WINTERTHUR MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE

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Le musée des Beaux-Arts de Winterthur (canton de Zurich) possède une exceptionnelle collection d'art français du tournant du xixe et du xxe siècle, un vaste panorama des diverses tendances de la modernité et un fonds d'art graphique de tout premier plan ; il occupe ainsi une place importante parmi les institutions suisses concernant l'art du xxe siècle au côté des musées de Bâle, de Zurich et de Berne.

L'histoire de sa création est marquée par quelques personnalités à l'envergure exceptionnelle qui, entrées au sein du comité du Kunstverein en 1907, insufflèrent à cette institution créée en 1848 une nouvelle dynamique. En quinze ans à peine, ce groupe d'industriels et de médecins de Winterthur fit d'une collection plutôt modeste et d'inspiration locale la collection la plus avancée de Suisse pour l'époque.

Sous l'égide de Richard Bühler (1879-1967), président du Kunstverein de 1912 à 1939 et lui-même grand collectionneur d'art français comme sa cousine Hedy Hahnloser, plusieurs membres de la famille Reinhart et les époux Hahnloser militèrent activement pour l'édification d'un musée dont ils seront tous de généreux mécènes. Contre vents et marées, ils en orientèrent les expositions et les acquisitions vers l'art contemporain, qu'il soit suisse ou étranger.

L'édifice est construit dans un style néo-classique par les architectes saint-gallois Rittmeyer et Furrer sur un terrain offert par la ville et financé pour les deux tiers par des fonds d'origine privée, le tiers restant ayant été alloué par votation populaire. Le nouveau musée est inauguré en janvier 1916 avec une exposition consacrée à la peinture suisse du xixe siècle ; lui succède en août une exposition d'art français : 196 huiles et 45 œuvres sur papier présentant l'impressionnisme et son évolution, ainsi que des œuvres de Cézanne, Van Gogh, Redon et les mouvements nabi et fauve. Ambroise Vollard qualifiera le musée de « temple de l'art français ». Au lendemain de la Première Guerre mondiale des voix s'élevèrent pour exiger une plus grande représentation de peintres nationaux. On délaissa ainsi quelque temps les mouvements progressistes avant de se porter à nouveau acquéreur vers 1950 des tendances contemporaines. Le musée reprit son rôle de pionnier : il présentades œuvres de Arp, Brancusi, Duchamp-Villon et de l'École de Paris avec d'autant plus de pertinence que ces artistes ne figuraient pas dans la fondation Oscar Reinhart installée au cœur de la ville et inaugurée en 1951.

À partir de 1960, la fondation Volkart, émanation de la firme internationale Volkart Frères, gérée en son temps par la famille Reinhart, acquiert des œuvres d'artistes contemporains afin de les déposer à titre de prêts permanents au musée ; en 1965, elle contribue à l'achat de la collection Thompson et à la constitution de la fondation Alberto Giacometti, et permet ainsi au musée de Winterthur d'être, tout comme ceux de Bâle et Zurich, dépositaire d'un ensemble représentatif de l'œuvre de l'artiste suisse.

La décennie de 1970 marque un second âge d'or pour le musée : sous l'impulsion d'une nouvelle équipe à la tête du Kunstverein et d'un conservateur disposant de moyens accrus – le canton de Zurich et la ville de Winterthur ayant sensiblement augmenté leurs subventions – des achats importants sont effectués.

Parallèlement, plusieurs donations et legs viennent enrichir les collections. Tandis que les fonds d'art graphique sont complétés, le legs des époux Clara et Emil Friedrich-Jezler offre au musée une cinquantaine d'œuvres – huiles, dessins et sculptures – des courants cubiste, constructiviste et futuriste réunies depuis 1926 sous l'impulsion de leur ami bâlois installé à Paris, le banquier Raoul La Roche, ardent défenseur de Le Corbusier. La modernité, représentée jusqu'à Delaunay et Mondrian, répond désormais aux œuvres du début du xxe siècle.

Devant le développement de la collection qui avait plus que doublé de 1960 à 1980, il fut nécessaire d'augmenter les surfaces d'exposition du musée. L'adjonction en 1995 d'une nouvelle aile, confiée au bureau d'architectes zurichois Gigon et Guyer, permet désormais d'accueillir des expositions temporaires et de redéployer sur 1 000 m2 supplémentaires l'ensemble des fonds, y compris les acquisitions récentes qui, après avoir cherché à rendre compte de la modernité historique avec des œuvres de Rosso, Lehmbruck et Torres-Garcia, semblent s'organiser selon trois groupes : l'art américain (Guston, Hesse, Kelly, Mangold, Marden, Martin, Tuttle), l'art italien (Fontana, Kounellis, Manzoni, Merz) et l'art allemand (Darboven, Genzken, Richter, Schütte, Slominski).

Au côté du Römerholz, de la fondation Reinhart et de la Villa Flora qui présentent respectivement les ensembles formés par Oscar Reinhart et par les époux Hahnloser, la ville de Winterthur expose au Stadthaus deux collections municipales intéressantes : l'importante collection de maîtres hollandais du xviie siècle qui lui fut léguée par Jakob Briner et la collection de 500 miniatures du xvie au xixe siècle reçues de Emil S. Kern en 1998. Le musée des Beaux-Arts apparaît, quant à lui, avec ses collections d'art suisse, européen et américain comme l'illustration d'une collaboration réussie entre initiative privée, mécénat d'entreprise et subsides publics.

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Daniel HARTMANN, « WINTERTHUR MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/musee-des-beaux-arts-de-winterthur/