MODERNISME, catholicisme

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'enjeu

Alors qu'on ne parlait pas encore d'aggiornamento, le « modernisme » a été, au début du siècle, l'une de ces crises dont le souvenir est demeuré profond, si subjective ou incertaine qu'en soit généralement l'image proposée.

L'occasion en a été la rencontre brutale de l'enseignement ecclésiastique traditionnel avec les jeunes sciences religieuses qui s'étaient constituées, loin du contrôle des orthodoxies et le plus souvent contre elles, à partir d'un principe révolutionnaire : l'application des méthodes positives à un domaine, à des textes jusqu'ici considérés comme hors de leurs prises. L'initiation à ces méthodes posait au savant catholique un dilemme troublant : voir dans cette laïcisation scientifique de l'univers religieux une contradiction intrinsèque, une profanation coupable, c'était se refuser à tout travail réel et se placer en position d'infériorité ; en accepter les règles semblait introduire le libre examen dans une religion qui l'excluait et, plus précisément, multiplier à l'infini des difficultés rebelles à tout traitement apologétique ou autoritaire.

Il y a plus important encore. Ce conflit ecclésiastique s'inscrit dans un vaste conflit et s'explique par lui. Il renvoie à un fait de civilisation global – les transformations dont la société actuelle est le siège –, sur l'appréciation duquel les catholiques se divisaient profondément, mais dont les incidences religieuses frappaient les moins avertis par leur négativité : tandis que le peuple des villes et des campagnes se détache de la religion ancestrale, la culture se soustrait au contrôle traditionnel de l'Église et la concurrence même sur son propre domaine en opposant les « sciences religieuses » aux « sciences sacrées ».

N'était-il donc pas possible de réconcilier ce qui s'opposait ? Et, pour que le peuple et la science s'ouvrent à l'Église, ne fallait-il pas que celle-ci, d'abord, s'ouvre à eux ? Le modernisme savant, laissant à d'autres le soin des foules, apparaît ainsi, en première analyse, comme le fruit d'une division du travail. L'austère [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

Classification

Autres références

«  MODERNISME, catholicisme  » est également traité dans :

BATIFFOL PIERRE (1861-1929)

  • Écrit par 
  • Émile POULAT
  •  • 411 mots

Ecclésiastique, historien du christianisme ancien et personnage en vue lors de la crise moderniste, dont il fut l'une des victimes malgré son hostilité déclarée au modernisme et aux modernistes. Pierre Batiffol avait été, à l'Institut catholique de Paris, l'un des élèves préférés de Louis Duchesne, qui lui fit confier une mission scientifique en Albanie (1885) et avec lequel il se brouilla rapidem […] Lire la suite

BREMOND HENRI (1865-1933)

  • Écrit par 
  • Émile GOICHOT
  •  • 2 130 mots

Dans le chapitre « L'historien du sentiment religieux »  : […] Après des études au collège ecclésiastique de sa ville natale, Aix-en-Provence (Charles Maurras, de trois ans plus jeune, fréquente le même établissement), Henri Bremond entre à dix-sept ans dans la Compagnie de Jésus. De 1882 à 1899 alternent formation religieuse et théologique en Angleterre et enseignement dans divers collèges en France. En août 1899, il est nommé rédacteur aux Études , la revue […] Lire la suite

BUONAIUTI ERNESTO (1881-1946)

  • Écrit par 
  • Émile POULAT
  •  • 479 mots

La figure la plus marquante et la plus riche du modernisme italien, la plus complexe aussi. Dès avant son ordination en 1903, Ernesto Buonaiuti avait été appelé à enseigner la philosophie dans un des séminaires romains, puis à remplacer son maître Benigni comme professeur d'histoire. Destitué de sa chaire en 1906 en raison de ses tendances, il reçoit un poste d'archiviste, dont il est également éc […] Lire la suite

CANET LOUIS (1883-1958)

  • Écrit par 
  • Émile POULAT
  •  • 337 mots

Agrégé de grammaire, élève de l'École pratique des hautes études (sciences religieuses), membre de l'École française de Rome, où le trouve la déclaration de guerre de 1914 et où le gouvernement français le maintient en mission, Louis Canet est appelé après l'armistice à la direction des cultes au commissariat de la République à Strasbourg, chargé des affaires d'Alsace-Lorraine. En 1921, il est nom […] Lire la suite

CATHOLICISME - Histoire de l'Église catholique des origines au pontificat de Jean-Paul II

  • Écrit par 
  • Jean DANIÉLOU, 
  • André DUVAL
  •  • 16 419 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Pie X et le « modernisme » »  : […] Réflexes de défense et raideur semblent à première vue caractériser le pontificat de Pie X (1903-1914) : intransigeance avec les gouvernements, en France spécialement où, après la séparation de l'Église et de l'État (1905), tout accommodement (associations culturelles) est refusé : méfiance vis-à-vis de certaines formes d'engagement social (désaveu des syndicats mixtes d'ouvriers en Allemagne, con […] Lire la suite

DOGME

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre JOSSUA
  •  • 2 650 mots

Dans le chapitre « Unité de la foi, pluralité des formulations »  : […] C'est de cette dépendance où la formulation dogmatique se trouve placée par rapport à la conjoncture ecclésiale et culturelle que naît une certaine diversité non seulement de la théologie mais des dogmes : « L'héritage transmis par les Apôtres a été reçu selon des formes et d'après des modes divers et a été expliqué çà et là de façon différente selon la diversité du génie et des conditions de vie  […] Lire la suite

DUCHESNE LOUIS (1843-1922)

  • Écrit par 
  • Émile POULAT
  •  • 348 mots

Prélat français et historien du christianisme ancien, né à Saint-Servan, mort à Rome. Après de solides études universitaires à la Sorbonne et une mission scientifique au Mont-Athos, Louis Duchesne devint professeur à l'Institut catholique de Paris, où il forma ses étudiants (parmi lesquels Loisy et Batiffol) à une méthode rigoureuse ; mais, par ses conclusions, il rencontra l'hostilité inquiète de […] Lire la suite

FOGAZZARO ANTONIO (1842-1911)

  • Écrit par 
  • Émile POULAT
  •  • 572 mots

Homme politique, poète et romancier italien, dont l'ouvrage Le Petit Monde d'autrefois ( Piccolo Mondo antico , 1895) est l'un des livres les plus lus par ses compatriotes : la tendre petite Ombretta qui se noie dans le lac de Lugano a fait plus peut-être pour la célébrité d'Antonio Fogazzaro que ses autres œuvres, seuls événements visibles d'une vie tout intérieure et presque tout entière écoulé […] Lire la suite

FOI

  • Écrit par 
  • Edmond ORTIGUES
  •  • 10 468 mots

Dans le chapitre « L'intelligence de la foi »  : […] Le 16 avril 1905, le philosophe Édouard Leroy avait publié dans les Cahiers de la Quinzaine un article intitulé : « Qu'est-ce qu'un dogme ? » Cet article engendra des controverses qui jouèrent un rôle central au cours de la crise moderniste. En 1907, sous le titre « Dogme et critique », l'auteur publiait de nouveau cet article en le faisant suivre de ses réponses aux objections. Étant donné qu' […] Lire la suite

GUIGNEBERT CHARLES (1867-1939)

  • Écrit par 
  • Émile POULAT
  •  • 224 mots

Agrégé d'histoire et élève de Renan, qui l'encouragea dans l'étude des origines chrétiennes — comme il avait orienté Paul Sabatier vers le réveil spirituel et le mouvement franciscain du xiii e  siècle, ou d'autres vers l'histoire religieuse de la Révolution française. Après avoir soutenu sa thèse en 1902 sur Tertullien, Guignebert fut chargé en 1906 d'un cours d'histoire du christianisme à la Sor […] Lire la suite

Pour citer l’article

Émile POULAT, « MODERNISME, catholicisme », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/modernisme-catholicisme/