KELLEY MIKE (1954-2012)

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et élevé à Détroit, Mike Kelley est un des acteurs principaux de la scène artistique californienne depuis la fin des années 1970. Profondément marqué par son éducation religieuse, il bâtit une réflexion désacralisante sur les systèmes et les valeurs de l'éducation. Son œuvre protéiforme a débuté à travers la performance. Parallèlement aux concerts de rock qu'il donne avec les groupes dont il fait partie, Kelley explore l'absurdité des mécanismes de l'apprentissage. Au milieu des années 1980, il réalise des bannières à la manière des confréries, porteuses de slogans tournant en dérision les messages d'amour religieux : « Je suis inutile pour la culture, mais dieu m'aime. » Il se fait surtout remarquer avec l'exposition d'une collection de peluches et de « doudous », objets fétiches et transitionnels de l'enfance retrouvés dans les poubelles. Il les baptise Yarns, ce qui renvoie en anglais au fait de raconter des histoires. Entre banalité et désordre de la personnalité, Kelley mêle son histoire personnelle à une réflexion sur l'obsolescence des principes de la culture américaine. Son érudition artistique et intellectuelle se marie aux rebuts de la culture populaire américaine, mettant à mal les préceptes moraux et les vertus de l'innocence enfantine. Half a man (1987-1991) rassemble les déchets de ces enfances perdues. Son introspection artistique mélange allègrement le surréalisme à l'iconographie religieuse, la psychanalyse à l'art conceptuel, le tout étant mâtiné de culture punk et de vulgarité banale. « Je voulais que mon art soit dur à avaler même s'il était bas de gamme, qu'il ne soit pas drôle. Cela vient certainement de mon éducation catholique : tout doit se faire dans la douleur. »

Mike Kelley s'empare de la culture suburbaine et bien-pensante pour en sonder les déviances comportementales. L'évocation de la régression participe de cette stratégie, mais aussi celle du malaise adolescent. Autour du souvenir de son école, Kelley élabore une maquette, objet dont l'imprécision partielle traduit le refoulement et les traumatismes qu'elle a provoqués (Educational complex, 1995). Sod & sodie sock (1998), énorme installation réalisée avec Paul McCarthy et simulant un campement et des miradors, ressemble à s'y méprendre à un camp de redressement. À côté de ces thèmes de prédilection, Kelley nourrit une fascination pour les mécanismes de la compulsion et du fétichisme. En 1993, il organise l'exposition The uncanny (remontée en 2004) à partir d'un texte de Sigmund Freud de 1919 sur l'inquiétante étrangeté. Il y expose, selon les codes traditionnels de la muséologie, ses multiples collections : jouets émettant un son quand on les presse, verres à vodka, cuillères, bandes dessinées, etc. « Ladite salle contenait quatorze collections distinctes, depuis la collection de minéraux constituées pendant mon enfance jusqu'à une collection contemporaine de cartes de visite. Ces collections étaient désignées comme des « Harems », terme utilisé ici pour décrire l'accumulation d'objets généralement semblables par leur caractère, ce qui est le propre du fétichiste... La nature fluide de la définition des « Harems » révèle le fait que leur composition spécifique n'est pas cruciale pour ce projet. Mon intérêt principal réside plutôt dans leur signification symbolique en tant qu'exemples de la compulsion qui pousse à collectionner et à organiser... ». L'exposition-œuvre condense ainsi les recherches de Mike Kelley sur le refoulement et la sublimation, la culpabilité et le plaisir, données sans cesse réactualisées par une approche pleine de crudité de la culture populaire.

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Écrit par :

  • : critique d'art, historienne de l'art spécialisée en art écologique américain

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Pour citer l’article

Bénédicte RAMADE, « KELLEY MIKE - (1954-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mike-kelley/