NOMADISME

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Le grand nomadisme pastoral de type bédouin

Genèse

C'est à partir de la domestication du cheval et du dromadaire qu'a pu se constituer à une grande échelle, dans les déserts et steppes de l'Ancien Monde, un nomadisme pastoral agressif, fondé sur la razzia et l'affrontement belliqueux avec les sédentaires voisins, et comportant, en outre, des migrations à longue distance et des déplacements rapides. On peut le qualifier de nomadisme de type bédouin (du terme Badw employé dans le désert arabe). Le cheval, domestiqué dans les steppes continentales de l'Eurasie au IIIe millénaire av. J.-C., sera attelé au char de combat, puis monté, au IIe millénaire av. J.-C. dans le Proche-Orient.

Le dromadaire a sans doute été domestiqué en Arabie méridionale dans le courant du IIe millénaire av. J.-C., ou, du moins, c'est à cette époque qu'a été rendu possible le contrôle effectif de l'animal par l'adoption d'un système de monte sur la bosse, complété ensuite par la selle à arçons, succédant aux premiers essais de monte sur la croupe (avec selle-coussin). C'est de là qu'il pénètre en Égypte (vie s. av. J.-C.) et en Afrique du Nord (ier s. av. J.-C.), dans l'Inde du Nord-Ouest (ive-iiie s. av. J.-C.) et jusque dans le Turkestan chinois (ve s. apr. J.-C.). Alors que le chameau de Bactriane, domestiqué dès le IIIe millénaire en Eurasie, reste un animal de caravanes lentes, le grand nomadisme pastoral va suivre à très peu de distance l'utilisation du cheval et du dromadaire comme montures.

Désert de Nubie, Égypte

Photographie : Désert de Nubie, Égypte

Caravane de dromadaires dans le désert de Nubie. 

Crédits : Hermes Images/ AGF/ Universal Images Group/ Getty Images

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Chameau de Bactriane (Chine)

Photographie : Chameau de Bactriane (Chine)

Un chameau de Bactriane (Camelus bactrianus), dans la province chinoise du Xinjiang. 

Crédits : Art Wolfe/ Iconica/ Getty Images

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Ce nouveau genre de vie se généralise au Ier millénaire av. J.-C. de l'Asie centrale au Sahara, qu'il recouvrira peu à peu. Les effectifs humains sont fournis, en grande partie, par un mécanisme de refoulement à partir des centres agricoles périphériques. Pré-Bédouins des steppes de l'Afrique du Nord, ainsi rejetés dans le Sahara par la colonisation romaine au ier siècle apr. J.-C., ou « Barbares de l'Ouest », repoussés en Asie centrale par le premier empire chinois organisé, vont ainsi s'enfoncer dans le milieu ingrat du désert, qu'ils n'auraient sans doute pas choisi de leur plein gré. Le parasitisme aux dépens des caravanes fournira également de bonne heure, dans le Proche-Orient ou le Sahara, de fructueuses occasions de rapines. Dans les steppes continentales plus riches de l'Eurasie, des motivations purement économiques entrèrent peut-être également en ligne de compte ; ainsi, les familles possédant de nombreux troupeaux développèrent des migrations pastorales à partir du moment où l'élevage devint une forme de production spécialisée.

Types

C'est en fonction des variétés du milieu que peut s'établir une classification des formes de nomadisme. Dans le centre des déserts domine un nomadisme à migrations apériodiques, à déplacements sans rythmes précis, correspondant aux régions où les pluies sont elles-mêmes irrégulières. Le mécanisme de base en est la concentration autour des puits en saison sèche, avec dispersion beaucoup plus large après les pluies qui peuvent survenir. Les secteurs d'attraction maximale sont les grands massifs dunaires – ergs du Sahara ou d'Arabie –, où un tapis de graminées éphémères pousse très vite après les moindres pluies.

Les régions rocheuses sont beaucoup moins attirantes. Les déplacements s'y organisent essentiellement dans les régions de modelé accusé à réseau hydrographique fossile, le long des vallées sèches où un inféroflux provoque la présence de points d'eau temporaires ou permanents (type des Touareg du Hoggar). Des déplacements apériodiques existent, d'autre part, dans des régions où les pâturages sont beaucoup plus abondants, dans les bordures désertiques, où on n'assiste qu'à de courts déplacements irréguliers, dans une orbite circulaire ou elliptique de quelques dizaines de kilomètres de diamètre. Il s'agit généralement alors de formes de régression, évoluant vers le semi-nomadisme.

Touareg, désert du Mali

Photographie : Touareg, désert du Mali

Les Touaregs sont souvent appelés «hommes bleus», en raison de la couleur de leur chèche (turban), teinté à l'indigo. 

Crédits : L. Romano/ De Agostini/ Getty Images

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La forme normale, en revanche, est celle où l'existence est fondée sur des migrations saisonnières, sur le balancement régulier entre secteurs de possibilités différentes. Il en existe deux variétés fondamentales.

– On peut chercher dans l'ampleur des déplacements la possibilité d'utiliser des contrastes climatiques suffisants. Ce sont les nomades de la bordure des déserts, passant la partie la plus favorable de l'année dans une région vraiment désertique, et allant passer la saison sèche dans des zones plus favorisées. Ils sont très largement représentés sur les deux bordures, nord et sud, de [...]

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Nomadisme dans le Dhofar, Oman

Nomadisme dans le Dhofar, Oman
Crédits : Christian Sappa/ Gamma-Rapho/ Getty Images

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Désert de Nubie, Égypte

Désert de Nubie, Égypte
Crédits : Hermes Images/ AGF/ Universal Images Group/ Getty Images

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Chameau de Bactriane (Chine)

Chameau de Bactriane (Chine)
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Touareg, désert du Mali

Touareg, désert du Mali
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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-Sorbonne, membre de l'Academia Europaea

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Pour citer l’article

Xavier de PLANHOL, « NOMADISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nomadisme/