MUSÉES DE PROVINCE, France

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Musées d'art contemporain, d'archéologie et de société

Deux aspects essentiels de ce renouveau sont la création en France d'un grand réseau de musées voués à l'art contemporain et le renforcement des musées d'archéologie avec l'apparition d'importants musées de site. Si dans ces deux domaines l'impulsion de l'État a été déterminante, il en va peut-être différemment de la multiplication des musées de société qui en bien des cas semble un phénomène plus spontané, lié en particulier aux évolutions économiques locales. Certes, les traditionnels musées des beaux-arts et les musées polyvalents présentant des collections d'art et d'archéologie, voire de sciences naturelles, sont nombreux à avoir profité du mouvement. Actuellement, sur les quinze grands musées des beaux-arts institués à travers la France par le célèbre décret Chaptal (1800), plusieurs ont fait l'objet d'une opération de rénovation : ceux de Nantes, Grenoble, Rouen, Caen, Douai, Lyon et Lille et Nancy sont achevés, les travaux de Bordeaux ont été en partie réalisés, ceux d'Aix-en-Provence sont programmés. D'autres musées des beaux-arts comme ceux d'Ajaccio, de Quimper, d'Épinal, d'Amiens et de Cambrai ont aussi été complètement rénovés ou achèvent leur rénovation, comme le musée Calvet d'Avignon peu à peu réouvert depuis 1996. Restent cependant ceux de Rennes, Dijon, Toulouse, Strasbourg, Marseille, Bordeaux et Tours dont les difficultés budgétaires ne permettent pas de dire à quelle échéance leur rénovation sera entamée.

La France a longtemps manqué de musées voués à l'art de ce siècle. Ce n'est plus tout à fait le cas. À côté des Fonds régionaux d'art contemporain (F.R.A.C.) et de leurs présentations temporaires, et des centres d'art implantés dans les lieux les plus inattendus, à l'écart des villes (Oiron, Kerguéhennec...) sous l'impulsion de l'État (Délégation aux arts plastiques), une dizaine d'établissements spécialisés dans l'art moderne et/ou contemporain ont été construits ou aménagés pendant les deux ministères Lang, à commencer par l'achèvement du musée d'Art moderne de Villeneuve-d'Ascq (R. Simounet), suivi par le C.A.P.C. de Bordeaux et le musée d'Art moderne de Saint-Étienne (D. Guichard), les musées des Sables-d'Olonne et de Rochechouart, le musée d'Art moderne et d'Art contemporain (M.A.M.A.C.) et le musée Matisse à Nice, le Carré d'art de Nîmes (N. Foster), les musées de Céret et de Grenoble. Le musée d'art moderne et contemporain de Lyon a été inauguré en 1996, suivi par le musée d'art moderne de Strasbourg (1998) et par l'espace d'Art moderne et contemporain de Toulouse créé dans les anciens abattoirs de la ville (1999). Ce mouvement ne va pas sans excès : ainsi la seule ville de Marseille possède deux établissements d'art moderne et contemporain : le musée Cantini et les Galeries contemporaines inaugurées en 1994.

L'essor des musées de préhistoire et d'archéologie tient quant à lui entre deux grandes réalisations : le musée de la Civilisation gallo-romaine de Lyon (B. Zehrfuss) et le musée d'Arles antique dont les travaux, menés par H. Ciriani, se sont achevés en 1995. Entre-temps ont été réalisés l'aménagement du musée Henri-Prades à Lattes (1986), du musée d'Argentomagus à Argenton-sur-Creuse (1990), du musée de Préhistoire de Tautavel (1992) et du Musée archéologique de Strasbourg (1992), ainsi que de trois musées destinés à présenter in situ les résultats de fouilles menées sur des sites archéologiques de première importance : le musée des Potiers gallo-romains de Sallèles-d'Aude (1992), le musée des Tumulus de Bougon (1993) et le musée départemental de Saint-Romain-en-Gal (inauguré en 1995). Cette évolution, souvent soutenue par l'autorité départementale dans le cas de sites relevant de communes trop petites pour en assumer seules la charge financière, a connu d'autres étapes majeures, par exemple la réalisation du Musée national de la civilisation celtique sur le site de Bibracte, au mont Beuvray inauguré en 1996, et le lancement du chantier du Musée national de préhistoire des Eyzies-de-Tayac, contre la célèbre falaise de la vallée de la Vézère n'est pas encore commencée.

La multiplication des musées de société constitue un phénomène plus complexe, où l'intervention de l'État, si elle est bien réelle, paraît moins décisive que l'initiative locale et notamment associative. Alors que la France piétine dans la redéfinition d'un grand Musée national des arts et traditions populaires, passé l'époque héroïque de Georges Henri Rivière et de Jean Cuisenier, des écomusées, conservatoires vivants de l'architecture et des activités rurales traditionnelles, ont, dans les années 1980, vu le jour un peu partout, comme à Cuzals (musée de plein air du Quercy), à Rennes (écomusée de la Bintinais), à Ruynes-en-Margeride (écomusée de la Margeride) et à Ungersheim (écomusée de haute Alsace), ou, pour le domaine maritime, à Douarnenez (port-musée), faisant regretter d'autant plus l'absence dans notre pays, à l'instar de ce qui existe dans les musées scandinaves (ainsi à Sorgenfri, près de Copenhague), d'un grand musée de plein air voué à la vie rurale française. En fait, tous les secteurs de l'activité économique sont concernés par cette évolution qui ne traduit pas seulement l'urgence d'un « travail de deuil » au regard de métiers, de techniques et de modes de vie en passe de disparaître définitivement (musées de la Mine comme à Lewarde et à Saint-Étienne, musée du Bassin houiller lorrain, à Petite-Rosselle, écomusée du Creusot), mais plutôt la volonté de maintenir en vie des pratiques et des savoir-faire propres à être réinvestis dans le développement économique d'une localité ou d'une région : le cas est particulièrement évident pour les musées consacrés aux artisanats de la mode et du luxe, qui tendent à devenir des lieux de référence pour la création contemporaine (musée de la Chaussure à Romans, musée de la Chapellerie à Chazelles, musée de l'Impression sur étoffes à Mulhouse, musée de la Parfumerie à Grasse, etc.). À cette catégorie se rattachent également différents musées d'histoire parfois installés dans des constructions prestigieuses : le Mémorial de la bataille de Normandie, à Caen (J. Millet, 1988), l'Historial de la Grande Guerre de Péronne (H. Ciriani, 1993).

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Pour citer l’article

Robert DUPIN, « MUSÉES DE PROVINCE, France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/musees-de-province-france/