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La théorie des contrats

La théorie des contrats a un nom trompeur, qui peut laisser penser qu'elle étudie les procédures juridiques encadrant les relations économiques. Sa définition est d'ailleurs difficile. Les travaux publiés dans ce domaine depuis les années 1970 forment un ensemble tellement foisonnant qu'une définition précise exclurait arbitrairement trop de contributions dont il est pourtant clair pour un économiste qu'elles relèvent de la théorie des contrats.

La théorie des contrats peut tout au moins être définie par son objet, qui est d'appréhender les relations d'échange entre des agents économiques, en tenant compte des contraintes institutionnelles et informationnelles qui s'imposent à eux. Vu l'ampleur de cette tâche, la théorie des contrats ne peut pas viser – au moins dans un premier temps – le même degré de généralité que la théorie de l'équilibre général, par exemple.

Ainsi, ses modèles sont pour la plupart des modèles d'équilibre partiel, qui isolent du reste de l'économie le marché où s'échange un bien. Ils décrivent les interactions d'un petit nombre d'agents, souvent deux seulement. Cette volonté affichée de simplification permet une description plus fine des relations étudiées.

Comme le mot l'indique, les modèles de la théorie des contrats résument les propriétés du cadre institutionnel qui prévaut à travers un « contrat ». Ce dernier peut être explicite, c'est-à-dire faire l'objet d'un document signé. Un contrat explicite sera généralement garanti par une « tierce partie », telle qu'un tribunal ou un conciliateur, ou simplement par le désir qu'ont les agents de maintenir leur bonne réputation. Le contrat peut aussi n'être qu'implicite, comme un système de normes de comportement dont la violation est supposée donner lieu à des représailles non nécessairement codifiées à l'avance : un chef d'entreprise peut ainsi être mis au ban par ses pairs s'il adopte un comportement jugé déviant. La bonne exécution d'un tel contrat implicite devra alors se perpétuer comme un équilibre dans l'interaction entre les parties.

On peut distinguer grosso modo plusieurs familles de modèles au sein de la théorie des contrats, qui renvoient à des préoccupations économiques différentes. Trois d'entre elles représentent l'essentiel des applications : les modèles d'autosélection, les modèles de signaux et les modèles d'aléa moral.

L'autosélection

On parle d'autosélection quand, parmi les parties prenantes à un échange, l'une possède une information à laquelle les autres n'ont pas accès. Cette information privée, appelée « caractéristique » ou « type », porte sur l'identité même de l'agent qui la détient.

L'assurance en cas de décès

Prenons l'exemple d'un assureur qui vend ce qu'on appelle techniquement de l'« assurance en cas de décès », c'est-à-dire qui promet le versement d'un capital aux proches en cas de décès de l'assuré et espère se rembourser sur les versements de primes effectués par l'assuré au cours de sa vie. La prime sera en principe d'autant plus élevée que l'espérance de vie de l'assurée est plus courte. L'assureur sait bien qu'il ne parviendra jamais à obtenir une information parfaite sur l'état de santé de ses assurés. Malgré les questionnaires détaillés que les assurés sont appelés à remplir, ils resteront toujours mieux informés que leur assureur à propos de leur état de santé.

Supposons, pour simplifier, que la population puisse être répartie en deux groupes homogènes : les « bons risques », qui ont une espérance de vie élevée, et les « mauvais risques », dont l'espérance de vie est plus faible. Que se passe-t-il si les assureurs, faute de pouvoir distinguer les bons risques des mauvais, offrent un contrat unique à tous les assurés potentiels ? Pour éviter de faire des pertes, les assureurs vont calculer la prime du contrat en fonction de l'espérance de vie moyenne dans la population ; mais les bons risques vont refuser de souscrire ce contrat, dont les primes sont trop coûteuses au vu de leur forte espérance de vie. En revanche, les mauvais risques vont trouver le contrat avantageux et y souscrire en masse. Sans le chercher, l'assureur a sélectionné ses assurés dans la population, et le résultat est contraire à ses espérances puisqu'il n'assure plus que les mauvais risques : c'est l'origine de l'expression de « sélection adverse », qui est souvent utilisée dans ce domaine. Le malheureux assureur fera des pertes sur le contrat offert et le retirera donc, si bien que la [...]

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Pour citer l’article

Bernard SALANIÉ, « MICROÉCONOMIE - Incitations et contrats  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/microeconomie-incitations-et-contrats/