MONACHISME

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le monachisme chrétien occidental

Étymologiquement, le moine est celui qui vit seul, mais le mot a pris un sens plus large et s'applique à tous les ascètes, qui se séparent de la société des hommes pour se vouer dans la prière au service de Dieu, qu'ils vivent isolés, « ermites » et « anachorètes », ou groupés, « cénobites ». Dans l'Église catholique, on réserve le nom de moines aux religieux qui pratiquent les plus anciennes règles, mais l'originalité de l'ordre monastique ne doit pas laisser oublier ce que les moines ont de commun avec tous les hommes, tous les chrétiens et tous les religieux. Définir les moines par des usages précis conduirait à de véritables erreurs. Par exemple, on se représente volontiers aujourd'hui le moine sous les traits du bénédictin ou du religieux passionné par l'office liturgique, mais c'est oublier que certains moines, des ermites surtout, n'ont jamais pratiqué l'office liturgique, lequel, en revanche, fut en honneur dans des cathédrales ou des basiliques non monastiques. Seule une synthèse historique permet de faire ressortir les grandes lignes du monachisme occidental dans la variété de ses réalisations ; l'évocation des autres familles religieuses révèle les influences réciproques et situe chacun à sa vraie place.

Les origines

Le monachisme n'est pas une institution exclusivement chrétienne, mais il n'y eut dans l'Occident antique aucun monachisme qui eût pu influencer le monachisme chrétien. Quelles qu'aient pu être en Orient les relations des moines juifs et païens avec les chrétiens, le fondement du monachisme chrétien dans sa spécificité se trouve dans l'Évangile. C'est la mise en pratique de la parole du Christ : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. »

Jean Cassien († env. 435), qui fut l'abbé de Saint-Victor de Marseille après avoir visité les monastères de Palestine et d'Égypte, estimait que le monachisme avait commencé avec les Apôtres, à Jérusalem ; puis que, par réaction contre le relâchement des mœurs de la majorité des chrétiens, quelques-uns d'entre eux s'étaient retirés au désert ou avaient constitué des communautés (Conférence XVIII, chap. v).

Bien que beaucoup d'auteurs aient reproché à Cassien d'avoir été trop sévère pour les premiers chrétiens et d'avoir fait remonter trop haut les origines du monachisme, on admet volontiers aujourd'hui qu'en dépit de simplifications hardies l'analyse de Cassien était pénétrante : le Christ appelle tous les hommes à la perfection, mais à part les périodes de persécution, quelques-uns seulement apportent à cet appel une réponse totale, ce sont les moines.

Et l'Occident a connu dès les premiers siècles des groupes de chrétiens fervents décidés à répondre pleinement à l'appel de Dieu. L'absence de documents ne permet pas de connaître avec assez de détails la vie des ascètes, hommes et femmes, qui existaient bien avant que ne les rencontrassent au ive siècle, à Rome en particulier, saint Athanase, saint Jérôme ou saint Augustin. Les plus illustres évêques, saint Eusèbe († 371) à Verceil, saint Ambroise († 397) à Milan, saint Augustin († 431) à Hippone, avaient organisé la vie commune pour leurs clercs. Cet usage était fort répandu ; l'absence de documentation rend précieuses les mentions épisodiques, comme celle qui signale qu'en 370 Jérôme et Rufin séjournaient dans un monastère d'Aquilée.

Parce que les très anciennes réalisations du monachisme occidental sont mal connues, leur importance est habituellement sous-estimée, alors qu'on insiste sur l'influence du monachisme oriental. Celle-ci fut réelle, et son souvenir s'est bien conservé parce qu'elle s'exerça surtout par des écrits : règles ascétiques de saint Basile, règle de saint Pacôme, Vie de saint Antoine par saint Athanase, sentences des pères des déserts d'Égypte, etc. Toute cette littérature obtint un succès considérable qui a duré jusqu'à nos jours, sans jamais connaître d'éclipse, sans craindre la concurrence d'aucun texte monastique occidental.

L'évangélisation de l'Europe

Alors que, dans les pays méditerranéens évangélisés les premiers, la vie monastique était née dans les communautés chrétiennes, dans le reste de l'Europe, les moines furent les missionnaires les plus actifs et créèrent leurs monastères dans des régions encore païennes. Saint Martin († 397), apôtre des campagnes gauloises, avait vécu avant son épiscopat dans le monastère qu'il avait fondé à Ligugé, près de Poitiers ; devenu évêque, il organisa un autre monastère, en face de sa ville épiscopale de Tours, sur l'autre rive de la Loire, à Marmoutier ; c'est là qu'il trouva ses principaux collaborateurs. L'apôtre de l'Irlande, saint Patrick († env. 461), organisa l'Église en ce pays d'une manière très originale ; les monastères en constituaient le cadre ; certains abbés cumulaient la charge épiscopale avec leur charge abbatiale. Le pape saint Grégoire le Grand envoya en 596 des moines pour convertir l'Angleterre ; ils créèrent des monastères pour assurer l'office dans les cathédrales. L'évangélisation des pays germaniques aux viiie et ixe siècles fut l'œuvre des moines ; saint Willibrord († 739) avait fixé sa base à Echternach (grand-duché de Luxembourg), saint Boniface († 754) progressa vers l'est et fut, après son martyre en Frise, enseveli selon sa volonté dans son monastère de Fulda.

La multiplication des monastères en Occident durant le haut Moyen Âge défie toute énumération ; la variété des observances, sanctionnées par l'existence de règles innombrables, interdit toute simplification. Les formes de vie monastique les plus diverses coexistaient : il y eut des monastères dans les faubourgs de la plupart des villes anciennes, d'autres devinrent le noyau de villes nouvelles, certains acquirent une importance intellectuelle, économique ou même politique de premier ordre, certains restèrent plus modestes ; enfin, il y eut beaucoup d'ermites. Le souvenir de nombre de ces derniers qui ne laissèrent aucun disciple s'est perdu ; certains furent ignorés de leurs contemporains, d'autres eurent une action limitée à un petit coin de terre. Leur rôle ne doit cependant pas être méconnu ; en un temps où les cénobites connaissaient un prodigieux succès sur tous les plans, les ermites maintenaient la tradition d'une vie entièrement détachée des ambitions terrestres, fidèle à la simplicité évangélique. L'austérité de vie des moines était grande, elle n'atteignit jamais cependant les records de pénitence établis en Orient. Sans doute, le climat et les conditions étaient différen [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 19 pages

Médias de l’article

Moines du mont Athos (Grèce), vers 1930

Moines du mont Athos (Grèce), vers 1930
Crédits : Hulton Getty

photographie

Bouddhisme népalais

Bouddhisme népalais
Crédits : David Robbins, Getty Images

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur au Collège de France, chaire d'étude du bouddhisme
  • : professeur émérite de philosophie indienne à l'université de Paris-Sorbonne
  • : moine bénédictin, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)
  • : professeur de philosophie à l'université de Paris-X-Nanterre
  • : ancien professeur au collège philosophique et théologique de Toulouse, co-directeur de la collection Études musulmanes, collaborateur de l'Encyclopédie l'Islam
  • : docteur ès lettres, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section)

Classification

Autres références

«  MONACHISME  » est également traité dans :

ABBAYE

  • Écrit par 
  • Pierre-Roger GAUSSIN
  •  • 4 586 mots
  •  • 3 médias

L'abbaye est un monastère gouverné par un abbé (lat. abbas , du syriaque abba  = père), peuplé de moines ou de chanoines réguliers. (Les abbayes de moniales sont gouvernées par une abbesse.) Parmi les premiers, les trois familles essentielles sont actuellement celles des bénédictins, des cisterciens et des chartreux – bien que ceux-ci n'aient ni abbaye ni abbé stricto sensu – auxquelles s'ajoutai […] Lire la suite

ABBÉ

  • Écrit par 
  • Patrice SICARD
  •  • 1 199 mots

Le mot abbé vient vraisemblablement du syriaque abba , signifiant père, où il traduisait le respect porté à un dignitaire de la société civile ou religieuse. Du syriaque le mot passa, vers le III e siècle, dans la langue du monachisme ancien de l'Orient chrétien. On est alors en présence de deux types d'abbés. Il y a d'abord ces ermites, retirés dans les déserts égyptiens, à qui, en raison de leu […] Lire la suite

ABBON DE FLEURY saint (945-1004)

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre BORDIER
  •  • 321 mots

Né dans l'Orléanais, Abbon, encore enfant, est offert par ses parents au monastère bénédictin de Fleury (aujourd'hui Saint-Benoît-sur-Loire) où il vient enseigner après avoir étudié à Paris et à Reims. Appelé à diriger l'école abbatiale de Ramsay (Yorkshire), il revient à Fleury pour en être bientôt élu abbé (988). Son œuvre se confond, dès lors, avec son effort pour la réforme de l'Église. Il lut […] Lire la suite

AELRED DE RIEVAUX (1099 env.-1166)

  • Écrit par 
  • André DUVAL
  •  • 252 mots

Moine et abbé cistercien, né à Hexham, Aelred (ou Ailred) vécut à la cour du roi David d'Écosse de 1124 à 1133, puis entra à l'abbaye de Rievaux ou Rievaulx (York), qui était une filiale de Clairvaux. Il devint abbé de Revesby (Lincolnshire), puis en 1146, de Rievaulx. Père et guide d'une des plus grandes communautés de l'Europe d'alors, Aelred composa des écrits historiques, intéressant l'histoir […] Lire la suite

ANTOINE LE GRAND saint (251-356)

  • Écrit par 
  • Jacques DUBOIS
  •  • 293 mots

Il naquit à Qeman, au sud de Memphis en Égypte, de parents chrétiens aisés. Ces derniers étaient morts, quand Antoine, âgé de dix-huit ans, fut frappé par l'appel du Christ dans l'Évangile et vendit ses biens, assurant à sa sœur de quoi vivre et distribuant le reste. Il se mit sous la direction d'un vieillard qui lui apprit à partager son temps entre la prière, la lecture de la Bible et le travail […] Lire la suite

ARCHIMANDRITE

  • Écrit par 
  • Wladimir VODOFF
  •  • 200 mots

Titre (dont le sens étymologique signifie « gardien de la bergerie ») apparu en Syrie dès le iv e siècle, en concurrence avec celui d'higoumène, pour désigner le supérieur d'un monastère. À partir du vi e siècle, l'archimandrite devient le chef d'un ensemble de monastères. Puis, de plus en plus souvent dans l'Église byzantine, ce titre prit la valeur d'une distinction honorifique, et il est aujo […] Lire la suite

ARSÈNE saint (354 env.-env. 455)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 414 mots

Moine d'Égypte né vers 354 à Rome et mort vers 455 à Toura dans le désert de Scété, saint Arsène aussi appelé Arsenius le Romain, est réputé pour son ascétisme parmi les ermites chrétiens du désert de Libye. Ainsi compté au nombre des fameux Pères du désert, il servit de modèle au développement de la vie monastique et contemplative dans la chrétienté d'Orient comme d'Occident. Saint Arsène est […] Lire la suite

ASCÈSE & ASCÉTISME

  • Écrit par 
  • Michel HULIN
  •  • 4 664 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'ascèse chrétienne »  : […] L' histoire de l'ascétisme chrétien commence au iv e  siècle avec le départ pour le désert d'Égypte de saint Antoine et de Pacôme, le futur organisateur de la vie cénobitique. À cette époque, le christianisme a acquis définitivement droit de cité dans l'Empire romain. Mais, si les persécutions ont cessé, la grande attente eschatologique du retour en gloire du Christ est demeurée d'actualité, avec […] Lire la suite

ATHANASE L'ATHONITE (entre 925 et 930-1002)

  • Écrit par 
  • Olivier CLÉMENT
  •  • 369 mots

Abraamios, le futur Athanase, naît à Trébizonde, où, orphelin, il grandit, épris de vie intérieure, dans la meilleure société. Après 945, il fait à Constantinople une brillante carrière universitaire, mais rompt avec le siècle après avoir rencontré un grand spirituel, Michel Maléïnos, higoumène du mont Kymina, où Abraamios devient moine sous le nom d'Athanase (vers 952). Hésychaste accompli, il cr […] Lire la suite

ATHOS MONT

  • Écrit par 
  • Olivier CLÉMENT
  •  • 1 047 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « La prière du cœur »  : […] C'est au x e siècle que les moines se sont établis sur la « sainte montagne », « jardin de la Vierge », jalousement interdit à toute autre présence féminine : ermites d'abord (saint Pierre l'Athonite), puis cénobites (saint Athanase fonde la grande laure en 963). L'Athos hérite une conception souple, synthétique, personnaliste de la vie monastique : il s'agit moins de « règles » que d'indication […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

André BAREAU, Guy BUGAULT, Jacques DUBOIS, Henry DUMÉRY, Louis GARDET, Jean GOUILLARD, « MONACHISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/monachisme/