O.G.M.Les risques

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Les risques alimentaires

Les O.G.M. se distinguent des organismes naturels et de ceux obtenus par sélection par le fait que l'information génétique qui est manipulée est connue mais aussi que les modifications génétiques sont réalisées par l'intervention directe d'un opérateur humain. Toute nouvelle technique pose la question de savoir si sa mise en œuvre engendre ou non des risques nouveaux. Des réponses à cette question sont recherchées et trouvées ou non selon les cas. Dans celui des O.G.M. à vocation alimentaire, la question s'est posée rapidement et elle continue à faire l'objet de nombreux débats pour plusieurs raisons. Tout d'abord, tout ce qui touche la nourriture pose logiquement problème car s'alimenter consiste à introduire dans notre corps des produits qui peuvent nous faire autant de mal que de bien. Le contexte mondial – et, en particulier, l'épisode de la vache folle dans les années 1980 et 1990 – a fait apparaître au grand jour que le mode d'alimentation moderne ne nous mettait pas totalement à l'abri du risque alimentaire dû à la qualité des produits mais aussi au contrôle insuffisant des circuits de distribution des aliments et de leur traçabilité.

L'apparition des O.G.M. a induit, rapidement et sans qu'ait eu lieu auparavant le moindre incident alimentaire, la mise en place de réglementations visant à protéger les consommateurs contre des risques éventuels que pourraient poser les O.G.M.

Risques théoriques

Il n'est pas possible de prévoir tous les effets que peut induire l'introduction artificielle d'un gène dans un organisme. Ces effets sont, en principe, moins dus à l'intégration proprement dite d'un gène dans un chromosome (qui peut perturber plus ou moins la structure de l'ADN – acide désoxyribonucléique – à l'endroit où il s'intègre) que de la protéine qui est synthétisée à la suite du décryptage du gène supplémentaire en question. En effet, cette protéine peut interférer de manière difficilement prévisible avec des mécanismes cellulaires de la plante. Paradoxalement, un gène comme celui qui code pour une toxine bactérienne Bt (Bacillus thurengiensis), utilisée pour prévenir l'attaque du maïs ou du cotonnier par des insectes, ne comporte a priori pas plus de risques, sinon moins, que, par exemple, le gène d'hormone de croissance de saumon ajouté à ces animaux pour accélérer leur développement. Dans le premier cas, le gène introduit, qui provient d'une bactérie du sol, est tellement étranger aux plantes qu'il a très peu de chance d'interférer avec elles. Il n'en est pas de même avec le gène de l'hormone de croissance qui induit des modifications métaboliques importantes chez les poissons. À cela, il faut ajouter le fait que l'addition d'une protéine comme une toxine Bt – qui n'a d'effet que sur certains lépidoptères – à une plante comme le maïs, connue pour ne contenir aucune substance toxique, n'a que des risques extrêmement faibles d'engendrer un O.G.M. présentant des risques alimentaires. Le problème est cependant plus difficile à résoudre pour les O.G.M. de « deuxième génération » qui commencent à apparaître sur le marché. Ces derniers ont, par définition, été obtenus pour améliorer les qualités nutritives des plantes ou des animaux, ce qui correspond à des changements métaboliques dont les effets secondaires potentiels doivent être identifiés et évalués.

Les nouvelles variétés de plantes obtenues par les méthodes classiques de la sélection génétique comportent peu de risques, malgré le fait qu'elles résultent de mutations relativement nombreuses et inconnues. Dans son principe, l'introduction de gènes pour l'obtention d'un O.G.M. ne comporte pas plus d'inconnues que les méthodes traditionnelles de sélection et d'hybridation et, donc, fondamentalement pas plus de risques.

Comme cela est souvent le cas, la mise en œuvre d'une nouvelle technique s'accompagne d'une réglementation elle-même nouvelle et en général renforcée pour se mettre à l'abri de mauvaises surprises. De ce fait, l'innocuité des O.G.M. est ainsi beaucoup mieux examinée que celle des variétés obtenues par la sélection génétique classique.

Avant d'arriver dans l'assiette des consommateurs, un O.G.M. a dû satisfaire à une série d'exigences réglementaires. L'obtention d'un O.G.M., quel qu'il soit, est tout d'abord réalisée dans des locaux confinés (laboratoires, animaleries et serres). Les mesures de confinement sont fonction des risques de la manipulation de l'O.G.M. pour les expérimentateurs et l'environnement. Les conditions requises pour la manipulation des O.G.M. sont divisées en quatre classes de risques qui correspondent à des confinements de plus en plus stricts de la classe 1 à la classe 4. Ces mesures, appliquées depuis les années 1970 à tous les O.G.M. expérimentaux, dont certains sont très dangereux, ont donné satisfaction.

Une dissémination volontaire (c'est-à-dire réalisée à des fins expérimentales) que représente un essai de plante O.G.M. en plein champ n'est acceptée que pour les O.G.M. de classe risque 1, qui, par définition, peuvent être manipulés dans des locaux sans confinement particulier. Elle est autorisée au cas par cas en fonction de l'espèce considérée, des propriétés du transgène et du lieu des essais en question.

La culture à grande échelle (industrielle) d'un O.G.M. pose des problèmes de sécurité différents qui concernent un continent et non plus seulement quelques champs.

Évaluation des risques alimentaires

La consommation d'un O.G.M. n'est autorisée dans l'Union européenne (U.E.) que si un certain nombre de tests d'innocuité ont été effectués et agréés par des commissions nationales (par exemple, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, A.F.S.S.A.) et l'Agence européenne de sécurité des aliments ou E.F.S.A., European Food Safety Authority. La décision d'autoriser la consommation d'un O.G.M. est prise par la Commission européenne. Les tests qui sont exigés au sein de l'U.E. ont été retenus en fonction de leur capacité à prendre en compte la totalité des événements biologiques qui accompagnent le transfert d'un gène. Ces tests globaux s'inspirent de ceux qui sont appliqués pour les médicaments. Ils comportent :

– une comparaison entre les propriétés agronomiques de l'O.G.M. et celles de la plante de référence ;

– une description détaillée du transgène (séquences de bases de l'ADN le constituant) ;

– des mesures de la concentration des principaux composés chimiques et biochimiques de l'O.G.M. (composition totale en protéines, acides aminés, lipides, carbohydrates, ions...) ;

– une identification de la toxicité aiguë de la protéine codée par le [...]

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Écrit par :

  • : directeur de recherche, unité de biologie du développement et reproduction, Institut national de la recherche agronomique

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Pour citer l’article

Louis-Marie HOUDEBINE, « O.G.M. - Les risques », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/o-g-m-les-risques/