CEYLAN NURI BILGE (1959- )

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Le chaudron familial

Nuages de mai (1999), son deuxième long-métrage, peut être envisagé comme la matrice de la filmographie de Ceylan. Il permet de prendre les mesures de son univers personnel et plastique. Son personnage principal, qui est aussi son alter ego, Muzaffer (du prénom de l’acteur et ami Muzaffer Ozdemir qui interprète le rôle), est cinéaste… Ce « protagoniste retouché », devenu photographe, se retrouvera dans Uzak (Lointain, grand prix au festival de Cannes 2003) avant de revenir sous les traits d’un vieil acteur misanthrope dans Winter Sleep (palme d’or au festival de Cannes 2014).

Dédié à Tchekhov, écrivain qui irrigue l’œuvre de Ceylan, Nuages de mai constitue une mise en abyme de ses films précédents. Muzaffer revient dans la propriété familiale pour y tourner un film dont ses parents (interprétés par les propres géniteurs du cinéaste) seront les personnages centraux. Nuages de mai se situe au croisement des années 1990 et 2000, et évoque notamment les préoccupations du père, Mehmet Emin Ceylan, qui se bat contre l’administration qui veut abattre les arbres de sa propriété. Il s’agit du premier film tourné en couleur par Ceylan. Comme dans ses précédents opus, le son y tient un rôle primordial : attention accordée aux bruits du vent, des insectes, structures sonores spécialement créées pour l’occasion. Muzaffer apparaît comme un individu autosuffisant, mais peu préoccupé de gagner de l’argent avec son activité, comme le souligne sa mère. Ceylan est un cinéaste moderne, et non « post-moderne ». Dans Nuages de mai, l’alibi du tournage permet de saisir la vie de ses proches, en laissant dans l’ombre toute réflexion sur sa pratique, au contraire de Fellini dans Huit et demi (1963).

Tous les alter ego de Ceylan auront ce profil ambigu. Les plans décousus que tourne Muzaffer sont, en fait, ceux de Kasaba (La Petite Ville, 1998), premier long-métrage de l’auteur, adapté d’une nouvelle de sa sœur Emin Ceylan, tourné en noir et blanc et qui se situe dans les années 1970, durant l’enfance du cinéaste. Mehmet Emin Ceylan [...]

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WINTER SLEEP (N. B. Ceylan)

  • Écrit par 
  • Jacques KERMABON
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Pour citer l’article

Raphaël BASSAN, « CEYLAN NURI BILGE (1959- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 février 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nuri-bilge-ceylan/