NAVIGATION MARITIME

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Des navigations primitives à l'art nautique du Moyen Âge

L'origine de la navigation remonte aux premiers âges de l'humanité ; en témoignent les échantillons de pirogues des gisements néolithiques ou bien ce navire à voile trouvé dans une tombe sumérienne (vers 4000 av. J.-C.). On ne sait ce que furent les premiers esquifs : tronc d'arbre creusé qui donna naissance à la pirogue, radeau de troncs ou de roseaux qui serait l'ancêtre de la jonque, ou encore couffe, sorte de corbeille circulaire toujours en usage sur les fleuves mésopotamiens et les rizières annamites. L'évolution du premier flotteur s'imagine aisément : renforcement des liaisons de la coque, accroissement des dimensions, amélioration de la propulsion (mains, perche, rame, voile).

Navires de l'Antiquité et navigation côtière

Les reliefs et inscriptions hiéroglyphiques fournissent la documentation la plus ancienne sur les navires et sur l'art de la navigation. Aux esquifs de papyrus succèdent des bateaux de mer, dérivés des embarcations fluviales (env. 2500 av. J.-C.). La coque étroite est relevée aux extrémités comme celle des gondoles ; une vingtaine d'avirons et une voile carrée, hissée sur un mât rabattable, assurent la propulsion ; la direction s'obtient au moyen d'une rame-gouvernail placée à l'arrière le long du bord et maintenue dans une position proche de la verticale par un cordage fixé à plat bord, dispositif rustique conservé jusqu'à l'apparition du gouvernail d'étambot au xiiie siècle.

La trière athénienne, descendante du navire égyptien, représente le modèle classique du vaisseau long antique. Navire de combat, la trière mesure trente mètres de long et quatre mètres de large ; son étrave, seule partie massive de la coque, porte un éperon pour l'abordage. Une ou plusieurs voiles carrées, utilisables aux seules allures du largue et du vent arrière, servent d'appoint à la propulsion assurée par plusieurs rangs de rameurs superposés (birèmes et trirèmes). La galère romaine, construite d'après les mêmes principes, n'apporte aucune amélioration dans la manœuvre des bateaux longs.

Trière athénienne

Photographie : Trière athénienne

Fragment de bas-relief représentant une trière grecque (vers 500 av. J.-C., musée de l'Acropole, Athènes). Contrairement à la victoire de Marathon, en 490, remportée sur les Perses par les hoplites athéniens, fantassins et propriétaires fonciers, la victoire de Salamine, en 480, est celle... 

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À côté des navires de combat aux formes effilées, les bâtiments de commerce de l'Antiquité présentaient des formes ventrues. Ces bateaux ronds utilisés par les flottes marchandes phénicienne et romaine naviguaient à la voile, l'aviron intervenant pour les manœuvres de port. Leurs formes massives et leur gréement, une grande voile carrée, interdisaient le louvoyage. Les allures de l'arrière étaient seules possibles pour des navires déjà lourds (une trentaine de tonneaux pour les Phéniciens, peut-être deux cents pour les transports militaires romains) ; les Anciens s'attachaient donc à bien connaître le régime des vents.

Grâce à cette connaissance, malgré la petite taille de leurs navires et l'empirisme de leur art nautique, dès le début du xiie siècle avant J.-C., les Phéniciens avaient parcouru toute la Méditerranée. Les Carthaginois, au ive siècle avant J.-C., poussèrent leur navigation jusqu'en Grande-Bretagne et auraient tenté sans succès le tour de l'Afrique par l'ouest sous la conduite d'Hannon, tandis qu'une expédition ordonnée par Alexandre revenait de l'Indus au golfe Persique.

La navigation des Anciens était très prudente en ses débuts : on ne naviguait le plus souvent que de jour, de cap en cap, à l'aide d'une ligne de sonde ; on mouillait la nuit en utilisant de grosses pierres à défaut d'ancre (l'invention de celle-ci semble due aux Romains). S'il advenait qu'on dût faire route de nuit, le timonier se guidait sur les astres, dont les Égyptiens, les premiers, connurent bien les mouvements. Continuateur de leurs recherches, l'astronome grec Hipparque établit les premières éphémérides nautiques et construisit les premiers astrolabes (iie s. av. J.-C.). Il faut souligner que les procédés astronomiques employés permettaient seulement d'obtenir une direction approchée. La position restait incertaine ; cette navigation à l'estime exigeait de fréquents recalages sur la terre et se ramenait à une navigation côtière. Faute de cartes marines, les Anciens disposèrent très tôt de documents décrivant côtes, amers et mouillages. Des phares furent construits pour la sécurité des marins ; celui d'Alexandrie, édifié au iiie siècle avant J.-C. sur l'île de Pharos, donna son nom aux ouvrages du même genre. Le développement de la navigation imposa de grands travaux : ports d'Alexandrie, construit sous les Ptolémées, et du Pirée, équipé sous l'impulsion de Thémistocle ; canal creusé par Ramsès II entre la Méditerranée et la mer Rouge (env. 1300 av. J.-C.).

Pirogues polynésiennes et drakkars vikings

Quelle que soit l'origine du peuplement de la Polynésie, on reste confondu devant l'audace des navigateurs primitifs océaniens qui n'hésitèrent pas à effectuer des traversées de près de 4 000 kilomètres. Depuis les voyages d'exploration du Pacifique accomplis par les navigateurs du xviiie siècle, on connaît assez bien les embarcations qui permirent de tels exploits. C'étaient de grandes pirogues doubles dont la longueur pouvait atteindre quarante mètres ; les deux coques, faites de troncs d'arbres évidés, étaient accouplées à un mètre l'une de l'autre par des pièces de bois ligaturées. Propulsée à la pagaie ou sous l'action d'une grande voile triangulaire, la pirogue tenait son cap au moyen de pagaies en guise de gouvernail. La meilleure allure, celle du vent de travers, permettait d'atteindre la vitesse de 7 nœuds, et il est probable que ces pirogues étaient aptes au louvoyage. Il est plus difficile d'expliquer comment les Polynésiens s'orientaient en pleine mer sans instruments d'observation ou avec des instruments rudimentaires. Invoquer leur sens marin ne suffit pas ; admettre des pertes nombreuses serait éluder le problème. Il est donc vraisemblable qu'ils se repéraient en latitude par des « astuces » astronomiques leur permettant d'évaluer la hauteur de la Polaire et de la corriger. L'utilisation judicieuse de la culmination de certaines étoiles (les culminations des Pléiades et d'Aldébaran correspondent par exemple aux latitudes extrêmes des Hawaii), une excellente connaissance des alizés pouvaient assurer des atterrissages suffisamment précis sur des îles au relief élevé. Des sortes de cartes de navigation (les mattang), constituées par de fines baguettes liées entre elles, dessinant des figures géométriques et dont les intersections sont jalonnées par des coquillages ou des fragments de corail matérialisant les îles aux abords desquelles se réfractent les ondulations de la houle, permettent encore aux habitants de l'archipel des Marshall d'atterrir sur les îles avec certitude.

Dès le iiie siècle de notre [...]

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Trière athénienne

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Pour citer l’article

Michel MOLLAT DU JOURDIN, « NAVIGATION MARITIME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/navigation-maritime/