NOUVELLE ÉCONOMIE POLITIQUE, analyse économique du vote

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La politique comme compromis centriste en économie

À titre d'illustration, intéressons-nous à présent à quelques exemples caractéristiques d'analyse économique menée dans le cadre de pensée qui vient d'être présenté.

Redistribution des richesses quand les individus diffèrent par leurs capacités productives

Ce premier exemple est le plus classique. Les individus diffèrent par leurs capacités productives et il s'agit de décider du montant d'un impôt proportionnel au revenu, destiné soit à financer un transfert uniforme, soit à financer un bien public. Suivant leur productivité, les préférences indirectes des individus sur le taux de taxe diffèrent. En effet, les individus dont le revenu du travail est relativement faible préfèrent un schéma de taxation avec un transfert uniforme important, quitte à ce que le taux d'imposition soit élevé, alors que ceux dont le revenu du travail est plus grand préfèrent des taux d'imposition faibles. Le vote majoritaire sur le taux de taxe obéit à la logique du théorème de l'électeur médian. En effet, si l'on classe les travailleurs-électeurs suivant leur productivité, on les classe aussi, de manière indirecte, suivant leur schéma de taxation idéal. Le taux préféré par l'électeur médian est alors vainqueur de Condorcet. Le taux d'imposition obtenu est d'autant plus élevé que l'écart entre le revenu moyen et le revenu médian est grand.

Retraites par répartition

Le point de départ est que les individus diffèrent à la fois par leurs capacités productives et par leur âge. Il s'agit, dans un système par répartition, de décider du montant (supposé forfaitaire) des retraites, financé par un impôt linéaire sur le revenu. Dans ce cadre, la redistribution est à la fois intergénérationnelle (financement de la génération retraitée par la génération active) et intragénérationnelle (montant de l'impôt différencié entre les membres de la génération active et retraite forfaitaire pour la génération inactive). Les préférences exprimées par les individus sur le taux de taxe sont supposées unimodales. De plus, à salaire donné, plus les individus sont jeunes, moins ils sont favorables à des retraites élevées, puisqu'ils cotisent plus longtemps ; et, à âge donné, plus les individus sont riches, moins ils sont favorables à des retraites élevées, puisqu'ils contribuent davantage (l'impôt est proportionnel au revenu).

Le théorème de l'électeur médian s'applique. Dans la classe médiane (la classe avec le taux d'imposition idéal médian), on trouve à la fois des individus jeunes et pauvres et des individus d'âge moyen et riches. La situation est plus complexe que dans le cas de la redistribution pure, car toute la distribution jointe âge-revenu joue maintenant pour déterminer les individus qui ont le taux idéal médian. Néanmoins, on peut s'attendre à ce que des inégalités de revenus plus grandes aboutissent à des retraites plus élevées (à cause de la redistribution intragénérationnelle opérée par l'intermédiaire des retraites). En revanche, une modification de la pyramide des âges en direction d'un rajeunissement a des effets ambigus sur le montant des retraites : d'un côté, les jeunes ont tendance à être moins favorables aux retraites, toutes choses égales par ailleurs ; mais, de l'autre côté, un accroissement du nombre des jeunes signifie aussi un accroissement du nombre des cotisants, ce qui réduit la charge par tête.

Ainsi, dans un modèle de vote, le montant des retraites est supérieur à l'optimum utilitariste, puisque seuls les jeunes internalisent toutes les conséquences du financement des retraites. Le vote individuel est supposé traduire sans myopie l'intérêt personnel ; il s'ensuit que tout le monde a intérêt à ce que le montant des retraites soit élevé : les retraités bien sûr, mais aussi les actifs, qui savent qu'ils sont les retraités de demain ; par contre, l'intérêt direct des actifs n'est défendu que par ceux-ci.

Transferts régionaux

Pour étudier l'économie politique des transferts régionaux, on utilise souvent une variante du modèle de redistribution pure (avec financement de bien public) dans laquelle on suppose la population répartie en différentes régions, qui diffèrent par leurs distributions des richesses. Les régions peuvent choisir de faire sécession si la majorité de leurs électeurs le veut.

À partir de ce modèle, on peut faire des exercices comparatifs pour déterminer, par exemple, quelles régions ont le plus à gagner à l'intégration économique. Il ressort que les régions pauvres (pour des raisons de redistribution) et petites (parce qu'elles font des économies d'échelle plus importantes dans la production du bien public), ainsi que les régions présentant une distribution des revenus relativement similaire à celle qui existe dans le pays tout entier (parce que le résultat du vote dans le pays tout entier est plus proche de ce qu'elles décideraient seules de toute façon) possèdent les gains les plus importants à l'intégration.

Assurance-chômage

Les employés sont majoritaires par rapport aux chômeurs. Dans un modèle de vote sur la législation du travail, on s'attend à voir mettre en place des coûts de licenciement élevés (qui protègent le statut des employés), et des indemnisations chômage relativement basses (par rapport à l'optimum utilitariste).

D'une manière générale, il est clair que la simple application du théorème de l'électeur médian dans ce genre de circonstances conduirait très vite à une vision naïve de la démocratie comme exploitation de la minorité par la majorité et en particulier des riches par les pauvres. La réalité est bien entendu plus complexe.

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Pour citer l’article

Jean-François LASLIER, « NOUVELLE ÉCONOMIE POLITIQUE, analyse économique du vote », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nouvelle-economie-politique/