MOYEN ÂGELa poésie lyrique

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Les troubadours

La poésie des troubadours est un bel exemple de réussite à la fois esthétique et idéologique. Leur art musical, qui semble avoir exploité les ressources du chant grégorien, parfois revigoré par des rythmes et des airs plus exotiques (arabes, notamment), n'est pas compris, de nos jours, de la même façon par tous les musicologues. Mais il atteste un travail savant. Savante aussi leur versification, qui répand l'usage de la rime, associée au syllabisme, et le découpage du poème en strophes. La chanson d'amour devient le genre le plus distingué, avec cinq ou six strophes divisées en trois parties, et une tornada finale. Le langage lui-même fait l'objet d'une recherche qui aboutit le plus souvent à un hermétisme calculé : c'est le trobar clus. Le sens se dévoile à partir de quelques termes clés, mais avec des écarts qu'il est difficile d'apprécier, d'autant plus que, transposés dans les autres langues, ils ont pu exprimer des idées toutes différentes.

Une discipline de l'amour

La doctrine, telle qu'on essaie de la reconstituer, est essentiellement consacrée à l'amour. S'agit-il d'un érotisme sensuel ou spirituel ? L'expression la plus importante est celle de fin'amors. Elle s'oppose à fals'amors. Opposition du pur à l'impur, de l'authentique au fabriqué, mais aussi de ce qui est distingué et raffiné à ce qui est commun et vulgaire. Cette supériorité est interprétée différemment selon les poètes. Pour Marcabru, elle est sagesse. Pour d'autres, elle est douleur. Elle est surtout liée à un sentiment de noblesse choisie et conquise. Car c'est le souci de mérite (pretz et valor) qui anime l'amant. Transposition de la vertu guerrière de la proeza, avec pour souci de contrôler la vigueur de la jeunesse (jovens) par la maîtrise de soi (mezura).

Cette discipline fait de l'amour une expérience et une aventure à la fois psychiques et physiques. Ainsi, l'épreuve (assag) de la chasteté temporaire en présence de la dame nue n'est pas une marque [...]

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Daniel POIRION, « MOYEN ÂGE - La poésie lyrique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/moyen-age-la-poesie-lyrique/