MOLIÈRE

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Molière et ses metteurs en scène

Pendant tout le xviiie et la majeure partie du xixe siècle, la représentation des pièces de Molière porta surtout la marque de ses grands interprètes, la mise en scène étant réduite à une mise en place et à une direction d'acteurs assurées presque toujours par le membre le plus ancien ou le plus illustre de la distribution. Aucune trace de l'idée toute moderne que le metteur en scène doit réaliser cette écriture scénique de l'œuvre qui, échappant totalement à l'auteur, traduit concrètement une vision personnelle et originale, pouvant au besoin jouer l'esprit contre la lettre ou, à l'opposé, la lettre contre l'esprit du texte. Au cours de cette longue période, la Comédie-Française eut presque l'exclusivité de cette œuvre, si bien que l'histoire du théâtre de Molière se confond en partie avec celle de l'illustre compagnie. On n'a cessé de s'y référer à une prétendue tradition moliéresque qui ne remontait jamais au-delà du xviiie siècle. Le seul lien entre Molière vivant et la tradition qui se réclamait de lui fut le comédien Baron qui, au cours d'une longue carrière plusieurs fois interrompue, jouait encore le rôle d'Alceste quarante ans après la mort de son maître bien-aimé. Les grands interprètes de Molière furent rares au xviiie siècle, et apparurent vers la fin de cette époque. Grandmesnil, Mollé, Préville eurent pour pendant féminin Adrienne Lecouvreur, inoubliable Célimène.

La tradition

En réalité, le théâtre de Molière connaissait alors une éclipse qui durait encore au temps de Musset, comme l'atteste ce menu chef-d'œuvre, Une soirée perdue. Alors que s'affirmaient de nouveaux interprètes, géniaux comme Mademoiselle Mars, ou seulement talentueux, comme Provost, la génération romantique se délecta de la « mâle gaîté » de l'auteur du Misanthrope, ne commençant par rire que pour finir en larmes. C'est alors que l'Université s'en mêla, amalgama le moraliste raisonneur cher à Voltaire et le rêveur mélancolique des enfants du siècle, présenta Molière à des générations de lycéens formés au moule du lycée napoléonien comme un ratiocinateur bougon, un rabâcheur de morale bourgeoise, de juste milieu, de bon sens rassis. Devenue Maison de Molière, la Comédie-Française s'allia aux cuistres. Vers les années 1880, de très grands comédiens y imposèrent pour longtemps cette vision bourgeoise du personnage moliéresque : Edmond Got (Arnolphe), Émilie Dubois (Agnès), Suzanne Reichenberg (Agnès), Blanche Beretta (Agnès), Coquelin Cadet (Harpagon), Louise Contat (Célimène), Cécile Sorel (Célimène). Au début du xxe siècle, cette tradition restait forte, secouée en dehors de la Maison par quelques anticonformistes, tel Lucien Guitry dont le Tartuffe à l'accent auvergnat fit bondir les notaires en 1920. La Comédie-Française a d'ailleurs poursuivi dans cette voie traditionnelle jusqu'à une date récente, grâce à d'excellents interprètes comme Signoret, André Brunot, Fernand Ledoux, Louis Seigner, Pierre Dux, Berthe Bovy, Annie Ducaux, Mony Dalmes.

L'ère du metteur en scène

Les choses se sont mises à changer à mesure que le metteur en scène prenait le pouvoir. Il lui a fallu plus de temps en France qu'ailleurs pour y parvenir et, d'autre part, les classiques, donc Molière, furent plus souvent que les modernes son cheval de bataille à cause de leur prestige, de leur richesse et... de leur docilité.

Un universitaire, Gustave Lanson, et un homme de théâtre, Jacques Copeau, en soulignant l'importance de la farce dans l'œuvre de Molière, ont insufflé une vie nouvelle à son théâtre. Puisque la convention le liait au sérieux bourgeois et à la mélancolie romantique, pouvait-on mieux le restituer au théâtre vivant qu'en retrouvant au cœur même de son génie comique la farce, le jeu de tréteaux, le divertissement de fête ? Dès la première saison du Vieux-Colombier (octobre 1913), Jacques Copeau faisait de L'Amour médecin le coup d'envoi de sa révolution théâtrale : jeu physique et concret de formes et de gestes, personnages aux couleurs vives, comme peints sur la toile gris perle, avec « un grand diable bègue », le Macroton de Louis Jouvet. Par la suite, Jacques Copeau devait monter L'Avare (1913), La Jalousie du barbouillé (1914), Le Médecin malgré lu [...]

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Pour citer l’article

Antoine ADAM, Alfred SIMON, « MOLIÈRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/moliere/