NEUROSCIENCES SOCIALES

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Le champ d’application des neurosciences sociales

Longtemps, les neurosciences traditionnelles ont considéré le système nerveux comme une entité relativement isolée, et les chercheurs ont largement ignoré les influences de l’environnement social dans lequel les humains et les autres espèces animales vivent. Or, par définition, les espèces sociales créent des organisations au-delà de leurs propres structures, qui vont des dyades aux ensembles culturels en passant par des familles et des groupes sociaux plus ou moins étendus. Ces structures sociales ont émergé en même temps que les mécanismes génétiques, cellulaires, hormonaux et neuronaux qui les soutiennent, car les comportements sociaux qui en résultent ont aidé ces organismes à survivre et à se reproduire. L’environnement social influence le comportement (et vice versa) à travers l’ensemble des espèces, des microbes aux humains. Les vertébrés présentent une diversité remarquable d’organisations sociales, s’étendant de formes de vie relativement asociale et territoriale aux organisations monogames pour aboutir aux espèces hypersociales vivant dans de grands groupes sociaux complexes. À cette variété interspécifique s’ajoute également une grande diversité de comportements sociaux entre les individus d’une même espèce. Cette diversité peut être façonnée par les relations sociales, l’état du système neuroendocrinien et des facteurs génétiques.

Les neurosciences sociales peuvent être considérées comme le domaine interdisciplinaire consacré à l’étude de ces mécanismes neuronaux, hormonaux, cellulaires et génétiques et, en corollaire, à l’étude des associations et des influences entre les niveaux sociaux et biologiques des espèces sociales, qu’il s’agisse des insectes, des rongeurs, des mangoustes ou des primates.

Cet effort interdisciplinaire et cette stratégie d’analyse multiniveaux ne se limitent donc pas à l’homme. La biologie évolutive et la génétique nous enseignent que nous partageons de nombreux gènes avec d’autres animaux, même avec un organisme aussi simple que le ver Caenorhabditis elegans. Grâce aux séquences du génome devenues disponibles pour diverses espèces, nous savons maintenant qu’un nombre remarquablement élevé de gènes codants sont partagés entre tous les animaux. Les nématodes, les mouches et les abeilles, par exemple, ont des comportements et des systèmes nerveux simples, et souvent (mais pas toujours) de plus petits génomes que les animaux plus complexes ; pourtant, ces modèles animaux sont précieux et peuvent grandement informer notre compréhension des comportements sociaux. En outre, un grand nombre de ces derniers, manifestés par des animaux simples (par exemple, les comportements de cour, d’accouplement, d’agression, de soins parentaux, de recherche de nourriture, d’apprentissage, de navigation spatiale et de mémoire), sont aussi présents chez des animaux à l’organisation plus complexe. Ainsi l’apprentissage et la mémoire accompagnent-ils les changements de statut social résultant de combats entre mâles chez la mouche des fruits (drosophile). Lorsqu’un mâle inexpérimenté observe deux autres mâles en train de se battre, il modifie et adapte son comportement en conséquence selon qu’il rencontre ensuite le perdant ou le gagnant.

Comme pour les neurosciences du comportement, les modèles animaux sont donc fondamentaux dans les recherches en neurosciences sociales, car ils permettent d’aller au-delà de simples corrélations pour élucider les mécanismes génétiques, hormonaux, cellulaires et neuronaux des comportements sociaux. Ils sont non seulement importants pour valider des hypothèses (lésions, pharmacologie, etc.), mais ils sont également essentiels pour comprendre les concepts psychologiques utilisés par les spécialistes des sciences sociales et humaines. Ils aident à développer des paradigmes comportementaux appropriés.

En outre, les recherches interdisciplinaires révèlent les points communs et les différences entre espèces sociales. Notre biologie a contribué à façonner l’environnement social que nous avons créé, et notre environnement social a contribué à façonner notre patrimoine génétique, son expression, ainsi que notre cerveau. Nous partageons ce patrimoine biologique avec les autres espèces animales. Les analyses de la [...]

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Écrit par :

  • : professeur de psychiatrie et de psychologie à l'université de Chicago, Illinois (États-Unis)

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Pour citer l’article

Jean DECETY, « NEUROSCIENCES SOCIALES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/neurosciences-sociales/