MOYEN ÂGELe monde médiéval

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Le cadre : l'Occident

Un cadre : à l'extérieur, des limites, à l'intérieur, des structures. Les fluctuations des premières et l'élaboration des secondes doivent ouvrir toute histoire de l'Occident.

Limites

Si on le compare au monde classique, la première originalité de l'Occident réside dans ses frontières. La civilisation antique avait été fille de la Méditerranée, bien et lien des peuples installés sur les rives du Mare nostrum et rassemblés par Rome. La civilisation occidentale n'intéresse plus qu'une fraction de l'ancien Empire, mais elle en déborde les limites. Un double mouvement s'est donc déclenché à la fin de l'Antiquité et poursuivi durant tout le Moyen Âge et bien au-delà : l'Occident s'est séparé de l'Orient européen et asiatique comme de l'Afrique septentrionale et, d'invasions en annexions, il a reculé ses bornes vers le nord et vers l'est.

La ruine de l'unité méditerranéenne

Entre 250 et 750, le monde romain s'est disloqué. La pars occidentalis s'est éloignée de la pars orientalis ; l'Afrique du Nord et le Levant se sont détachés de l'Europe et de l'Asie Mineure. Deux ruptures qui procèdent largement des mêmes causes, mais que le souci de clarté recommande de traiter successivement.

La scission de l'Orient et de l'Occident est la résultante d'une longue série d'événements. À peine constitué, au début de notre ère, l'Empire romain souffrait d'un déséquilibre. Selon le mot de F. Cumont, l'Est « y pénétrait pacifiquement » l'Ouest ; il lui donnait ses hommes d'État, ses savants, ses artistes, ses religions, notamment mithriacisme et catholicisme. Au milieu du iiie siècle, une crise politique et économique transforma ce déséquilibre en opposition. Elle affecta surtout la fraction occidentale de l'Empire et son économie ; par une réaction en chaîne, l'industrie, le commerce, les villes, la culture déclinèrent ; le monde du haut Moyen Âge s'esquissait, morcelé, rural, fruste. Le pouvoir sanctionna cette évolution : en 286, l'Empire fut divisé en deux partes confiées à deux Auguste. La rupture du monde romain s'annonçait.

Elle se produisit lors de ce que l'historiographie de langue française appelle les Grandes Invasions. Comme la crise du iiie siècle, celles-ci n'affectèrent qu'une partie de l'Empire. Les armes et la diplomatie de Byzance détournèrent vers l'Italie, la Gaule et l'Espagne les peuples qui avaient franchi le Danube inférieur. Orient indemne, Occident aux mains des Barbares : les liens politiques, culturels et matériels se brisèrent ou se relâchèrent entre les deux zones. L'Empire et ses cadres administratifs savants subsistèrent à l'Est ; des royaumes germaniques indépendants et aux institutions rudimentaires se partagèrent l'Ouest. La civilisation resta brillante à l'Est, mais elle renia ses traditions latines pour se cantonner dans l'hellénisme et s'abreuver aux sources asiatiques, spécialement sassanides ; elle s'effondra à l'Ouest. Bientôt même les « Slaves du Sud » coupèrent l'Est de l'Ouest : au fur et à mesure que les Germains avançaient, ils les remplaçaient dans les terres devenues libres ; après 650, de leur propre mouvement ou à l'invitation de Constantinople, ils passèrent à leur tour le Danube et peuplèrent l'actuelle Yougoslavie.

Après un sursaut, Byzance se résigna à la rupture. Justinien (527-565) tenta de refaire l'unité méditerranéenne. Il ne parvint, du point de vue de l'Occident, qu'à ruiner Rome que trois sièges désastreux privèrent pour près d'un millénaire du rôle de métropole intellectuelle et artistique du monde latin. Son second successeur, Maurice (582-602), eut encore des vues sur l'Occident. Mais, à partir du viie siècle, les basileis se désintéressèrent de celui-ci. À partir du viiie siècle, ils furent d'ailleurs absorbés par la lutte contre l'Islam. Et pour la soutenir, ils arrêtèrent des mesures fiscales qui indisposèrent la papauté et l'engagèrent ou l'encouragèrent à se tourner vers les Francs. Cette orientation fut consacrée à la Noël 800 : Charlemagne fut alors couronné et acclamé empereur. C'était l'affirmation solennelle de l'indépendance de l'ancienne pars occidentalis.

Le lien religieux unissait sans doute encore celle-ci à l'Orient. Mais il ét [...]

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  • : membre de l'Académie royale de Belgique, professeur à l'université de Louvain

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Pour citer l’article

Léopold GÉNICOT, « MOYEN ÂGE - Le monde médiéval », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/moyen-age-le-monde-medieval/