MISSISSIPPI ET MISSOURI, fleuves

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La conjonction de trois cours d'eau

Ces chiffres masquent la complexité d'un bassin étendu des Appalaches aux Rocheuses, de la bordure sud des Grands Lacs au golfe du Mexique et soumis à des régimes pluviométriques fort différents. Dans l'ensemble, le bassin s'étend en plaine, quoique de petites portions soient comprises dans les Rocheuses et les parties hautes des Appalaches, si bien que, comme la pente du tronc principal est faible, l'écoulement est lent et la plaine inondable couvre 90 000 kilomètres carrés.

Né sur le plateau, au modelé fortement marqué par la glaciation quaternaire qui borde, au sud-ouest, le lac Supérieur, le Mississippi se dégage lentement d'un dédale de lacs, de marais et de tourbières. Son cours subit l'influence des contre-pentes d'origine glaciaire jusqu'à la confluence avec le Missouri : détourné de son lit primitif par des obstructions morainiques, il ne le rejoint qu'au prix de rapides et de chutes qui ont fixé l'emplacement de centrales hydrauliques : Keokuk, et de villes : Minneapolis. Le régime du fleuve, de type nival de plaine à l'amont, évolue lentement vers le type pluvio-nival de plaine à l'approche du confluent avec le Missouri. Le Mississippi roule alors, à Saint Louis, 3 000 m3/s en moyenne, ce qui représente un module relatif de 6,3 1/s/km2 pour le haut bassin, contre 2 200 m3/s à son affluent.

Ce dernier draine de vastes plaines dont le climat prend une nuance aride de plus en plus marquée en direction du sud et de l'ouest. C'est pourquoi le Missouri, bien que plus long que le Mississippi supérieur (son cours mesure 4 740 km pour un bassin de 1 370 000 km2), n'a pas été considéré comme le tronc principal. Le régime du Missouri se distingue de celui du Mississippi supérieur par un minimum d'hiver plus marqué, témoignant d'une rétention nivale importante ainsi que de la faiblesse des précipitations en cette saison. Le maximum de juin est d'origine pluviale, mais renforcé par les eaux de fonte des neiges des Rocheuses. Le caractère souvent brutal de ces précipitations estivales, qui ne cesse de s'exagérer vers le sud, joint à la faible résistance mécanique des roches du bassin, valent aux eaux du Missouri une très forte turbidité spécifique : 2,7 kg/m3, qui justifie le qualificatif de big muddy attribué au fleuve. Le régime de ce dernier manque de pondération, avec des débits extrêmes variant entre 17 000 et 120 m3/s.

Le Mississippi n'est vraiment lui-même qu'après avoir reçu les eaux de l'Ohio. La « belle rivière » des premiers explorateurs français, bien que beaucoup plus courte que le Missouri, apporte au Mississippi 8 000 m3/s, débit supérieur du tiers à celui du fleuve principal au confluent. Les crues de l'Ohio, soudaines et amples, capables d'élever le niveau des eaux de vingt mètres, font refluer les eaux du Mississippi sur 90 km vers l'amont, tandis que des étiages de 60 cm ne sont pas rares sur l'affluent. Ce manque de pondération est dû à l'importance des précipitations sur le bassin (1 100 mm/an), à la fréquence des abondantes averses cycloniques, à la rapidité de l'écoulement, provoquée par la vigueur des pentes moyennes et l'absence de lacs. La tranche écoulée à l'embouchure, qui est de 450 mm, représente 40 p. 100 du total précipité. Cela suffit pour exercer une influence profonde sur le régime du Mississippi inférieur. Celui-ci ne présente plus désormais, à l'aval de Cairo, à l'image de celui de l'Ohio, qu'un seul maximum d'avril et un seul minimum d'octobre ; la montée de juin, caractéristique du régime des branches supérieures, étant désormais masquée par l'apport du puissant fleuve appalachien.

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Pour citer l’article

Pierre CARRIÈRE, « MISSISSIPPI ET MISSOURI, fleuves », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mississippi-et-missouri-fleuves/