NÉVROSE OBSESSIONNELLE (histoire du concept)

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La névrose obsessionnelle d'après « L'Homme aux rats »

L'unité de la névrose obsessionnelle ne se révélant que dans l'interprétation unique que Freud a donnée de ses nombreuses formes, une description purement symptomatologique nous égarerait. L'exposé de 1909, Bemerkungen über einen Fall von Zwangsneurose, qu'on désigne généralement sous le nom de « L'Homme aux rats » et où pour la première fois une névrose de ce type a été interprétée, forme un tout et se suffit à lui-même, bien qu'il ne traite la question que sous un seul aspect. L'autre aspect sera abordé en 1918, dans l'analyse de l'Homme aux loups. Les deux analyses n'ont pas la même visée, et l'une n'est pas le complément de l'autre.

En 1909, la névrose tout entière s'interprète comme un seul grand rêve (ainsi que Freud le fera remarquer un peu plus tard) et au moyen des conceptions élaborées dans le chapitre vii de la Traumdeutung. Les symptômes à première vue inintelligibles sont traités comme le contenu manifeste d'un rêve, et ils sont considérés comme s'étant formés de la même façon. Une pensée « normale », produite par le processus secondaire, a subi les effets du processus primaire, du fait qu'elle s'est trouvée soumise à l'influence d'un désir inconscient (un vœu de mort, dans le cas de l'Homme aux rats). Elle revient à la conscience, transformée et incompréhensible. (Des mécanismes analogues à ceux de la « révision secondaire », qui modifie après coup le contenu manifeste d'un rêve pour en atténuer l'incohérence, ont visiblement une plus grande importance dans le mode de pensée obsessionnelle.) Grâce à la pensée consciente incompréhensible, l'obsessionnel échappe à la connaissance de son désir sans y échapper tout à fait, si bien que, d'une part, cette pensée représente pour lui un péril et que, d'autre part, l'analyse est possible. Contre cette pensée, qui est déjà une défense, il est obligé d'utiliser sans fin de nouvelles défenses, parfois très compliquées, à la fois en vain et avec succès. Avec succès, car le refoulement subsiste ; en vain, parce que le tourment ne cesse pas. En apparence, ce sont les défenses elles-mêmes qui l'obsèdent. En cela, il diffère radicalement de l'hystérique, pour qui le refoulement règle tout, et qui n'a plus qu'une belle indifférence pour ce qui a été refoulé.

L'analyse révèle que les obsessions sont des phrases, qui ont un libellé précis. Il arrive qu'elles se présentent comme par surprise à la conscience, mais la plupart du temps elles échappent, et c'est un des problèmes de l'analyse que de les obtenir. En tout cas, il n'y a aucun doute que c'est bien à la parole que l'obsessionnel a à faire : à des commandements, à des interdictions, à des chantages, à des blasphèmes ou à des formules propitiatoires, ou encore à des réquisitoires ou à des raisonnements abstraits et compliqués, toutes choses qui ne peuvent exister que grâce au langage.

Voici un exemple emprunté à « L'Homme aux rats » ; on y verra comment fonctionne le commandement. Il vient au sujet une pensée : « Si tu recevais l'ordre de passer ton examen, tu pourrais t'arranger pour obéir. Mais si on te demandait de te couper la gorge, que ferais-tu ? » Aussitôt, il s'aperçoit que l'ordre a déjà été donné. Il se précipite pour prendre son rasoir. Mais il lui vient un autre ordre (le troisième) : « Non ce n'est pas si simple, il faut d'abord aller tuer la vieille dame... » Sur quoi il tombe sur le parquet, hors de lui et horrifié. Freud, qui utilise le vocabulaire courant, parle ici à la fois de commandement et d'impulsion ou de compulsion. Mais on est bien en présence de purs impératifs ; et, s'ils recouvrent quelque élément pulsionnel, ils en sont fort loin. (Ce n'est que dans « L'Homme aux loups » qu'on pourra poser cette question.) Ce genre de drame ne tend pas vers une action, il ne produit pas non plus d'acting out, mais seulement une gesticulation impuissante. Les impératifs sont faits pour n'être pas obéis ; pour obtenir ce résultat, l'obsessionnel, ici, se donne des ordres de plus en plus inexécutables. L'ordre banal de passer son examen est emporté dans la surenchère, mais ce n'est pas ce bénéfice qui est visé. Le lecteur pourra constater, s'il se reporte au texte, que cette courte crise est construite de la même façon que la longue comédie « du remboursement postal », où il ne pouvait ni [...]

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Écrit par :

  • : psychanalyste, Centre de formation et de recherches psychanalytiques

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Octave MANNONI, « NÉVROSE OBSESSIONNELLE (histoire du concept) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nevrose-obsessionnelle-histoire-du-concept/