MUSÉE DES ARTS ET MÉTIERS, Paris

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Le musée des Arts et Métiers, une des composantes du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), est l’un des plus anciens et des plus riches musées techniques et industriels du monde. Créé en 1794 sous la Révolution française et installé depuis 1800 dans l’ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs, à Paris, il a servi de modèle, dès le milieu du xixe siècle, aux autres grands musées techniques nationaux (Science Museum de Londres, Deutsches Museum de Munich…). Il conserve un patrimoine exceptionnel de plus de 80 000 objets et 15 000 dessins, remontant pour certains au xviie siècle. Un dixième de cette collection est présenté au grand public dans un musée totalement rénové dans les années 1990 et qui a rouvert ses portes en 2000, avec une muséographie entièrement repensée.

Musée des Arts et Métiers

Musée des Arts et Métiers

photographie

L'ancienne église de Saint-Martin-des-Champs, un lieu emblématique du musée des Arts et Métiers, a été réhabilitée lors de la rénovation de ce dernier dans les années 1990. Y sont présentés notamment la collection d'automobiles anciennes et trois avions (seulement deux sont visibles... 

Crédits : Christophe Lehenaff/ Photononstop

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Du conservatoire au musée

L’histoire du musée des Arts et Métiers se confond avec l’institution dont il est partie prenante, le CNAM, établissement public national à caractère scientifique, culturel et professionnel assurant essentiellement des missions de formation supérieure continue, de recherche et de diffusion de l’information et de la culture scientifique et technique.

Le CNAM a été créé par un décret du 10 octobre 1794 avec pour mission, selon les termes mêmes de son fondateur, l’abbé Grégoire (1750-1831), de « perfectionner l’industrie nationale ». Dans le contexte économique international du xviiie siècle, l’institution s’inscrit alors dans une politique visant à doter la France des moyens techniques et pédagogiques propres à concurrencer sur le terrain industriel les autres pays européens.

Dès l’origine se met en place la structure qui deviendra celle du musée : des « galeries d’exposition des modèles » et des démonstrations effectuées sur la base des objets présentés. Cette tradition se rattache à celle des cabinets de physique ou d’histoire naturelle, mais aussi à l’Encyclopédie de Diderot, grand « théâtre » des arts et des métiers. Le triple objectif des cabinets de physique – expérimentation, éducation, représentation – est présent dès la fondation du Conservatoire et se perpétue tout au long du xixe siècle, notamment avec les objets provenant des cabinets de l’abbé Jean Antoine Nollet (1700-1770) et du physicien Jacques Alexandre César Charles (1746-1823). Ce volet pédagogique sera réaffirmé dans les missions assignées au musée des Arts et Métiers lors de sa rénovation.

Les collections, constituées dès le milieu du xviiie siècle avec le cabinet du mécanicien Jacques Vaucanson (1709-1782), devaient rendre compte, le plus fidèlement possible, de l’actualité des techniques. Il fallait alors reproduire en vraie grandeur, ou sous forme de modèles, les machines, outils et instruments susceptibles de favoriser l’innovation technique. Répliques des machines textiles anglaises, machines-outils novatrices, dessins de procédés nouveaux devaient permettre au public du Conservatoire – artisans, techniciens, mais aussi curieux – d’imaginer des solutions originales, et plus largement d’acquérir une véritable culture technique. Les principales inventions de Vaucanson, dont le métier à tisser automatique (1746) et le tour à charioter (1751) figurent toujours parmi les objets phares du musée.

Tout au long du xixe siècle, les collections s’enrichissent considérablement avec l’expansion industrielle de l’Europe occidentale. Un grand nombre de pièces proviennent encore des sources originelles du Conservatoire, comme l’Académie des sciences, avec notamment l’arrivée en 1866 d’une partie importante du laboratoire original d’Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794). Les grandes expositions universelles, surtout, sont l’occasion d’acquisitions de premier plan : modèles de locomotives en 1851, modèles de métiers à tisser en 1855, machine à statistiques d’Hermann Hollerith en 1889…

Le terme de musée n’est utilisé que tardivement, à l’orée du xxe siècle, lorsque les secteurs majeurs du xixe siècle, comme la mécanique, cèdent progressivement la place à de nouvelles techniques, moins matérielles, pour lesquelles la démonstration n’est plus le mode de compréhension dominant : la chimie industrielle, les télécommunications, plus tard l’électronique ou l’énergie nucléaire. De ce fait, le musée est peu à peu délaissé au cours du xxe siècle, se figeant dans la présentation de collections éloignées à la fois de l’actualité de l’innovation technique et des missions d’enseignement du CNAM.

Le musée au xxie siècle

La mise en chantier d’une transformation radicale est alors engagée dans les années 1990, dans le cadre d’un rapport commandé à l’anthropologue Françoise Héritier-Augé sur la rénovation des quatre musées scientifiques parisiens dépendant du ministère de l’Éducation nationale : le palais de la Découverte, le Musée national des techniques (nom désignant à l'époque le musée des Arts et Métiers), le Muséum national d’histoire naturelle et le musée de l’Homme (partie intégrante du Muséum).

Depuis la réouverture du musée des Arts et Métiers, en mars 2000, les collections, auparavant réparties en près de vingt-cinq sections, sont ordonnées selon sept grands domaines thématiques : Instrument scientifique, Matériaux, Construction, Communication, Énergie, Mécanique, Transports. Dans chacun d’eux, l’organisation est chronologique, des origines au temps présent. L’ancienne église de Saint-Martin-des-Champs, intégrée à la visite et traitée comme un lieu d’émerveillement, abrite les collections les plus volumineuses – automobiles, avions de Louis Blériot (1872-1936) et de Louis Charles Breguet (1880-1955) – ainsi que les pendules originaux de Léon Foucault (1819-1868) qui ont servi à démontrer la rotation de la Terre en 1851. Le déménagement des réserves a permis d’accroître la surface d’exposition permanente, portée à 8 000 mètres carrés. Par ailleurs, la création d’une salle d’exposition temporaire de 600 mètres carrés permet de faire découvrir les collections conservées dans les réserves ou de traiter de thèmes d’actualité : ainsi, en 2003-2004, La Boussole et lorchidée, une aventure savante s’attachait à faire revivre le voyage d’Alexander von Humboldt (1769-1859) et d’Aimé Bonpland (1773-1858) en Amérique espagnole entre 1799 et 1804 ; et, en 2010-2011, le musée consacrait une exposition, MuseoGames, une histoire à rejouer, aux jeux vidéo.

Les points forts de cette rénovation majeure ont été définis dans le rapport d’orientation rédigé en 1989 par Pierre Piganiol (1915-2007). Les collections historiques devaient retrouver leur place centrale, et être complétées par les présentations des techniques les plus récentes, dans l’idée que le musée devait réaffirmer sa vocation à favoriser l’innovation. C’est ainsi qu’ont été constituées des séries cohérentes d’objets techniques qui permettent d’appréhender la genèse de l’innovation et le cheminement de la pensée technique : séries de vélos, de ponts, de piles électriques ou d’appareils photographiques.

Les vitrines, l’église et les murs mêmes de l’ancienne abbaye, témoins uniques, ont été préservés en tant que tels par Andrea Bruno, l’architecte de la rénovation. Ainsi, les rails courant dans les salles, qui servaient initialement à transporter les objets de démonstration jusqu’aux amphithéâtres, ont été sauvegardés.

Les visiteurs qui parcourent les salles du musée des Arts et Métiers peuvent à nouveau découvrir les machines et instruments fondateurs de la science expérimentale moderne et les principaux témoins de l’évolution des savoirs techniques et scientifiques

Des réserves dignes de la collection

Avant que ne soient engagés les travaux, les réserves occupaient principalement les combles de l’abbaye, dans des conditions inadaptées. La première phase de la rénovation a donc consisté à vider les locaux et déménager ces collections. Un nouveau bâtiment a été construit par l’architecte François Deslaugiers à Saint-Denis, près de Paris, pour abriter dans de bonnes conditions les collections en réserve, accueillir chercheurs et professionnels et favoriser l’étude et la conservation du patrimoine. Sur les 7 000 mètres carrés du bâtiment, près d’un cinquième de la surface est consacré aux fonctions muséologiques : réception des œuvres, conservation préventive et curative, ateliers de restauration, inventaire et documentation, étude et recherche. Conçues et bâties selon les normes les plus rigoureuses, ces réserves sont devenues de fait une référence pour la préservation du patrimoine technique, scientifique et industriel.

—  Bruno JACOMY

Bibliographie

H. Grégoire, Rapport sur l’établissement d’un Conservatoire des arts et métiers, Convention nationale, 1794

F. Héritier-Augé dir., Les Musées de l’Éducation nationale : mission d’étude et de réflexion, Collection des rapports officiels, La Documentation française, Paris, 1991

A. Mercier, Le Conservatoire des arts et métiers : des origines à la fin de la Restauration, 1794-1830, Snoeck, CNAM, Paris, 2018

P. Piganiol, Le Musée du Conservatoire national des arts et métiers, sa renaissance, pourquoi ? comment ?, rapport, Paris, CNAM, 1989

D. Ferriot & B. Jacomy, « Problématique d’une rénovation, musée des arts et métiers », in E. H. Koster & B. Schiele dir., La Révolution de la muséologie des sciences, vers les musées du xxie siècle ?, Presses universitaires de Lyon-Multimondes, Lyon, Sainte-Foy (Québec), 1988.

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Pour citer l’article

Bruno JACOMY, « MUSÉE DES ARTS ET MÉTIERS, Paris », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/musee-des-arts-et-metiers-paris/