JUILLET MONARCHIE DE

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L'établissement du nouveau régime

L'installation du nouveau souverain

Le 30 juillet au matin, au moment où les troupes de Charles X se sont définitivement retirées de Paris, est affichée, sur les murs de la capitale, une proclamation rédigée par Thiers, alors rédacteur du journal libéral Le National, qui propose de nommer roi le duc d'Orléans, « prince dévoué à la cause de la Révolution » ; c'était offrir une solution aux députés de l'opposition libérale sous Charles X et à la nouvelle commission municipale (avec les banquiers Jacques Laffitte et Casimir Périer) qui ne voulaient pas d'une république, en raison des souvenirs de la Terreur, et qui se rendaient compte désormais de l'impossibilité de tout accord avec Charles X. Le général La Fayette, promu au commandement de la garde nationale, et populaire parmi les insurgés, se rallia au duc d'Orléans, qu'il présenta à la foule au balcon de l'Hôtel de Ville, le 31 juillet, comme lieutenant général du royaume ; cette adhésion décapitait les projets des jeunes républicains, tel Godefroy Cavaignac, qui avaient espéré placer La Fayette (« nouveau Washington ») à la tête d'une république. Les députés libéraux déclarèrent le trône vacant le 3 août, et après une révision de la Charte, approuvée le 7 août par deux cent dix-neuf députés contre trente-trois (mais en l'absence de plus de deux cents députés) et par un nombre plus réduit encore de pairs de France, le duc d'Orléans est proclamé roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe Ier. Il prête serment de fidélité à la Charte révisée le 9 août.

Louis-Philippe était né en 1773 ; sa réputation de libéralisme, qui l'avait fait désigner comme « roi citoyen », était due à la fois à son origine familiale (son père, surnommé Philippe-Égalité, avait été un conventionnel régicide, avant d'être guillotiné avec les Girondins) et à sa présence dans l'armée de Dumouriez à Jemmapes ; émigré après 1793, il avait épousé une fille du roi de Naples. Sous la Restauration, il avait retrouvé sa fortune, mais était resté à l'écart de la politique contre-révolutionnaire. Sa vie familiale (il eut cinq fils, élevés dans des collèges royaux, et trois filles) plaisait à la bourgeoisie qui croyait se reconnaître dans ses allures simples. Toutefois, ce monarque sans grand prestige ne réussit pas à conserver longtemps la popularité réelle des premiers temps ; après avoir montré un sens certain de ce qui correspondait à l'opinion, il prit goût au pouvoir et profita même des rivalités de personnes entre les ministres pour accroître son influence dans le gouvernement. Il resta cependant pour les autres souverains un « roi des barricades ».

Les institutions nouvelles

La Charte de 1814 reste le fondement constitutionnel ; toutefois, le changement du personnel politique, marqué par l'arrivée au pouvoir de l'ancienne opposition libérale de la Restauration, et la révision de la Charte modifient sensiblement les caractères du régime. C'est une monarchie plus parlementaire en raison de la suppression de l'article 14 sur les ordonnances et du préambule de la Charte, de l'association des Chambres à l'initiative des lois ; le rétablissement du drapeau tricolore comme emblème national, le titre de « roi des Français », le fait que le catholicisme n'est plus qualifié de religion d'État mettent la nouvelle monarchie en harmonie avec le principe de la souveraineté nationale. Des réformes avaient été annoncées ; plusieurs lois étendirent le régime représentatif et le recrutement par élection aux conseils locaux. La loi municipale du 21 mars 1831 accorde l'élection du conseil municipal aux plus imposés de chaque commune (il y a désormais plus de deux millions d'électeurs municipaux), mais les maires et les adjoints sont toujours nommés par les préfets ou, dans les villes, par le roi. La loi du 22 mars 1831 permet à la garde nationale, composée de tous les contribuables âgés de vingt à soixante ans, d'élire ses officiers. Une loi du 22 juin 1833 devait étendre le système électoral au recrutement des conseillers d'arrondissement et des conseillers généraux de département. Enfin, une loi du 19 avril 1831 avait complété la Charte révisée, en matière d'élection des députés : les électeurs devaient avoir vingt-cinq ans au moins et payer deux cents francs d'impôts directs, les éligibles avoir trente ans et payer cinq cents francs d'impôts ; les députés étaient élus par quatre cent cinquante-neuf collèges électoraux au scrutin uninominal et direct ; il devait y avoir au moins cent cinquante électeurs par circonscription : le nombre total des électeurs de députés passa à cent soixante-six mille en 1831, mais ne progressa que lentement et ne dépassa pas deux cent cinquante mille, à la fin du régime. L'effacement de la Chambre des pairs, impopulaire et réduite (par la loi du 29 décembre 1831 abolissant l'hérédité de la pairie) à dépendre plus étroitement du ministère et du roi qui en nommait les membres, contribuait à renforcer l'influence des députés. La politique du ministère est surtout discutée chaque année au cours de deux longs débats : à l'occasion de l'Adresse au roi, qui répond au discours du Trône, et au moment du vote du budget. La monarchie de Juillet fut une époque d'éloquence parlementaire ; les grands hommes politiques furent tous des orateurs.

Les partis politiques

Les partis politiques ne sont pas organisés, et les députés sont élus en raison de leur influence personnelle ou familiale, tout autant que pour leurs idées. Toutefois quatre grandes tendances se font jour.

Les oppositions

D'abord deux oppositions extrêmes sont hostiles au régime de Juillet. À droite se situent les légitimistes, partisans de Charles X (qui s'était réfugié en Angleterre en août 1830, puis installé en Autriche, jusqu'à sa mort en 1836) ou de son petit-fils, le duc de Bordeaux, « Henri V ». Frappés de stupeur par l'effondrement si rapide de leur souverain, ils sont divisés sur l'attitude à prendre ; beaucoup s'abstiennent de toute participation à la vie publique et procèdent à une « émigration à l'intérieur » ; d'autres s'efforcent de réagir, dès la fin de 1830, et forment un réseau de sociétés secrètes, songeant à des conspirations intérieures ou espérant un appui étranger. D'autres enfin mènent une opposition sur le terrain légal contre le nouveau régime et, surtout, contre la personne de Louis-Philippe, soit au Parlement, avec le député de Marseille, [...]

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André Jean TUDESQ, « JUILLET MONARCHIE DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/monarchie-de-juillet/