MODEHistoire et composantes

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Accessoires

L'histoire de la mode occidentale désigne comme « accessoires » l'ensemble des objets autres que les vêtements principaux. Les accessoires modifient l'aspect d'une toilette sans en changer l'ordonnancement. Éléments secondaires, ils complètent le costume et influencent parfois la posture et la gestuelle. Qu'ils soient ou non en contact avec le corps, leur vocation n'est ni d'habiller ni de structurer le vêtement. C'est pourquoi les corps à baleines, corsets, bourrelets, vertugadins, crinolines, tournures, serre-tailles, guêpières, soutiens-gorge, etc., ces éléments invisibles qui supportent le vêtement ou modifient la silhouette, n'entrent pas dans le champ convenu de l'accessoire. S'ils ne sont pas a priori indispensables, les accessoires n'en assument pas moins plusieurs rôles : certains, à l'instar des chaussures ou des fibules, sont fonctionnels, ils assurent protection ou maintien ; d'autres sont de purs ornements, mais aucun n'échappe à l'ordre des convenances. Objets de mode par excellence, ils se métamorphosent et s'individualisent sans cesse. Leur infinie variété voue à l'échec toute tentative d'exhaustivité.

Usine de corsets en Angleterre

Photographie : Usine de corsets en Angleterre

Dans cette usine en Angleterre, les corsets sont tout d'abord montés et lacés sur des mannequins. Photographie en noir et blanc, 1939. 

Crédits : Humphrey Spender/ Picture Post/ Getty Images

Afficher

Armature de la crinoline

Photographie : Armature de la crinoline

Les cerceaux reliés entre eux vont soutenir l'étoffe. Photographie en noir et blanc, vers 1860. 

Crédits : London Stereoscopic Company/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Crinoline : l'habillage

Photographie : Crinoline : l'habillage

L'ampleur de la crinoline nécessite l'aide de deux personnes pour poser la jupe sur les cerceaux. Photographie en noir et blanc, vers 1860. 

Crédits : London Stereoscopic Company/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Des accessoires qui protègent

La coutume est de faire figurer la chaussure au rang des accessoires. Pourtant, depuis la nuit des temps, elle joue un rôle de protection et, de plus, révèle l'appartenance sociale. Selon l'Ancien Testament, les Sumériens auraient marché pieds nus, les chaussures n'étant réservées qu'au costume d'apparat du souverain. Pratiques similaires en Égypte : les personnes de haut rang portaient à la main leurs souliers jusqu'à destination pour ne pas les abîmer. Les Crêtoises allaient généralement nu-pieds, mais pouvaient utiliser des sandales, des chaussures à talons et même des bottines hautes pour se protéger d'un sol accidenté. Les Grecs, comme les Romains, portaient des sandales aux formes et dénominations variées (à Rome, carbatina, calceus, pero, campagus, solea, crepida, soccus, calceoli, etc.) qui différenciaient le pied droit du pied gauche. Les esclaves, eux, marchaient pieds nus. Depuis lors, la qualité et la forme de la chaussure n'ont cessé d'être soumises aux modes : bottes, bottines, escarpins (au xiie siècle, chaussure légère en étoffe riche), brodequins, chopines, etc. Tantôt plate, tantôt munie de talons les plus divers, la chaussure, parfois complétée de guêtres, a contribué à modifier les proportions du corps, à transformer la gestuelle. Complément d'une chaussure fermée, destinés à assurer le confort du pied, les bas (puis les chaussettes, les socquettes et, plus récemment encore, les collants) se sont prêtés à toutes formes de décor et d'ornementation, même si, chez les femmes, ils demeuraient la plupart du temps invisibles.

Destinés à protéger d'autres extrémités du corps, le manchon, les moufles, les mitaines et, plus encore, les gants assurent une protection contre le froid, le frottement, les écorchures, contre les rayons solaires et parfois même, contre les miasmes. Utilisés par les Germains et les Gaulois dès le vie siècle, les gants ont suscité des prouesses de raffinement et, par leur nécessité d'être ajustés, des prodiges de technicité (d'où l'expression « aller comme un gant »). Symboles même du savoir-vivre au xixe siècle, les gants ont fait l'objet d'une codification byzantine aujourd'hui oubliée.

Parmi les accessoires protecteurs, il convient de signaler encore le parapluie, l'ombrelle, l'en-cas (ombrelle et parapluie) ou le parasol et enfin le masque. Deux fonctions étaient assignées à cet accessoire : d'une part, il protégeait le teint du soleil, de l'autre, il préservait l'incognito. De nos jours, les très populaires lunettes de soleil (apparues au milieu des années 1930) assurent autant la protection des yeux que celle de l'anonymat. Supports de griffes prestigieuses, ces accessoires de mode ont mis le luxe à la portée du plus grand nombre.

Sur la tête

L'usage de faux cheveux est très ancien et concerne les deux sexes. En Égypte, les femmes avaient coutume de se raser la tête pour porter en public une perruque très ornée. Les Romaines, qui ne se rasaient pas, appréciaient les perruques extravagantes. Les cheveux provenaient des populations vaincues. La blondeur était très appréciée, mais on raconte que les prostituées se virent obligées de porter une perruque blonde pour signaler leur état. Banni par l'Église au Moyen Âge, cet accessoire parut de nouveau à l'époque élisabéthaine avant de susciter un engouement sans précédent au xviie siècle. Les hommes, pour dissimuler une calvitie partielle, portaient le coin (mèche postiche qui se mélangeait aux cheveux), tandis que le tour (calotte ronde à cheveux cousus) se destinait aux plus âgés. Mais bientôt le siècle de Louis XIV exigea le port de la perruque : le monarque porta d'abord des perruques à fenêtres par lesquelles passaient ses boucles, puis il se rasa complètement pour porter la perruque à cheveux vifs. Vers 1680, ces échafaudages capillaires prirent des proportions monumentales avec la perruque en crinière (boucles tombant sur les épaules et dans le dos) qui se dressa ensuite en Fontanges, reconnaissable à ses deux pointes. Obligatoire à la cour, la perruque traduisait, comme le reste du costume, une consommation ostentatoire, réservée à une élite aristocratique. À la fin du règne de Louis XIV, une formule plus légère s'imposa : la binette ou perruque à trois touffes. L'homme du xviiie siècle amalgama à ses propres cheveux une perruque poudrée à l'amidon (le poudrage s'appelait l'accommodage), habitude que la Révolution française fit disparaître. Sous le Directoire, pour masquer des cheveux courts coiffés à la Titus, les femmes se servirent de cache-folies qui pouvaient être teintes en couleurs vives, comme le seront plus tard les perruques des garçonnes des années 1920. L'engouement pour les perruques qui permettaient de manière très ludique de « changer de tête » se manifesta encore dans les années 1970. Depuis lors, seules les extensions (mèches postiches) conservent un caractère d'accessoire de mode.

Le chapeau cumule plusieurs fonctions : il sert, a priori, à protéger des intempéries ou d'un soleil excessif. À géométrie variable, il a pour rôle d'équilibrer esthétiquement la physionomie autant que la silhouette. L'allongement fut de tout temps recherché : ainsi des turbans de la Seconde Guerre mondiale, qui par leur étirement, tentaient d'alléger un habillement massif. Outre ces fonctions, le chapeau, au cours des siècles, servit à exprimer nombre de conventions dont certaines sont pérennes : se découvrir dans un cimetière même s'il neige ou si l'insolation menace, ou encore soulever son chapeau pour saluer une connaissance, bien qu'aujourd'hui toutes les nuances hiérarchiques (autorité, allégeance, déférence) établies au xixe siècle ne soient plus sensibles. À l'inverse, une femme devrait se couvrir la tête pour pénétrer dans une église, mais ôter son chapeau pour saluer une connaissance aurait été et serait toujours une aberrat [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 19 pages

Médias de l’article

L'évolution de la silhouette féminine en France, du début du XXe au début du XXIe siècle

L'évolution de la silhouette féminine en France, du début du XXe au début du XXIe siècle
Crédits : C. Ormen

dessin

Manteau et robe signés J. Fath

Manteau et robe signés J. Fath
Crédits : Martin Dutkovitch/ Picture Post/ Getty Images

photographie

Twiggy

Twiggy
Crédits : Hulton Getty

photographie

André Courrèges

André Courrèges
Crédits : J. Burlot/ Apis/ Sygma/ Corbis

photographie

Afficher les 9 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  MODE  » est également traité dans :

MODE - Le phénomène et son évolution

  • Écrit par 
  • Valérie GUILLAUME
  •  • 11 192 mots
  •  • 23 médias

Il est communément admis que le costume ou la coutume – deux termes d'acception proche que l'on a longtemps confondus – deviennent « objets de la mode » en France, au milieu du xive siècle, c'est-à-dire qu'ils se dotent d'une grammaire spécifique ordonnée selon un temps, désormais cyclique, fait de périodes plus ou moins longues (de cinq à dix ans env […] Lire la suite

MODE DES ANNÉES 1960 - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Farid CHENOUNE
  •  • 144 mots

1955 Mary Quant ouvre sa boutique Bazaar dans King's Road à Londres.1958 Mary Quant dessine sa première mini-robe.1963 Le coiffeur londonien Vidal Sassoon crée la coupe Bob, adoptée aussitôt par Mary Quant.1964 Vogue du « panty » dont […] Lire la suite

MODE ET MATÉRIAUX SYNTHÉTIQUES - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Farid CHENOUNE
  •  • 194 mots

1924 Commercialisation de la rayonne, soie artificielle qui habillera des millions de jambes de femmes pendant l'entre-deux-guerres.1938 Le Nylon, un polyamide découvert par Du Pont de Nemours, est la première fibre synthétique à être mise sur le marché. Son usage se popularise après la Seconde Guerre mondiale. […] Lire la suite

MUTATIONS // MODE 1960-2000 (exposition)

  • Écrit par 
  • Farid CHENOUNE
  •  • 1 115 mots

Avant-hier, le Nylon et ses premiers bas, le Tergal et ses pantalons à pli permanent ; hier, le Lycra et ses bodies élastiques ; aujourd'hui, la respiration du Gore-Tex, la caresse du Tactel : il en va de certains textiles comme de certaines chansons, leurs noms sont associés à une époque, à des façons d'être. Avec eux ressurgissent les utopies naïves et éphém […] Lire la suite

PARADES ET PARURES. L'INVENTION DU CORPS DE MODE À LA FIN DU MOYEN ÂGE (O. Blanc)

  • Écrit par 
  • Farid CHENOUNE
  •  • 1 274 mots

L'occasion est rare de voir des historiens faire de la mode un objet d'études. Il convenait donc de se réjouir de la publication du livre d'Odile Blanc Parades et parures (Gallimard, Paris 1997). Et ce d'autant plus qu'il était accueilli dans une collection, Le Temps des images, à la maquette élégante, qui a gagné son pari de hisser le document iconographique au rang de matière […] Lire la suite

AGHION GABY (1921-2014)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 383 mots

La créatrice française Gaby Aghion fonda en 1952 la maison de mode Chloé, qui introduisit le prêt-à-porter dans le monde parisien de la haute couture des années 1950. Gabrielle Hanoka naît à Alexandrie (Égypte) le 3 mars 1921. De sa famille aisée qui suit l’actualité de la mode, elle reçoit une éducation d’influence française. En 1945, elle s’installe avec son mari, le militant communiste Raymond […] Lire la suite

ALAÏA AZZEDINE (1940-2017)

  • Écrit par 
  • Guillaume GARNIER
  •  • 889 mots
  •  • 1 média

D'un talent hardi et original, Azzedine Alaïa a accompli une double carrière d'exigeant technicien de la mode et de créateur adulé qui le situe parmi les grands maîtres de l'esthétique contemporaine. Il a introduit la notion d'une élégance issue d'une minutieuse construction de la silhouette féminine , épousée par des vêtements de cuir, de maille, et dont il souligne amoureusement les courbes grâc […] Lire la suite

ARNODIN MAÏMÉ (1916-2003)

  • Écrit par 
  • Marie-José LEPICARD
  •  • 692 mots

Au début des années 1960, la Française Maïmé Arnodin a inventé un nouveau métier dans la mode, en montant le premier bureau de style couplé à une agence de publicité. Elle le fit dans l'enthousiasme, avec le projet d'une vie meilleure, plus dynamique, plus esthétique, et correspondant mieux à la vie des femmes telle qu'elle la voyait arriver. Elle était née Maïmé Hentsch, en 1916, dans une famille […] Lire la suite

ART DE LA MODE L', revue

  • Écrit par 
  • Françoise TÉTART-VITTU
  •  • 574 mots

La longue existence de ce journal de luxe (1881-1972) illustre la mutation opérée depuis cent ans par les journaux de mode. En 1880 les journaux les plus diffusés, La Mode illustrée , Le Moniteur de la mode , ont perdu tout caractère artistique, et l'édition française est concurrencée par la presse viennoise. Néanmoins il existe en France un courant littéraire intéressé par la mode et là où Mallar […] Lire la suite

BALENCIAGA CRISTOBAL (1895-1972)

  • Écrit par 
  • Guillaume GARNIER
  •  • 999 mots

Issu d'un modeste village de pêcheurs en Espagne, Balenciaga, « le couturier des couturiers », est devenu l'arbitre de l'élégance parisienne. Soucieux de rejeter les effets faciles alors que dans le contexte de l'après-guerre la mode se livre à des jeux frivoles, Balenciaga donne une vision très structurée et exigeante du vêtement. Encouragé dans son enfance par la marquise de Casa Torres, la femm […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Catherine ORMEN, « MODE - Histoire et composantes », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mode-histoire-et-composantes/