TSIGANES ou TZIGANES MUSIQUES

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Caractéristiques communes des musiques tsiganes

Si les musiques tsiganes révèlent une grande diversité de formes, de sources et de contenus, elles trouvent également leur unité à travers leur synergie avec les traditions locales et la manière dont elles sont interprétées.

Des musiques en osmose avec les traditions locales

À chacun des trois groupes principaux issus des divers chemins empruntés par les Tsiganes et de leur séjour plus ou moins long dans les pays traversés, correspond un genre musical en osmose avec la musique des autochtones qu'ils côtoyaient : les chœurs russes et les musiques d'Europe centrale et orientale pour les Rom, le flamenco pour les Gitans et le swing à cordes hérité de Django Reinhardt pour les Manouches.

Les Tsiganes se sont aussi emparés des instruments caractéristiques de la région où ils vivaient : le violon alto (bratsch) et les flûtes (caval, nai ou flûte de Pan) en Roumanie, l'accordéon touches-piano et la clarinette dans le sud des Balkans, la guitare à sept cordes et la balalaïka en Russie, le kanoun (cithare de forme trapézoïdale), la darbouka et l'oud en Turquie, le cymbalum (cithare sur caisse trapézoïdale à cordes frappées à l'aide d'une paire de baguettes dont l'extrémité est enroulée de fils de coton) en Hongrie essentiellement et en Roumanie. Toutefois, parce qu'ils sont très répandus en Europe, faciles à transporter et à intégrer dans toute forme musicale, le violon et la guitare restent les instruments par excellence pour les musiciens roms.

Citons parmi les grands instrumentistes tsiganes : Anatol Stefanet pour le violon alto, Ion Dragoï, Toki Horvath ou encore la dynastie Lakatos pour le violon, Boris Karlov et Victor Gore pour l'accordéon touches-piano, Sacha Kolpakov pour la guitare à sept cordes, Ivo Papasov pour la clarinette, Toni Iordache pour le cymbalum.

Les musiques tsiganes : un son et une couleur immédiatement reconnaissables

Les Tsiganes ont une approche pragmatique de la musique. Par souci de plaire à leur public, leur démarche est à peu près toujours la même : intégrer le répertoire populaire du pays dans lequel ils résident et séduire les autochtones. Pour cela, ils cultivent les effets subjuguants (arabesque, inflexion, variation, vibrato, glissando, etc.), multiplient les contrastes entre rythmes très vifs en soutien de la danse et mélodies profondément mélancoliques. Ils conjuguent ainsi lyrisme, style sensuel et passionné, exubérance et virtuosité. Et s'ils s'emparent de la musique autochtone c'est toujours avec beaucoup de souplesse, d'adaptabilité, de virtuosité et un art consommé de l'improvisation, symbole même du génie tsigane pour nos cultures classiques où la partition occupe une place centrale.

Le chant est également un élément fondamental pour les cultures tsiganes, aux traditions essentiellement orales. Se caractérisant en général par un volume important de la voix et de nombreuses ornementations, il accorde une large place au pathos et à l'expressivité, les lamentations sur leur condition de vie alternant avec leurs joies et leur fierté. Certaines techniques vocales – percussions vocales, interjections et onomatopées – se retrouvent dans des musiques pourtant aussi éloignées que celles de l'Inde, des Rom de Hongrie et du flamenco.

Enfin, la singularité de l'interprétation tsigane tient à une immersion musicale constante des musiciens dès leur plus jeune âge. Comme le souligne l'ethnologue Patrick Williams (1996) : « Dans les familles tsiganes, les enfants baignent dans la musique, les parents n'arrêtent jamais de jouer ; ils en sont si imprégnés qu'elle devient comme un langage naturel. Aussi leur maîtrise instrumentale n'apparaît-elle pas comme un acquis mais comme un don. » Ne sachant ni lire ni écrire la musique, les membres de ces orchestres, qui réunissent souvent les branches d'une même famille, jouent tous à l'oreille. La musique représente pour eux d'abord une mémoire et un héritage.

Autant d'éléments qui, au-delà des styles et des genres, ont contribué à identifier ce qu'on appelle l'interprétation tsigane.

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Francis COUVREUX, « TSIGANES ou TZIGANES MUSIQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/musiques-tsiganes/