MONUMENTS AUX MORTS

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Monument aux morts, Fontaine-le-Comte (Vienne)

Monument aux morts, Fontaine-le-Comte (Vienne)
Crédits : O. Hayes

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Monument aux morts, Chabanais (Charente)

Monument aux morts, Chabanais (Charente)
Crédits : Gilles Beauvarlet, 2008/ Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel

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Le Poilu victorieux, Saint-Benoît (Vienne)

Le Poilu victorieux, Saint-Benoît (Vienne)
Crédits : O. Hayes

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War Memorial Clock Tower, Blenheim, Nouvelle-Zélande

War Memorial Clock Tower, Blenheim, Nouvelle-Zélande
Crédits : S. Black/ Robert Harding World Imagery/ Corbis

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En France, quand on parle des monuments aux morts, on fait référence à un type de monuments commémoratifs érigés au lendemain de la Première Guerre mondiale dans presque toutes les communes du pays. Ils sont avant tout une expression collective de deuil. Mais ils révèlent aussi le langage symbolique utilisé pour représenter ce deuil par et pour les contemporains des années 1920, et le message qu’ils adressent aux générations futures. Événements historiques du xxe siècle et considérations pratiques d’urbanisme laissent au fil du temps leurs traces sur les monuments aux morts. Il existe également, en France comme ailleurs dans le monde, des monuments élevés à la mémoire d’un événement ou de victimes ; ceux-ci sont en général situés sur le lieu authentique ou symbolique, par exemple un lieu d’arrestation ou d’exécution de résistants pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces monuments sont souvent assimilés à des monuments aux morts, mais ils sont de plus en plus clairement qualifiés de « mémoriaux ».

Monument aux morts, Fontaine-le-Comte (Vienne)

Monument aux morts, Fontaine-le-Comte (Vienne)

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L'obélisque est la forme la plus répandue de monument aux morts. Celui de Fontaine-le-Comte (Vienne) est orné de reliefs : croix de guerre, couronne de laurier et feuilles de chêne, palme. La sobriété du monument met l'inscription en avant. 

Crédits : O. Hayes

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Un phénomène caractéristique

Au xixe siècle, un processus de démocratisation tant en politique que dans les mentalités se met en place. Ainsi, les hommages publics se reportent des monuments aux grands généraux sur une reconnaissance des citoyens-soldats. À travers cette évolution se concrétise le concept de nation. Les monuments dédiés aux morts de 1870-1871, notamment, préfigurent en apparence les monuments aux morts qui seront érigés après 1914-1918. Mais ils s’en différencient par certains aspects : en plus des champs de bataille, les monuments de 1870-1871 ne sont présents que dans les centres urbains, pour s’adresser à un canton ou à un département ; ils peuvent éventuellement être plus coûteux et élaborés ; par ailleurs, les noms n’y figurent pas nécessairement. Ils sont souvent issus d’initiatives privées puis cédés aux autorités publiques. Enfin, ils ont été érigés en majorité de vingt à trente ans après le conflit, comme en témoigne la création de l’association Le Souvenir français en 1887.

Au contraire, les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale sont édifiés dans l’immédiat après-guerre, au début des années 1920, la plupart entre 1919 et 1923. Certains sont même conçus pendant la guerre, donc sans connaître l’issue du conflit ; parfois, les conseils municipaux ont même évoqué ce type d’hommage dès les premiers mois de la guerre.

Dans la mesure où les corps des soldats ne seront rapatriés aux frais de l’État qu’à partir de 1922, (lorsque c’est possible et que les familles en font la demande), les monuments aux morts remplissent de fait une fonction de tombeau vide, sans corps, c’est-à-dire de cénotaphe. Des hommages éphémères les avaient parfois précédés dans les mairies ou les écoles publiques – par exemple des tableaux d’honneur pouvant comporter des portraits photographiques des morts.

L’intense mouvement de constructions de monuments aux morts relève en premier lieu de l’initiative locale : c’est le conseil municipal qui agit en tant que représentant légitime des habitants de la commune. Les anciens combattants sont respectés et écoutés, et certains conseils municipaux prennent en considération les avis des veuves de guerre. On connaît ainsi des exemples de consultation de la communauté villageoise, s’adressant aux parents et/ou donateurs, ceux-ci pouvant adresser en retour des pétitions à leur maire, presque toujours centrées sur une des questions essentielles de la symbolique du monument, à savoir son emplacement. La décision finale revient au conseil municipal.

Si les réalisations de monuments aux morts sont négociées à l’échelle communale, le phénomène a cependant une dimension nationale. Rares sont les communes de France dépourvues de monument aux morts. Les exceptions peuvent être dues au fait extraordinaire qu’une commune n’a pas de morts à déplorer, à un clair refus politique ou à la difficulté de s’accorder sur le sens à donner au sacrifice, ou enfin à la redondance jugée inutile avec un monument aux morts paroissial (en général, une plaque dans l’église), surtout quand les entités communale et paroissiale se recoupent. Mais c’est aussi à la cohérence dans l’iconographie qu’on reconnaît l’ampleur nationale du phénomène.

Typologie des monuments

Contrairement aux idées reçues, les statues de poilu ne sont pas omniprésentes, même si les monuments aux morts comprenant une statue sont plus spectaculaires et donc plus marquants. La statue peut être un produit industriel proposé sur catalogue par des fonderies ou une œuvre originale d’un artisan local ou d’un artiste renommé, choisie sur concours. L’ampleur de la demande au début des années 1920 permet à quelques artistes régionaux de réaliser des pièces uniques. Par esprit pratique, mais aussi pour soutenir l’économie locale, les conseils municipaux font appel aux artisans des environs pour tous les travaux liés au monument.

Si certaines représentations de poilu sont éminemment triomphalistes – comme le très répandu Poilu victorieux d’Eugène Bénet, dont on estime à neuf cents les exemplaires réalisés –, nombre d’entre elles sont plus ambivalentes, ne serait-ce que par la présence irréelle d’un poilu porteur d’un message par-delà la mort. En outre, beaucoup de statues représentent des vieux parents en deuil, des orphelins ou des figures féminines qui mêlent non sans ambiguïté veuve, Marianne et Victoire. Quant aux coqs gaulois, aigles impériaux vaincus ou casques à pointe foulés au pied, ils parlent un langage nationaliste qui se superpose à d’autres symboles, allant du message nuancé à la surenchère implacable.

Monument aux morts, Chabanais (Charente)

Monument aux morts, Chabanais (Charente)

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À Chabanais (Charente), le monument aux morts représente une allégorie de la République, pleurant les soldats morts pour la Patrie, symbolisés par un casque de poilu. Cachant à peine son deuil, Marianne est coiffée d'un bonnet phrygien recouvert d'un voile de veuve. Le monument a été... 

Crédits : Gilles Beauvarlet, 2008/ Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel

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Généralement, les coûts d’une statue sont trop lourds à supporter pour une petite commune. La plupart optent pour un obélisque orné de symboles, plus abordable. La croix de guerre – distinction militaire que les survivants attribuent symboliquement aux morts – est omniprésente. Pour signifier l’issue victorieuse de la guerre pour la France, on emprunte souvent des insignes antiques, comme des trophées, représentés généralement de façon métaphorique (épées, faisceaux, drapeaux) et figurant en reliefs sculptés ou en appliques de bronze. Ces trophées sont parfois combinés avec des représentations réalistes et détaillées d’armes contemporaines (fusils, munitions, obus, casques Adrian). Les couronnes de laurier, autre symbole antique de victoire, sont toutefois souvent associées à des palmes, symbole du sacrifice emprunté aux martyrs chrétiens.

Le Poilu victorieux, Saint-Benoît (Vienne)

Le Poilu victorieux, Saint-Benoît (Vienne)

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La sculpture en bronze créée par Eugène Bénet en 1920 a été réalisée par les fonderies Durenne à plusieurs centaines d'exemplaires. Le soldat, la bouche ouverte et le pied en avant dans une pose triomphante, brandit une couronne de laurier et une palme, symboles de victoire et de... 

Crédits : O. Hayes

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La représentation des morts en héros glorieux, dont le sacrifice aurait été volontaire, correspond certes à l’expression du patriotisme des vivants qui leur rendent hommage, mais elle n’est pas toujours mise en avant de façon explicite, que ce soit par les symboles ou par les textes. Les inscriptions sont très standardisées, selon le schéma « La commune de... à ses enfants morts pour la France [ou : Patrie] 1914-1918 [quelquefois : 1919]. » Toute variation, même minime, prête à une interprétation propre, par exemple l’accent funéraire de l’inscription « À nos morts » ou patriotique de « Gloire à nos héros ». Les inscriptions témoignent d’un lien civique, suivant une métaphore familiale, entre les « enfants » (comme le premier vers de la Marseillaise) et la Nation, destinataire du sacrifice, par le biais de la commune qui rend hommage.

La seule constante réside sans doute dans la conservation des noms des morts ; dans les grandes villes, on prend parfois le parti de ne pas les inscrire sur le monument, mais de les insérer dans une capsule au cœur de celui-ci. Les patronymes sont listés soit alphabétiquement, faisant ainsi ressortir les liens familiaux, soit chronologiquement, représentant alors le vécu de la guerre pour les familles. Dans un souci d’égalité, les grades apparaissent rarement ; néanmoins, les hiérarchies militaires et sociales prévalent parfois dans le classement des noms.

Le choix des noms à inscrire sur le monument revient au conseil municipal, comme toute la conception du monument. Fondamentalement sont inscrits sur le monument les noms de personnes (soldats et victimes civiles, comme c’est particulièrement le cas dans l’Est) mortes d’un fait de guerre et ayant donc le statut de « Mort pour la France » (mention légale dont dépendent les pensions de veuves et orphelins de guerre), qui sont nées dans la commune ou y résidaient lors du dernier recensement (1911). Le conseil municipal a autorité pour inclure ou exclure selon son bon jugement, comme pour les morts tardives des suites de blessures ; le cas échéant, les noms sont ajoutés au monument déjà inauguré. Néanmoins, peu de décisions dépassent le cadre habituel : ceux qui n’ont pas le statut de « Mort pour la France », comme les fusillés pour l’exemple, ne sont pas pris en compte.

Le cadre officiel

Il n’existe pas d’obligation légale d’ériger un monument, mais la loi du 25 octobre 1919 sur la « commémoration et la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre » y incite par l’institution d’une subvention de l’État, laquelle sera supprimée en 1925. Le barème de la subvention est calculé, d’une part, en fonction du nombre de soldats morts par rapport à la population totale de la commune et, d’autre part, en fonction inverse de la richesse de la commune, et il est plafonné à 25 p. 100. Ce pourcentage s’applique uniquement au budget mis à disposition par la commune, et non aux dépenses totales, parfois largement couvertes par des souscriptions publiques. La part, somme toute très modeste, de la subvention de l’État ne permet donc pas vraiment aux préfectures de faire pression sur les communes pour peser sur la décision.

Quoi qu’il en soit, tout monument érigé à titre d’hommage public doit faire l’objet d’une autorisation ministérielle, selon l’ordonnance du 10 juillet 1816 ; pour alléger les démarches, cette procédure de contrôle et d’autorisation est transférée en 1920 aux préfets. Les préfectures sont donc informées et doivent donner leur accord aux projets qui leur sont soumis. Ceux-ci sont acceptés tels quels pour la plupart, mais la commission artistique départementale peut aussi donner un avis favorable sous réserve de modifications ; les refus sont rares.

La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 interdit les signes et emblèmes religieux sur les monuments publics – c’est d’ailleurs le seul point sur lequel préfectures et communes insistent explicitement quand le monument doit être érigé sur la place publique. La portée politique de tels symboles ne saurait être négligée. Si le monument se trouve dans le cimetière, les motifs chrétiens sont tolérés, en raison de leur caractère plus funéraire que religieux. Pour cette même raison, l’autorisation est élargie en 1924 à tous les monuments aux morts, indépendamment de leur emplacement, validant ainsi un état de fait.

Malgré une volonté manifeste d’encadrement préfectoral, on peut douter de l’efficacité réelle du contrôle étatique. Certaines communes ignorent – délibérément ou non – les textes de lois et mettent les autorités devant le fait accompli. Cela n’entraîne cependant pas de réalisations disparates, mais une consciencieuse subordination aux valeurs de l’époque. Les monuments aux morts restent malgré tout fondamentalement républicains et laïques.

Quelques exceptions

Les monuments aux morts à caractère pacifiste, condamnant explicitement la guerre et/ou en désignant les responsables, sont des exceptions notables. Il faut, à ce titre, citer celui de la commune de Gentioux (Creuse), devant lequel les troupes qui gagnaient le camp militaire voisin de La Courtine avaient, jusque récemment, ordre de détourner la tête, mais aussi ceux d’Équeurdreville (Manche), de Dardilly (Rhône), de Gy-l’Évêque (Yonne), de Saint-Martin-d’Estréaux (Loire). En revanche, il n’est pas rare de déceler l’inscription latine Pax ou, occasionnellement, une colombe ou des rameaux d’olivier au sein des éléments décoratifs, expressions d’une aspiration à la paix concevable après de longues années de guerre, mais qui ne sont pas réellement des remises en cause de la guerre qui vient de faire rage.

Principalement due au caractère municipal des monuments aux morts, la reconnaissance des troupes coloniales est quasi inexistante en France métropolitaine, à l’exception du monument aux héros de l’Armée noire érigé en 1924 à Reims, ou du monument aux Indochinois chrétiens morts pour la France qui se trouve au Jardin tropical de Paris. Ces exceptions ne doivent cependant pas masquer la longue absence de débat sur le statut des troupes coloniales pendant la guerre et le traitement des anciens combattants après la démobilisation.

D’aspect proche de celui des monuments communaux, il existe des monuments cantonaux ou départementaux, de même que la tombe du Soldat inconnu sous l’Arc de triomphe constitue un monument national. Certaines institutions commémorent « leurs » morts, membres ou employés : casernes, écoles, facultés, palais de justice, bureaux des postes et autres administrations publiques, associations, clubs de sport et communautés religieuses.

Cérémonies, modifications et mise en scène

Les cérémonies commémoratives, rituels collectifs de deuil, ne sont ni fixées ni standardisées en raison de leur caractère performatif et décentralisé. Métaphoriquement, les monuments aux morts sont l’autel où se déroule un culte républicain, dont les acteurs établissent les modalités. La Marseillaise, une minute de silence, la sonnerie aux morts, l’énumération des noms suivis de la déclamation « Mort pour la France » sont des éléments récurrents tout au long du xxe siècle ; les variations dépendent des organisateurs et des participants : parents, élus, écoliers, anciens combattants, représentants militaires. Les successions de générations influent forcément sur les commémorations. Avant que le 11 novembre ne devienne jour férié en 1922, les cérémonies avaient lieu le 1er ou le 2 novembre, dates du calendrier chrétien qui seront parfois reprises après d’autres guerres pour le deuil individuel et les dépôts de gerbes. Autant que possible, ces dates furent choisies pour l’inauguration solennelle de monuments.

Les dates des cérémonies et les modifications apportées aux monuments témoignent aussi du passage des générations. Après la Seconde Guerre mondiale, le 8 mai finit par s’instituer comme jour férié, et les commémorations qui s’y rattachent sont axées sur les monuments aux morts. On ajoute aussi aux monuments les noms des morts – soldats, combattant(e)s ou déporté(e)s – de 1939-1945, de même que, plus tard, les noms des morts des guerres d’Indochine et d’Algérie, voire d’autres conflits. L’analogie, matérialisée par des inscriptions gravées de la même manière que celles de 1914-1918 ou par des plaques ajoutées, se fonde sur le statut de « Mort pour la France ». Le regroupement des listes de noms sur les monuments aux morts entraîne une convergence et, pour ainsi dire, une homogénéisation des commémorations. Les alentours du monument et sa mise en valeur dans l’espace public font partie de la conception originale, mais plus encore que pour les monuments mêmes, la composition de l’entourage est loin d’être immuable. Pour des raisons symboliques ou pratiques (gestion de l’espace urbain), il va de soi qu’un monument aux morts peut être déplacé vers un endroit jugé plus convenable. C’est tout simplement le cas lors de gros travaux de voirie. Par ailleurs, après l’indépendance de l’Algérie, un bon nombre de monuments aux morts sont « rapatriés » sur le sol métropolitain et une partie d’entre eux sont réinstallés dans l’espace public. Ainsi, l’entretien du monument et de ses abords correspond aux besoins de chaque époque.

Des formes variables selon les pays

Les dates, les rituels et les monuments divergent selon les significations associées aux différentes guerres et aux besoins politiques du moment. Pour l’Australie par exemple, la Première Guerre mondiale représente le mythe fondateur de la Nation. On rend hommage à tous les soldats, qu’ils soient morts ou qu’ils soient revenus du front, car il ne s’agissait pas de mobilisés, mais de volontaires. Outre les monuments des années 1920, il en existe de plus tardifs, correspondant aux moments de construction d’une image nationale, comme dans les années 1980 ou bien les années 2000 (par exemple la statue du combattant australien au pont de l’A.N.Z.A.C. à Sydney, inaugurée le 25 avril 2000). Les célébrations démontrent à quel point monuments et commémorations servent de caisse de résonance, puisque la Journée de l’A.N.Z.A.C. (Australian and New Zealand Army Corps) a connu un déclin lors de l’implication de l’Australie dans la guerre du Vietnam, et bénéficie actuellement d’un fort regain d’intérêt.

War Memorial Clock Tower, Blenheim, Nouvelle-Zélande

War Memorial Clock Tower, Blenheim, Nouvelle-Zélande

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Au sein du Commonwealth, les monuments aux morts ont parfois une autre « fonction » dans l'espace public, tel le War Memorial Clock Tower (1928) de Blenheim, en Nouvelle-Zélande. En outre, les pierres utilisées pour sa construction proviennent de toute la province de Marlborough, afin de... 

Crédits : S. Black/ Robert Harding World Imagery/ Corbis

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En Allemagne comme en France, toutes les communes possèdent leur monument aux morts. Mais la commémoration de la Première Guerre mondiale y reste nettement en retrait par rapport à d’autres événements historiques plus marquants pour l’Allemagne, comme le lourd héritage du nazisme (1933-1945) et la gestion de la réunification après la chute du Mur de Berlin (1989-1990). D’ailleurs, de nombreux monuments aux morts allemands furent considérés comme obsolètes et remplacés dans les années 1950-1960 par des monuments dédiés aux morts des deux conflits mondiaux. En Allemagne, la Première Guerre mondiale reste, dans son interprétation, trop ambivalente pour être fédératrice sur un plan identitaire, de même que la mémoire de la Seconde s’avère éminemment problématique. Contrairement à la France, les monuments aux morts allemands ne font donc pas consensus.

Un siècle d’histoire

Au moment du centenaire de la Première Guerre mondiale, la France connaît un regain d’attention pour ces objets familiers de l’espace public que sont les monuments aux morts. Si les monuments en eux-mêmes ne reflètent pas la diversité du discours mémoriel, ils présentent néanmoins l’avantage de susciter la curiosité d’un large public qui s’intéresse ainsi, par le biais de la mémoire locale, à la grande Histoire. Porteurs de valeurs et d’enjeux politiques des années 1920 ainsi que des traces du xxe siècle, les monuments aux morts sont bien plus le miroir de leur temps que les témoins des conflits commémorés.

—  Oonagh HAYES

Bibliographie

A. Becker, Les Monuments aux morts : patrimoine et mémoire de la Grande Guerre, Errance, Paris, 1988 ; La Guerre et la foi, de la mort à la mémoire, 1914-1930, Armand Colin, Paris, 1994 ; Oubliés de la Grande Guerre : humanitaire et culture de guerre, 1914-1918 : populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre, Noesis, Paris, 1998.

P. Hervé, « La Mémoire communale de la Grande Guerre : l’exemple du département de la Vienne », in Guerres mondiales et conflits contemporains, no 192 (no  spéc. « Souvenir de la Grande Guerre »), déc. 1998.

K. S. Inglis, « War Memorials : Ten Questions for Historians », in Guerres mondiales et conflits contemporains no 167, juill. 1992 ;

E. Julien, Paris, Berlin. La mémoire de la guerre, 1914-1933, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2010

R. Koselleck & M. Jeismann dir., Der politische Totenkult, Kriegerdenkmäler in der Moderne, W. Fink, Munich, 1994

G. L. Mosse, Fallen Soldiers. Reshaping the Memory of the World Wars, Oxford University Press, New York, 1990

A. Prost, « Les Monuments aux morts », in P. Nora dir., Les Lieux de mémoire, t. I, Gallimard, Paris, 1984 ; « Mémoires locales et mémoires nationales. Les monuments de 1914-1918 en France », in Guerres mondiales et conflits contemporains no 167, juill. 1992 ; « Le Sens de la guerre : les monuments aux morts de 1914-1918 », in S. Claisse et T. Lemoine dir., Comment (se) sortir de la Grande Guerre ?, L’Harmattan, Paris, 2005.

J. Winter, Sites of Memory, Sites of Mourning. The Great War in European Cultural History, Cambridge University Press, Cambridge, 1995.

Écrit par :

  • : enseignant-chercheur à l'université de Tübingen, Allemagne

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Autres références

«  MONUMENTS AUX MORTS  » est également traité dans :

COMMÉMORATION DE L'ARMISTICE DU 11 NOVEMBRE 1918

  • Écrit par 
  • Universalis
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de fleurs et la sonnerie « aux morts ». Ce rituel se répète dans tous les cimetières et mémoriaux militaires de la Grande Guerre, ainsi qu’au pied des monuments aux morts communaux. Le Royaume-Uni, les pays du Commonwealth et d’autres pays d’Europe, ont coutume d’observer deux minutes de silence à 11 heures, heure de la signature de l’armistice […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/commemoration-de-l-armistice-du-11-novembre-1918/#i_56231

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  • Antoinette LE NORMAND-ROMAIN
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Dans le chapitre « Après 1900 : sculpteur »  : […] Les monuments aux morts qu'il exécuta pour sa région natale suscitèrent moins de controverse : pour Banyuls, il conçut trois reliefs disposés en triptyque (au centre, le Guerrier mourant dont il disait « c'est extraordinaire, on dirait tout à fait un antique » (Henri Frère) ; pour Elne et Port-Vendres, il […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/aristide-maillol/#i_56231

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Pour citer l’article

Oonagh HAYES, « MONUMENTS AUX MORTS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/monuments-aux-morts/