MOOSE ou MOSSI

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L'histoire du Moogo

On a longtemps considéré que les Moose du bassin de la Volta Blanche se confondaient avec des cavaliers pillards apparus à partir du xiiie siècle dans l'intérieur de la boucle du Niger et désignés sous le nom de « Mosi » dans deux chroniques de Tombouctou en langue arabe : le Tarikh el-fettach (xvie et xviie s.) et le Tarikh es-Soudan (xviie s.). Cette confusion a eu pour effet d'allonger considérablement la chronologie hypothétique de l'histoire des royaumes moose. D'après l'état actuel de nos connaissances, l'autonomie de l'histoire des Moose du bassin de la Volta blanche paraît entière.

Vers le milieu du xve siècle, alors que les royaumes du Gulma, à l'est, existent sans doute déjà, des cavaliers, après avoir traversé le Gulma, s'établissent chez les Kusasi (aux actuels confins du Ghana et du Burkina Faso) et y jettent les bases d'une formation politique à pouvoir centralisé, le royaume mamprusi, dont naîtront directement des royaumes dagomba et nanumba (Ghana). Les Moose font partir leur histoire de la geste d'une princesse appelée Yenenga, fille aînée d'un roi dagomba de Gambaga appelé Nedega (Gambaga est en fait une localité mamprusi). Bien que le nom de Nedega n'apparaisse pas plus dans la liste des rois mamprusi que dans celle des rois dagomba, on considère aujourd'hui que le Nedega des traditions moose pourrait ne faire qu'un avec le fondateur de la dynastie mamprusi, Na Bawa, que les Dagomba appellent Na Gbewa (na : « chef » ; en moore : naaba).

Yenenga conduisait les guerriers de son père. Au retour d'une expédition militaire, son cheval s'emballa, s'enfonça dans une forêt et s'arrêta dans une clairière où un chasseur d'éléphants avait établi son campement. La princesse devint la compagne du chasseur ; elle donna naissance à un garçon que les Moose appellent Naaba Wedraogo (wedraogo : « étalon ») et qui fait figure de premier personnage de l'histoire moose ; l'entière descendance en ligne agnatique de Naaba Wedraogo forme ce que les Moose nomment le Moos buudu, le « peuple des Moose ».

Après le mythe, l'histoire. Dans la seconde moitié du xve siècle, la conquête moose n'a certainement pas revêtu la forme d'un déferlement de cavaliers fondant sur de paisibles agriculteurs ; elle a plutôt procédé par de lentes infiltrations, au long d'un siècle au moins, dans une contrée inconnue dont les habitants surent résister aux envahisseurs. Les Moose ont une technologie militaire supérieure à celle des autochtones ; ils véhiculent une idéologie du pouvoir (naam) et sont vraisemblablement monothéistes (leur divinité, dont procède le naam, est appelée Naaba Wende).

Dès la génération des fils de Naaba Wedraogo apparaît cependant un véritable conquérant, Naaba Rawa, fondateur du Rawatenga, vaste formation politique dont l'organisation est sans doute encore très lâche. À partir de la fin du xve siècle, la descendance de Naaba Rawa va être supplantée par une branche dynastique issue d'un autre fils de Naaba Wedraogo. Naaba Wubri, qui appartient à la troisième génération du Moos buudu, fonde (par convention, en 1495) le Wubritenga, sorte de royaume-souche, qui va être à l'origine de toutes les futures formations politiques moose. Du Wubritenga va d'abord naître, en continuité directe, le royaume de Wogodogo, du nom de sa dernière capitale, l'actuelle Ouagadougou, dont les souverains portent le titre de Moogo Naaba (« chef du Moogo »), rappel d'un pouvoir qui a initialement concerné l'ensemble du territoire moose.

L'histoire du Moogo aux xvie et xviie siècles est très mal connue. Le milieu du xvie siècle est marqué par la fondation du Yatenga (date conventionnelle : 1540), dans le nord-ouest du Moogo, à la suite de la sécession d'un petit-fils de Naaba Wubri, Naaba Yadega. À la même époque, les Moose tentent en vain de conquérir la région occidentale comprise entre la Volta rouge et la Volta noire. À la fin du xvie siècle, c'en est fini de la période des conquêtes. En dépit d'incessantes crises de succession et de rivalités entre royaumes, le Moogo va vivre en paix pendant deux siècles. Dans la seconde moitié du xviiie siècle, la puissance moose est à son apogée : le développement de l'appareil d'État entraîne une centralisation accrue du pouvoir ; le Moogo, dont les routes sont sûres, sert de cadre à un essor remarquable du commerce caravanier du sel saharien et des noix de kola des régions forestières du sud ; sauf à l'est (Gulma), les [...]

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Pour citer l’article

Michel IZARD, « MOOSE ou MOSSI », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/moose-mossi/