porte aujourd'hui son nom, […] Lire la suite

OCÉANIE - Ethnographie

  • Écrit par 
  • Daniel de COPPET, 
  • Jean-Paul LATOUCHE
  •  • 9 551 mots
  •  • 1 média

Du point de vue de l'étude ethnographique, il est d'usage de répartir les îles et archipels de l'Océanie, l'Australie mise à part, en trois ensembles que l'on intitule : Mélanésie à l'ouest, Micronésie au nord-ouest et Polynésie à l'est.Le terme de Mélanésie est utilisé pour dé […] Lire la suite

OCÉANIE - Les langues

  • Écrit par 
  • Jean-Claude RIVIERRE
  •  • 2 542 mots

Les langues d'Océanie ne sont pour l'essentiel que la subdivision orientale de l'ensemble linguistique le plus étendu à la surface du globe : l'austronésien (AN). L'austronésien-nord est représenté par Taiwan, l'austronésien-ouest regroupe le malais, les langues des Philippines, de Madagascar et la plupart des langues d'Indonésie. L'originalité la plus évidente de la famille océanienne est son ext […] Lire la suite

OCÉANIE - Les arts

  • Écrit par 
  • Jean GUIART
  •  • 8 895 mots
  •  • 1 média

De tous les arts improprement dits « sauvages », parce qu'ils échappent aux canons esthétiques ressassés en Occident, les arts d'Océanie offrent la plus grande variété, tant du point de vue de la forme que de celui de la couleur. À la multiplicité des expériences humaines tentées sur le plan des institutions comme sur celui des structures répond celle du jeu de la lumière, des volumes présents ou […] Lire la suite

ASIE (Géographie humaine et régionale) - Espaces et sociétés

  • Écrit par 
  • Philippe PELLETIER
  •  • 23 140 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Mots, limites et chevauchements  »  : […] Asie désigne habituellement un ensemble de terres situées à l'est de l'Europe. Sa délimitation varie selon les auteurs, les critères scientifiques et les surdéterminations géopolitiques. Elle est marquée par son origine européenne qui ne correspond pas aux conceptions locales traditionnelles. Ce problème géographique crucial implique l'appartenance des individus, des sociétés et des pays à une rég […] Lire la suite

AUSTRALIE

  • Écrit par 
  • Benoît ANTHEAUME, 
  • Jean BOISSIÈRE, 
  • Bastien BOSA, 
  • Vanessa CASTEJON, 
  • Harold James FRITH, 
  • Yves FUCHS, 
  • Alain HUETZ DE LEMPS, 
  • Isabelle MERLE, 
  • Xavier PONS
  •  • 27 374 mots
  •  • 29 médias

Dans le chapitre « La population australienne, les potentialités et handicaps du pays »  : […] Le Commonwealth d'Australie, nom officiel du pays, est une fédération de six États et de deux Territoires, chronologiquement constitués entre 1788 et 1911 : la Nouvelle-Galles du Sud (6,8 millions d'habitants en 2006), l'Australie-Occidentale (2,05 millions), l'Australie-Méridionale (1,55 million), le Victoria (5,1 millions), le Queensland (4,05 millions), la Tasmanie (500 000), le Territo […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Christian HUETZ DE LEMPS, « OCÉANIE - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/oceanie-histoire/