MIMÉSIS, Erich AuerbachFiche de lecture

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Le bas couleur de bruyère

Reprenant des travaux plus anciens sur Dante, Auerbach montre que La Divine Comédie, au xive siècle, par le choix de la langue « vulgaire » (l'italien au lieu du latin), mais surtout par la mise en œuvre de la notion de figure (le rapport d'un événement présent à un autre événement, passé ou futur), opte pour un « réalisme sérieux », plus proche en cela du réalisme moderne que de la stylistique classique rejetée par le xixe siècle. La véritable nouveauté de Stendhal, Balzac, Flaubert, Zola, fut, à la différence des Médiévaux, de s'être fixé pour objet la réalité qui leur était contemporaine, et d'avoir voulu la traiter avec sérieux – au lieu que les Classiques cantonnaient leur « réalisme » à la comédie.

Ainsi le roman moderne dit quelque chose de son époque. Dans l'entre-deux-guerres, les œuvres de Joyce, Proust, Virginia Woolf surtout, par leur attention à « l'instant quelconque » (une réalité « au-dessous des idéologies contestées et précaires »), même avec une tonalité de « fin du monde », ont « fait ressortir combien, en deçà des conflits qui déchirent l'humanité, les différences entre les formes de vie et les manières de penser des hommes se sont estompées ». Contrepoint à la tentation meurtrière du repli sur « l'idée de communauté », elles n'en participent pas moins d'un « processus d'égalisation » qui pourrait, à terme, mettre fin à la richesse et la diversité européennes – trésor dont Mimésis représenterait à la fois l'offrande, et le tombeau.

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François TRÉMOLIÈRES, « MIMÉSIS, Erich Auerbach - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mimesis-erich-auerbach/