NATALISME

Efficacité des politiques natalistes

C'est là le point crucial qui distingue une doctrine politique d'une idéologie : si les mesures recommandées se révèlent efficaces une fois votées, on est en présence d'une doctrine, si elles se révèlent inefficaces, on est en présence d'une idéologie coupée de la réalité et dont on peut suspecter qu'elle poursuit d'autres buts. Or le natalisme s'est révélé peu efficace. Des études économétriques sur la période 1945-1985 ont montré que l'ensemble des mesures natalistes en France entraînait un relèvement minime de la fécondité d'environ 0,15 enfant par femme (le nombre moyen d'enfant par femme au cours de l'existence est de 2 en France). La comparaison des politiques menées dans les pays européens après 1945 a également montré que le baby-boom a été aussi important dans les pays avec allocations familiales que dans les autres. L'exemple de mesures natalistes prises dans les pays de l'Est avant la chute du Mur a pareillement été décevant. En Allemagne de l'Est et en Tchécoslovaquie, elles ont seulement eu un effet temporaire, analysable comme un effet d'aubaine, les couples qui désiraient un enfant supplémentaire ayant saisi une occasion qui se présentait subitement et pouvait disparaître aussi rapidement.

On mesure mieux l'inefficacité du natalisme en comparant la fécondité en France et en Grande-Bretagne. Depuis 1970, ces deux pays enregistrent le même indice de fécondité à 5 p. 100 près. Or il s'agit des pays les plus opposés en matière de natalisme. La Grande-Bretagne est traditionnellement non nataliste et ne pratique pas de politique familiale d'ensemble. Cependant le volume des aides qu'elle procure aux enfants des familles pauvres et aux mères célibataires est équivalent au montant dépensé par la politique familiale française. Dans les pays démocratiques où de plus en plus de droits de la personne sont reconnus et respectés, l'État et la société sont nettement séparés. Le natalisme y est condamné car il s'oppose à cette division en tentant d'imposer une raison d'État au sein de la vie familiale.

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Écrit par

  • Hervé LE BRAS : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, directeur de recherche à l'Institut national d'études démographiques, directeur du laboratoire de démographie historique au C.N.R.S.

Classification

Pour citer cet article

Hervé LE BRAS, « NATALISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

Média

Simone Veil, 1974

Simone Veil, 1974

Simone Veil, 1974

Ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac, Simone Veil défend devant l'Assemblée…

Autres références

  • DÉMOGRAPHIE

    • Écrit par Hervé LE BRAS
    • 49 400 mots
    [...]et la faiblesse des États constituaient des obstacles au volontarisme. Quelques pays, dont la France et les pays sous influence communiste, ont adopté des politiques d'encouragement à la natalité ou politiques natalistes en instaurant des primes pour les naissances à partir du troisième enfant et des[...]
  • ESTONIE

    • Écrit par Céline BAYOU, Suzanne CHAMPONNOIS, Jean-Luc MOREAU
    • 50 322 mots
    • 4 médias
    [...]venues d'autres républiques 7 p. 100. La situation démographique, très préoccupante (le taux de natalité étant inférieur au taux de mortalité), a conduit le gouvernement à adopter une mesure tout à fait nouvelle, accordant aux jeunes mères une allocation égale à une année de salaire à la naissance de leur[...]
  • FAMILLE - Sociologie

    • Écrit par Rémi LENOIR
    • 29 284 mots
    • 3 médias
    [...]fractions des classes dominantes antagonistes des premières, notamment au regard du rôle et de l'importance de l'État dans la gestion des affaires civiles. Les animateurs de cette mouvance qu'on appelle habituellement « nataliste » n'étaient pas des patrons d'entreprise, des hommes d'affaires, des chefs d'industrie,[...]
  • LOGEMENT SOCIAL

    • Écrit par Susanna MAGRI
    • 22 251 mots
    [...]municipalités, la loi gardait l'empreinte de la doctrine libérale qui n'admettait la prise en charge publique que dans le domaine de l'assistance. Toutefois, parce qu'elle visait tout spécialement le logement des « familles nombreuses », cette disposition est aussi le résultat de la montée du thème nataliste,[...]
  • MALTHUSIANISME ET NÉO-MALTHUSIANISME

    • Écrit par Jean-François FAURE-SOULET
    • 23 372 mots
    [...]naissances, il serait hasardeux d'en faire la cause principale de la baisse de la natalité observée dans toute l'Europe à partir des années soixante-dix. La France, qui a souffert de dénatalité bien avant les autres pays européens, a développé une politique nataliste fondée sur des incitations financières[...]

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