MODALITÉS, logique

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La notion logico-linguistique de modalité

Traditionnellement, logiciens et philosophes appellent modalité toute modification d'une proposition par une expression de nécessité, de possibilité, d'impossibilité ou de contingence. Syntaxiquement, les expressions modales sont des fonctions qui, attachées à des phrases, forment des phrases (ainsi « nécessairement » attaché à la phrase « 2 + 2 = 4 » forme la phrase « nécessairement 2 + 2 = 4 »). Mais elles diffèrent d'autres fonctions, comme la négation, parce qu'elles ne sont pas des fonctions de vérité, c'est-à-dire ne sont pas « extensionnelles » (mais « intensionnelles »), au sens où la vérité ou la fausseté d'un énoncé modal ne dépend pas seulement (comme pour la négation) de la vérité ou de la fausseté de l'énoncé originel. Certes, si p est faux, « nécessairement p » l'est aussi, de même que si p est vrai « il est possible que p » l'est aussi, mais si p est faux, il peut, ou peut ne pas, être possible que p. Dans les langues naturelles, de nombreuses expressions, autres que celles exprimant la nécessité, la possibilité ou la contingence, sont intensionnelles en ce sens et modifient le sens des propositions déclaratives : la plupart des adverbes (« rapidement », « sciemment », « bien »), certains verbes introduisant ou non des clauses complétives (« croire que », « souhaiter que », « pouvoir », « vouloir », « il est permis que »), les expressions du temps verbal (« il s'est trouvé que », « il se trouvera que »), des modes (« je cherche un emploi qui me permette de... »), ou, dans certaines langues, de l'aspect.

Il est donc tentant de généraliser la notion de modalité au-delà des modalités classiques ou « aléthiques » (nécessaire, possible, contingent), en l'étendant à tous les cas où une assertion simple se trouve modifiée, selon l'expression de Benveniste, par « une assertion complémentaire portant sur l'énoncé d'une relation » (Problèmes de linguistique générale, vol. II, Gallimard, Paris, 1974). Les logiciens parlent en ce sens de mod [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Écrit par :

  • : maître de conférences de philosophie, université de Grenoble-II et C.N.R.S

Classification

Autres références

«  MODALITÉS, logique  » est également traité dans :

CROYANCE

  • Écrit par 
  • Paul RICŒUR
  •  • 12 004 mots

Dans le chapitre « Approche sémiotique »  : […] Avec A. J. Greimas, dans la Sémantique structurale (1965), Du sens I (1970), Maupassant (1976), et Du sens II (1983), une nouvelle tentative de mise en ordre des structures élémentaires de la croyance se fait jour, qui, à l'opposé de la phénoménologie, ne repose sur aucune intuition du vécu, mais sur la structure de l' énonciation , telle qu'elle est investie dans le discours oral ou écrit et […] Lire la suite

EMPIRISME

  • Écrit par 
  • Edmond ORTIGUES
  •  • 13 313 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La logique, servante et non maîtresse des sciences »  : […] On peut faire ici plusieurs remarques. D'abord, le recours à la synonymie accentue la dépendance de la logique à l'égard du langage. On a vu plus haut que, selon Quine, la logique dépend de la grammaire mais non du lexique. La grammaire logique se construit récursivement à partir d'un nombre fini de constantes logiques (connecteurs, quantificateurs, symbole d'identité). Peut-on admettre que la syn […] Lire la suite

NÉCESSITÉ

  • Écrit par 
  • Michaël FOESSEL
  •  • 1 126 mots

L'usage courant rapproche la nécessité de l'idée de destin, c'est-à-dire de l'advenue d'un événement inévitable. Est « nécessaire », en effet, ce qui ne peut pas ne pas être ou ce qui ne peut pas être autrement qu'il n'est. Dans le Timée , Platon (428-347 av. J.-C.) rencontre déjà la nécessité ( anankè ) sous la figure de l'inexorable : le démiurge qui se trouve à l'origine de l'ordre du monde est […] Lire la suite

PRAGMATIQUE

  • Écrit par 
  • Francis JACQUES
  •  • 6 532 mots

Dans le chapitre « Le grand bond »  : […] Avec le souci des interlocuteurs, on pouvait s'attendre à voir entrer en jeu la notion d' interaction verbale . Longtemps la question ne fut même pas posée. Et puis elle s'avança enfin à pattes de colombe, transformant notre idée du contexte. Un certain silence travaille, en effet, le discours pragmatique, dont on détermine peu à peu les contours. Que le contexte langagier soit essentiellement int […] Lire la suite

RUSSELL BERTRAND lord (1872-1970)

  • Écrit par 
  • Philippe DEVAUX
  •  • 6 112 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Implication stricte »  : […] À Clarence Irving Lewis ( A Survey of Symbolic Logic , 1918) est due, par ailleurs, la symbolisation de l'implication stricte ( p  →  q ), introduite en vue de justifier la déduction et de rendre légitime, effectif et naturel le modus ponens. Cette modification réintègre le modal dans la logique, alors qu'il en a été expulsé par Frege et Russell. Il ne sera récupéré que plus tard par la théorie d […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Pascal ENGEL, « MODALITÉS, logique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/modalites-logique/