MYCOSES

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Mycoses des plantes

On estime actuellement que 20 p. 100 environ de la production végétale mondiale est détruite chaque année, soit en cours de végétation, soit après la récolte (pendant les transports ou la conservation), par divers parasites (insectes, champignons, bactéries, virus). Parmi ces derniers, les champignons jouent un rôle prépondérant par les nombreuses mycoses (encore appelées maladies cryptogamiques) qu'ils provoquent chez les plantes. Grâce à un puissant arsenal d'enzymes, de toxines et d'antibiotiques, nombre d'entre eux sont couramment capables de vaincre les défenses qu'opposent les cellules végétales saines aux agressions des micro-organismes. Au contraire, les bactéries (exception faite de quelques graves bactérioses entraînant la mort de l'hôte : Erwinia amylovora du poirier, Pseudomonas persicae du pêcher...) n'interviennent le plus souvent, et concurremment d'ailleurs à des champignons peu virulents, que sur des tissus mourants ou morts pour achever d'en dégrader la structure et la substance.

Les mycoses sont fondamentalement des associations pathologiques entre les plantes et leurs parasites. Leurs caractéristiques propres sont infiniment variées, mais on retrouve certaines constantes globales dans le déroulement de ces maladies. Pour ce faire, il convient de prendre un certain recul par rapport à l'aspect purement économique des problèmes qu'elles posent et d'apprécier la gravité de l'implantation de chaque champignon en fonction de son influence sur la physiologie et les possibilités de survie de son hôte, et non en fonction des seules pertes économiques que son développement est susceptible d'occasionner.

La flore pathogène

Le parasitisme simple

Dans un concept initial de parasitisme simple, on a d'abord attribué chaque mycose végétale à l'action d'un seul parasite, et les dénominations des maladies se sont alors longtemps confondues avec celles des champignons incriminés. Dans le cas des affections bien caractérisées et anciennement connues, dès que la nature fongique de l'attaque a pu être décelée, l'appellation du champignon responsable des dégâts fut tirée du nom vernaculaire des symptômes extériorisés : ainsi, le genre Uredo correspond au stade morphologique le plus banal des représentants du groupe des Urédinales, ou Rouilles, qui provoquent, chez les céréales en particulier, des maladies connues elles-mêmes sous le vocable de rouilles et que les auteurs latins dénommaient déjà rubigo ou, plus communément, uredo. De même, les mycoses appelées charbons sont dues à des Ustilaginales dont le genre principal est Ustilago (du latin ustulare ou ustilare, brûler partiellement, charbonner). Pour les autres maladies, d'étude plus récente, dont les symptômes sont moins bien caractérisés ou dont le diagnostic nécessite l'identification préalable du parasite, on observe le processus inverse, le champignon donnant alors son nom à la mycose : des dénominations telles que fusariose ou alternariose n'ont plus aucune signification symptomatologique, mais traduisent simplement le fait que les mycoses qu'elles désignent sont dues à des champignons des genres Fusarium ou Alternaria. Toutefois, dans les deux cas, le nom de la mycose et celui du parasite restent étroitement liés.

Au sein de ce concept de parasitisme simple, l'étude des relations entre le parasite et son hôte a naturellement conduit à la notion d'une lutte entre les deux organismes, lutte dont l'issue dépend à la fois de la virulence du premier et de la résistance ou de la sensibilité du second. En fonction des aptitudes des protagonistes, la mycose évoluera jusqu'à un stade déterminé, pouvant aller de la guérison à la mort de l'hôte. C'est bien ce qu'on observe dans certains types d'infection, comme les rouilles ou les charbons déjà cités, qui atteignent d'emblée des plantes jusqu'alors en bonne santé apparente.

Les cortèges de parasites

Toutefois, l'expérience a démontré que les cas où un parasite, seul, tue véritablement son hôte étaient extrêmement rares. Le plus souvent, il ne fait que l'affaiblir, et l'on voit alors s'installer sur la plante, encore vivante, tout un cortège d'autres champignons et, éventuellement, de bactéries. Ces derniers micro-organismes, en général incapables d'attaquer une plante saine et vigoureuse, envahissent facilement des tissus souffrants ou blessés. Ainsi est apparue la notion de parasites de faiblesse, ou parasites secondaires, opposée à la fois à celle de parasites forts, ou parasites primaires, et à celle de saprophytes. Les trois catégories biologiques ainsi définies ne diffèrent en fait l'une de l'autre que par les intensités de leurs virulences, élevées chez les parasites primaires, moyennes ou faibles chez les parasites secondaires, nulles ou presque chez les saprophytes. Les limites n'en sont donc pas tranchées, et les parasites secondaires, notamment, peuvent souvent subsister sur les débris morts, achevant ainsi en saprophytes leur œuvre destructrice. Néanmoins, cette classification biologique des parasites est fondée sur d'indéniables différences physiologiques et se superpose assez bien à celle que l'on peut établir sur la base de la polyphagie : les Urédinales, les Ustilaginales, certains Ascomycètes tels que l'ergot du seigle ou ceux qui provoquent les mycoses connues sous le nom d'oïdiums sont des parasites forts et ne s'accommodent guère que d'un nombre très restreint de plantes hôtes, alors que l'éclectisme augmente à mesure que la virulence décroît.

Les complexes infectieux

On a d'abord tenté de mettre ces notions quantitatives en accord avec le concept initial de parasitisme simple en estimant qu'un seul parasite est essentiel, le plus virulent du cortège et le premier installé sur la plante, seul capable de s'attaquer à l'hôte sain ; il ouvre la voie aux autres, mais ces derniers n'ont alors qu'un rôle accessoire et tardif, même si, par leur prolifération ultérieure, ils arrivent à entraver le développement du parasite primaire. Cependant, de nombreux processus maladifs sont vite apparus plus complexes encore, principalement en raison de deux ensembles de phénomènes :

– Vis-à-vis de chacun de ses parasites éventuels, une plante dispose de caractères génétiques de résistance (ou de sensibilité) qui conditionnent en quelque sorte un taux maximal de résistance potentielle, toute déficience, au moment de l'attaque, pouvant naturellement abaisser sa résistance effective et, par là même, la rendre plus sujette à l'infection. Symétriquement, tout parasite est doué d'un certain degré d'agressivité vis-à-vis de chacun de ses hôtes éventuels, degré qui est également défini par des facteurs génétiques. Il s'ensuit qu'une maladie ne pourra se développer que si l'agressivité du parasite est égale ou sup [...]

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Pour citer l’article

Patrick JOLY, Gabriel SEGRETAIN, « MYCOSES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mycoses/