MONSIEUR LE PRÉSIDENT, Miguel Angel AsturiasFiche de lecture

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Un office des ténèbres

Roman des années 1920, Monsieur le Président est contemporain d'épopées telluriques telles que Doña Bárbara de R. Gallegos (1929) ou La Vorágine de J. E. Rivera (1925) Les voies narratives qu'emprunte Asturias sont différentes et autrement novatrices. On y décèle l'influence qu'exerce le surréalisme sur les Américains résidant à Paris, en particulier comme révélateur des grands mythes autochtones. Dans son commentaire sur la genèse de l'œuvre (« Monsieur le président comme mythe »), le romancier a lui-même souligné le caractère freudien de l'emprise surréaliste, qui a légitimé chez de nombreux écrivains le surgissement d'un « inconscient indigène ». L'irruption du dieu Tohil au chapitre xxxvii en constitue un exemple frappant.

Le roman présente une trame linéaire dont l'axe est la figure maléfique d'un despote sans nom. L'assassinat d'un officier, suppôt du régime, déclenche une vague répressive, orchestrée avec sadisme par le plus haut magistrat du pays : « Le soir tomba. Ciel vert. Campagne verte. Dans les casernes sonnaient les clairons de six heures, relent de tribu en alerte et de place médiévale assiégée. Dans les geôles, commençait l'agonie des prisonniers qu'on tuait à tire d'ans. » Le principal opposant, le général Canales, s'exile, laissant une fille dont s'éprend le favori du Président, Visage d'Ange, qui l'épouse. Il perd la faveur du dictateur et meurt après d'atroces souffrances physiques et morales. Canales étant mort en exil, c'est le triomphe de la barbarie dans un pays qui n'oppose plus de résistance. Seule la présence, à la fin du livre, d'un étudiant révolutionnaire permet de garder une lueur d'espoir. Loin des « lendemains qui chantent », l'œuvre propose une radiographie de la dictature en Amérique latine. Rien n'y est oublié, de la lâcheté des classes moyennes à l'omniprésence des forces répressives, de la corruption de la justice à la délation généralisée. Les coups de crosse, les exécutions sommaires, les orgies présidentielles, les cris lancinants des torturés et des emmurés dans l'ombre des souterrains, tout évoque un [...]


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ASTURIAS MIGUEL ÁNGEL (1899-1974)

  • Écrit par 
  • Rubén BAREIRO-SAGUIER, 
  • Bernard FOUQUES
  •  • 3 210 mots

Dans le chapitre « Un écrivain contre la dictature »  : […] Miguel Ángel Asturias est né au Guatemala en 1899. À Paris, entre 1923 et 1933, Asturias traduit le Popol Vuh , livre sacré des Mayas. Aussi, son premier livre, Les Légendes du Guatemala , témoigne-t-il de sa connaissance du monde indien. Il les a écrites à Paris, tout pénétré de la nostalgie de son pays et de son enfance. Ce livre constitue la prise de conscience du monde souterrain qui vit en A […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/miguel-angel-asturias/#i_25312

Pour citer l’article

Ève-Marie FELL, « MONSIEUR LE PRÉSIDENT, Miguel Angel Asturias - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 décembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/monsieur-le-president/