NOLDE EMIL (1867-1956)

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Nature et religiosité

Nolde n'est pas le patronyme d'origine du peintre allemand qui, sous ce nom, a conquis la célébrité. Il emprunte ce pseudonyme au village où il est né le 7 août 1867, dans le Schleswig du Nord, près de Tondern, à la frontière de l'Allemagne et du Danemark, sur un territoire devenu danois au lendemain de la Première Guerre mondiale. Il s'appelait Emil Hansen. En 1902, après son mariage avec Ada Vilstrup, actrice danoise qu'il a connue à Copenhague, il décide de changer d'identité. Il choisit et officialise tardivement le nom de Nolde, comme pour s'inscrire dans une existence nouvelle, à un moment où il souhaite opter définitivement, après cinq ans d'incertitude, pour une carrière d'artiste.

D'une famille de paysans de religion protestante, il est marqué par la piété du monde rural qui l'environne et par la lecture régulière de la Bible. Dans son enfance, a-t-il indiqué, sa découverte de bois peints qui illustraient des scènes bibliques est pour lui l'occasion d'éprouver une sorte de « miracle mystique ». En outre, amené à vivre dans une contrée aux paysages rudes, il se montre sensible à l'inévitable communion de l'homme avec les forces cosmiques. Nature et religiosité ont ainsi déterminé, selon son propre constat, les ferments de sa vocation.

Après un apprentissage d'ébéniste, il étudie les arts appliqués à Munich et à Carlsruhe en 1888-1889, puis travaille dans une fabrique de meubles de Berlin. À la fin de 1891, il trouve un poste d'enseignant au musée de l'Industrie et de l'Artisanat de Saint-Gall, en Suisse, où il reste jusqu'à l'été 1898. Durant cette période, il s'essaie au dessin et à la peinture, exécutant son premier tableau à l'âge de vingt-neuf ans. Grâce à sa représentation, sur un mode fantastique, de paysages et de personnages de montagne, publiés dans la revue Jugend, porte-parole du courant de l'Art nouveau, et qui sont ensuite édités en cartes postales, il obtient des gains financiers suffisamment consistants pour pouvoir à s'adonner exclusivement à l'élaboration d'une œuvre artistique.

En 1899, il part pour Paris, où il s'installe neuf mois, soucieux de s'imprégner des orientations de la peinture européenne d'avant-garde. Influencé par l'impressionnisme, et plus précisément par Manet, il s'en retourne dans sa région natale pour tenter de traduire avec lyrisme ses perceptions de la nature et les visions qu'elle suscite en lui. Les vues de mer, le ciel et ses nuages, la forêt et sa faune mystérieuse, les jardins et leur flore deviennent ses thèmes de prédilection.

Début 1906, il expose ses peintures et ses dessins dans la galerie Arnold, à Dresde. Après avoir visité cette exposition et fortement impressionné, le jeune Karl Schmidt-Rottluff, l'un des fondateurs du groupe Die Brücke (Le Pont) lui propose de rejoindre leur association. Nolde accepte, mais sans adhérer à un quelconque programme. Six mois plus tard, il se sépare de ses récents amis, convaincu qu'il n'accomplira jamais son chemin que dans une solitude absolue.

C'est entre 1909 et 1912 que son originalité s'épanouit, aboutissant à un style personnel par rapport au mouvement qui monte, l'expressionnisme. Puisant essentiellement dans le fonds des légendes, des mythes, dans le patrimoine des hautes figures du christianisme (La Danse autour du Veau d'or, 1910, fondation Nolde, Seebüll ; La Mise au tombeau, 1915, ibid.), ainsi que, passagèrement, dans les scènes urbaines, recourant plus durablement au mystère des masques et à l'exubérance sauvage de la danse, il se met à pratiquer en virtuose les techniques les plus diverses : l'aquarelle, la lithographie, l'eau-forte, la gravure sur bois. Il cherche à exprimer par les couleurs, le plus spontanément possible, toute l'intensité de l'expérience vécue.

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Pour citer l’article

Lionel RICHARD, « NOLDE EMIL - (1867-1956) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nolde-emil-1867-1956/