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Les monuments de l'Antiquité

À l'intersection de l'art public et de la mémoire politique, le monument semble avoir toujours existé. Il se confond avec l'architecture funéraire de l'Égypte antique, ou avec l'architecture publique propre à la cité grecque. Cette double dimension traverse les écrits des historiens de l'Antiquité, Thucydide ou Pausanias, lequel, dans sa Périégèse de la Grèce (seconde moitié du iie siècle apr. J.-C.), décrit les monuments publics renvoyant à un modèle politique désormais révolu. Précisément, la dimension publique des monuments de l'Antiquité et la possibilité de les réinvestir définiront longtemps leur perception. La célèbre statue de l'empereur romain Marc-Aurèle restera pendant le Moyen Âge auprès de la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome, les fidèles y voyant l'effigie du premier empereur chrétien, Constantin. À côté de cette diffusion ostentatoire de l'Antiquité, il faut considérer les multiples manifestations, avant la Renaissance, d'une convivialité naturelle avec les monuments d'époques révolues. Les colonnes de temples antiques sont remployées pour construire palais ou églises. Transformations et tradition sont alors indissociables ; pillés ou réutilisés, les vestiges de l'Antiquité n'ont pas encore acquis le statut de monuments, au sens moderne du terme. À cette forme particulière d'utilisation des ruines correspond un sens marqué de l'autorité des anciens.

La phase suivante, comme l'a établi l'historien de l'art Salvatore Settis (« Des ruines au musée. La destinée de la sculpture classique », in Annales ESC, no 6, 1993), sera celle d'une croissance graduelle du sens de la distance historique. L'antique cesse d'être indéfini et proche, facilement accessible, aisément utilisable. Le fragment devient témoignage et l'auctoritas se mue en vetustas. Désormais, la mémoire sous-tend la pratique de l'antique, témoignage d'un temps passé. On le voit notamment chez Pétrarque et dans son cercle, où l'Antiquité devient un modèle interprétable et une époque distante. Mais c'est alors le texte, et non les ruines, qui donne accès à ce passé. Avec l'architecte et théoricien Leon Battista Alberti s'opère ensuite une véritable rupture dans le regard porté sur les vestiges de l'Antiquité, chargés d'une valeur mémorielle, mais surtout d'une valeur esthétique, qui tend à l'emporter. Dans son traité De re aedificatoria (1452), Alberti s'efforce de montrer en quoi les édifices de Rome constituent à la fois le fondement des règles de la beauté architecturale et l'aboutissement d'une histoire de l'architecture. À terme, d'ailleurs, la valeur esthétique prédominera : l'hégémonie mémorielle du monument sera vite menacée par le développement de nouveaux moyens mnémotechniques, l'imprimerie tout particulièrement. Ainsi se noue, dans les années 1420-1450 en Italie, un dialogue entre les érudits, les artistes et les humanistes, où se forme la catégorie du monument. Cette prise de conscience s'accompagne de mesures destinées à protéger les vestiges désormais investis d'une nouvelle valeur – mesures que feront appliquer les souverains pontifes, après le rétablissement de la papauté à Rome.

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Écrit par :

  • : ancien pensionnaire à l'Institut national d'histoire de l'art, chargé de cours à l'École du Louvre
  • : conseiller scientifique à l'Institut national d'histoire de l'art, chargée de conférences à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

François-René MARTIN, Alice THOMINE, « MONUMENT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/monument/