TSIGANES ou TZIGANES MUSIQUES

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La musique rom d'Europe centrale et orientale

Dès les premières vagues de migrations au Moyen Âge, les Rom se sont implantés, pour une grande part, en Europe centrale et orientale. Ils y constituent aujourd'hui un prolétariat de plus en plus misérable, sédentarisé dans des quartiers ghettos où s'accumulent les problèmes sociaux. Les soubresauts de l'histoire ont entraîné dans cette région d'incessants redécoupages territoriaux et des déplacements de population. Aussi, les musiques d'Europe centrale et orientale telles qu'on les nomme ne coïncident pas toujours avec les frontières actuelles. C'est le cas de la musique dite hongroise – musique majoritairement instrumentale faisant la part belle au cymbalum et au violon – qui s'est notamment développée en Transylvanie, région aujourd'hui roumaine mais qui a appartenu jusqu'aux lendemains de la Première Guerre mondiale à la Hongrie.

La musique tsigane hongroise

Les Rumungre, descendants des premiers tsiganes arrivés en Hongrie au xive siècle, et les Olah ou Rom Vlax, arrivés plus tard de Valachie et de Moldavie au milieu du xixe siècle, forment les deux principaux groupes tsiganes hongrois.

Les Rom Vlax seraient les gardiens des formes les plus archaïques du répertoire, des chants habités d'une grande profondeur et restés longtemps ignorés. Pour parler de leurs chants qui puisent toujours dans le même fonds archétypal transmis de génération en génération, les Rom disent djili (terme signifiant « chanson » en romani). Selon Patrick Williams, c'est en quelque sorte la parole qui continue, une manière de dire son émotion en exaltant la fraternité, l'assemblée encourageant le chanteur et pouvant aussi se joindre à lui. La rythmique est assurée par les claquements de doigts, de mains ou par les battements de pied, et éventuellement par la percussion, jouée sur des ustensiles ménagers (cruche ou cuillères placées dos à dos). Cette musique tsigane est longtemps restée méconnue de ceux qui n'appartenaient pas à la communauté. Ce n'est qu'après l'effondrement des régimes soviétiques que des ensembles Vlax, comme Kalyi Jag, le groupe de Gusztav Varga ou Ando drom, se sont formés, ont pu se produire en public et témoigner de leur tradition musicale. L'apparition sur la scène publique de cette musique, auparavant interne à la communauté, a entraîné une diversification de son répertoire et l'introduction d'un accompagnement musical.

Les Rumungre, dont la musique est essentiellement instrumentale, se sont retrouvés porteurs de l'identité musicale hongroise en jouant tout d'abord un rôle décisif dans la vogue du verbunkos (danse de recrutement militaire très en vogue au xixe siècle ; les musiciens tsiganes étaient alors les auxiliaires des sergents de l'empire austro-hongrois), de la csardas (danse d'auberge inséparable de la fougue instrumentale des musiciens) puis de la nota (la chanson populaire hongroise). Ainsi à partir d'une instrumentation type, codifiée au cours du xviiie siècle – en général, un premier violon mène le groupe composé d'un ou plusieurs violons voire violoncelles, un cymbalum, une contrebasse –, on voit de véritables dynasties de musiciens accompagner la vogue d'une musique tsigane qui atteindra son apogée avec le romantisme. L'orchestre du violoniste János Bihari (1764-1827) provoque l'enthousiasme dans toute l'Europe. Avec quelques autres comme Pista Dankó (1858-1903), il donnera son impulsion à la musique populaire hongroise qui connaîtra un grand succès tout au long du xixe siècle, avant de se dévoyer dans les restaurants de Budapest puis dans les brasseries, où elle devient une sorte de folklore tsigane pour touristes.

Si le répertoire sacrifie aux exigences mondaines (airs d'opérettes en vogue, romances typiques, pièces de caractères, musiques de salon, etc.), il provient aussi des mélodies populaires du xixe siècle et de la musique des campagnes. Une musique traditionnelle que les Tsiganes ont aidée à survivre, en l'enrichissant de mélodies venues des cultures voisines (slave, grecque, roumaine, etc.). Nombre de compositeurs classiques s'en inspireront : notamment Brahms et ses Danses hongroises, et surtout Franz Liszt qui verra dans ces musiques le répertoire type des Tsiganes, alors que d'autres, comme Béla Bartók ou Zoltán Kodály, s'efforceron [...]

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Francis COUVREUX, « TSIGANES ou TZIGANES MUSIQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/musiques-tsiganes/