MOON PALACE, Paul AusterFiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Une quête des origines

1969, c'est l'été où l'homme a marché sur la Lune. Pour M. S. Fogg c'est également la dernière saison qu'il passera sur terre. Lui aussi s'envole vers un ailleurs. Le compte à rebours de ses « derniers jours » a commencé. Il est orphelin, sans mémoire, seul au monde. L'homme qui le rattachait encore à un passé, son oncle Victor, vient de disparaître. Victor le musicien itinérant qui inventait pour lui des mondes fabuleux, collectionnait autographes et statistiques de base-ball et jouait de la clarinette sur les routes de l'Ouest. C'était son Amérique à lui. À sa mort il a laissé en legs au jeune Fogg ses caisses de livres. Cloîtré dans la solitude monacale d'une petite chambre de Manhattan, Fogg, à la lueur de bougies de « mémorial » juif, relit l'un après l'autre chaque ouvrage de cette bibliothèque avant de le revendre pour survivre. Le 16 juillet 1969, ce travail de deuil est achevé : il s'est dépouillé de son seul héritage.

Commence alors pour lui une longue ascèse. Il s'enferme dans la tour solipsiste de son moi. Comme le héros anonyme de La Faim de Knut Hamsun, ouvrage auquel Paul Auster a consacré un essai, Fogg se laisse dépérir jusqu'à atteindre la lisière de l'extinction totale. Dans Central Park, microcosme du continent américain, il tombe dans les bas-fonds de la déréliction. Là, comme le grand poète américain Whitman, il flâne parmi les « feuilles d'herbe ». Comme le philosophe Emerson, il se délivre du carcan de la conscience de soi pour s'ouvrir à l'illumination zen. Comme Thoreau, il se défait de tout le superflu pour atteindre le degré zéro de l'identité. Son moi, comme celui d'Arthur Gordon Pym, se desquame peu à peu. Comme Bartleby, il se replie hors du monde. Dans un état d'hallucination, il mime sa propre mort jusqu'à ne plus habiter son corps : il voit se détacher de lui sa dépouille mortelle. Comme un clochard de Beckett enfin, il vit d'une vie déjà posthume.

Quand on a fait table rase du monde, il ne reste plus qu'un œil solitaire qui enregistr [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages




Écrit par :

  • : professeur de littérature américaine à l'université de Paris-IV-Sorbonne et à l'École normale supérieure

Classification

Pour citer l’article

Pierre-Yves PÉTILLON, « MOON PALACE, Paul Auster - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/moon-palace/