MUSÉES DE PROVINCE, France

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Questions pour l'avenir

Le renouveau du musée semble avoir partout pour conséquence une hausse très sensible de la fréquentation (260 000 visiteurs au musée de Grenoble huit mois après l'ouverture, début 1994, 230 000 au Palais des Beaux-Arts de Lille dans l'année qui a suivi son inauguration en juin 1997). Il semble que ces pics de fréquentation ne soient pas un phénomène temporaire lié à la curiosité que suscite l'ouverture d'un lieu nouveau et prestigieux, événement généralement fort médiatisé (à l'instar des grandes expositions qui connaissent un immense succès en province comme à Paris : il s'agit au contraire d'une réalité statistique durable et encourageante puisque la fréquentation de ces musées ne retombe jamais à la situation antérieure à leur rénovation. En période de difficultés budgétaires croissantes, où les dépenses culturelles ne sont pas forcément prioritaires pour les collectivités, la question de la légitimité d'un investissement aussi lourd que la création ou la rénovation d'un musée (qui n'a cependant rien à voir avec le coût de construction d'un hôtel de département ou de région...) n'est pas indifférente, d'autant que cette décision engendre dans la plupart des cas des frais de fonctionnement accrus. Le coût de fonctionnement d'un musée, auquel l'État ne prend aucune part (à la différence des acquisitions d'œuvres d'art et d'objets de collection dont de 20 à 40 p. 100 du financement peut être assuré par les Fonds régionaux d'acquisition des musées, constitués à parité par l'État et la région, à la différence aussi des restaurations subventionnées par l'État, parfois dans le cadre de conventions pluriannuelles) hors des établissements lui appartenant, n'est pas négligeable si toutes les fonctions y sont bien assurées, en particulier la surveillance des collections ; or, comme tout équipement culturel digne de ce nom, le musée ne peut prétendre à la rentabilité (qu'il soit géré en régie publique ou, comme à Douarnenez, par une société d'économie mixte), même s'il intègre des activités commerciales (boutique, cafétéria) qui, elles, peuvent ne pas être déficitaires. La question du public se pose donc comme un enjeu et un défi essentiels (ce dont témoignent les études de public qui, de plus en plus souvent, interviennent en amont des investissements), même si la transmission du patrimoine constitue pour les collectivités un devoir étranger à la contingence du succès.

Le cadre juridique dans lequel s'effectuera cette transmission est encore à définir. Les musées français, et notamment les musées des collectivités locales, sont depuis longtemps confrontés à un vide juridique que le contexte nouveau de la décentralisation a rendu plus béant encore : l'ordonnance du 13 juillet 1945, qui institue le système des musées classés et contrôlés, porte organisation des seuls musées de beaux-arts. Rendue obsolète par les lois de décentralisation, elle s'est révélée de même totalement inadaptée au mouvement de diversification des musées. Or si, depuis 1991, les métiers de la conservation ont été réorganisés en une filière territoriale et en un corps d'État (prolongé par un troisième corps, celui des conservateurs généraux du patrimoine), il reste à garantir par une loi la protection des collections publiques bien plus menacées qu'on ne pourrait le penser : on songe notamment à la tentation que pourraient avoir certaines collectivités de se jouer du principe fondamental de l'inaliénabilité des collections publiques, et de vendre, comme cela a été longtemps fait par les musées américains, telle ou telle pièce de leurs collections pour mener à bien des travaux ou combler un déficit budgétaire. Se pose alors immédiatement un problème de champs d'application : légiférer sur les musées, c'est embrasser une réalité très diverse, tant sur le plan juridique (face aux musées de l'État et des collectivités, il existe en France des musées d'associations et des musées privés, dont les collections, parfois d'un intérêt majeur, relèvent du droit privé) que du point de vue de la nature des collections elles-mêmes (un objet, une collection, parce qu'ils appartiennent à un musée ouvert au public, méritent-ils systématiquement d'être protégés ? à quoi se mesure leur valeur patrimoniale, qu'il s'agisse d'œuvres d'art, de produits de l'industrie ou d'objets de fouilles ?). Toutes ces questions q [...]

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Pour citer l’article

Robert DUPIN, « MUSÉES DE PROVINCE, France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/musees-de-province-france/