NÉVROSE (histoire du concept)

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Le symptôme névrotique et son déterminisme

Historiquement, la découverte que les symptômes hystériques ont un sens caché doit être considérée comme l'enseignement le plus précieux rapporté par Freud de son séjour chez Charcot ; et l'on pourrait retracer l'évolution de la pensée freudienne en utilisant comme fil conducteur la signification du symptôme depuis le court article sur les Psychonévroses de défense (1895) jusqu'à Inhibition, symptôme et angoisse (Hemmung, Symptom und Angst, 1926).

Cliniquement, c'est par ses symptômes qu'un sujet atteint de névrose, tout au moins dans l'acception la plus courante de ce terme, se distingue parmi ses semblables. Au premier abord, le malade paraît conscient du caractère pathologique de son trouble, mais cette lucidité et cette critique ne lui servent en rien à se débarrasser des pensées ou des impressions désagréables, qui peuvent dans certains cas le gêner considérablement. C'est ce qui permet d'opposer les idées obsédantes, les peurs localisées (phobies), l'anxiété immotivée et les autres symptômes névrotiques aux idées délirantes et aux hallucinations auxquelles le malade psychotique semble adhérer sans critique. Cette opposition, qui paraît très manifeste à un examen superficiel, n'est plus aussi tranchée quand des entretiens répétés font mieux connaître les pensées des patients.

Une autre caractéristique doit être signalée : les symptômes névrotiques peuvent être plus ou moins localisés dans le temps et dans l'espace. Certaines circonstances de la vie paraissent favoriser leur apparition ; leur « volume » peut diminuer dans d'autres conditions. Ce caractère circonscrit – difficilement compris par le patient, malgré ses tentatives d'explication rationnelle – démontre qu'il ne s'agit pas d'une altération chronique des capacités mentales, d'une désorganisation correspondant à une « dissolution » (processus opposé à la maturation dans les théories évolutionnistes du fonctionnement nerveux).

C'est ainsi qu'un malade atteint de doute obsessionnel apparaîtra tout à fait incapable de prendre une décision dans une circonstance particulière de sa vie, circonstance généralement pleine de signification symbolique, et qu'il pourra en même temps faire preuve d'une activité mentale tout à fait normale à propos d'affaires parfois beaucoup plus importantes, qui n'ont pas le même retentissement parasite dans la vie psychique.

En revanche, les symptômes névrotiques ont le plus souvent un caractère répétitif qui donne aux névroses leur aspect de maladie de longue durée. Toute théorie du symptôme névrotique doit rendre compte à la fois de la localisation, de l'intermittence et de la répétition. Il est nécessaire de rappeler ici les particularités des symptômes en pathologie mentale.

En médecine somatique, les symptômes constituent un ensemble de signes permettant de déduire l'existence d'une modification physique du corps. Les uns sont produits par des modifications fonctionnelles déterminées par l'atteinte corporelle (signes « fonctionnels », signes « généraux ») ; les autres sont directement émis par la lésion (la plupart des signes « physiques » tels que, en pneumologie ou en cardiologie, les signes relevés à l'auscultation).

En psychiatrie, il existe certains signes qui démontrent l'existence d'une lésion (paralysie générale, tumeurs cérébrales, etc.) ou d'un dysfonctionnement métabolique (telle la dépression des syndromes parkinsoniens séniles), mais la plupart des symptômes ne conduisent à aucun objet de connaissance dont ils seraient les témoins.

Jusqu'au développement de la théorie psychanalytique, les symptômes psychiatriques pouvaient servir d'indices pour les classifications n'entraînant qu'une compréhension limitée, ou pour des pronostics souvent discutables.

C'est la théorie de Freud qui leur a donné un statut particulier en montrant qu'ils avaient un sens dans l'organisation du psychisme et qu'ils jouaient un rôle dans l'économie générale de l'activité mentale. Le symptôme névrotique constitue un compromis entre deux mouvements contradictoires. Le premier est un désir inconscient, le second s'oppose à la réalisation de ce désir, ce qui revient à dire que le symptôme névrotique est la résultante consciente d'un conflit intrapsychique inconscient.

Dans les premières années, les recherches psychanalytiques concernant la s [...]

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René DIATKINE, « NÉVROSE (histoire du concept) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nevrose-histoire-du-concept/