TREMBLAY MICHEL (1942- )

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Un théâtre de la parole

De 1968 à 1977, Tremblay sera prioritairement un homme de théâtre. Les onze pièces rassemblées dans le cycle des Belles-Sœurs peuvent être divisées en deux catégories : celles de « la cuisine » et celles de « la Main », rue principale de Montréal où se retrouvent les déviants de la société catholique bien pensante. La pièce fondatrice constitue le modèle de la première, confrontant des femmes au foyer, sans instruction et sous la coupe de l’obscurantisme religieux. Les pièces de « la Main » ont un caractère plus ambivalent, faisant place en apparence à des femmes plus libres, quoiqu’asservies par de redoutables malfrats. À toi pour toujours, ta Marie-Lou (1971) relie ces deux espaces scéniques en mettant en scène une famille traversée par des oppositions psychologiques frontales : Marie-Lou, aigrie à souhait, mariée à Léopold, aussi tendre que grossier, et leurs deux filles, Manon la bigote et Carmen, danseuse en boîte de nuit. Filant le destin de ses personnages de pièce en pièce, le dramaturge brosse dans Sainte-Carmen de la Main (1976) un tableau plus noir de « la Main ». Si Tremblay adopte des titres manichéens (Damnée Manon, sacrée Sandra, 1977), il évite toute simplification des caractères. Manon, la bigote, n’en est pas moins habitée par l’érotisme alors que Sandra s’adonne à une forme de religion du sexe. La pièce se clôt avec un procédé dramaturgique innovant quand les personnages avouent aux spectateurs qu’ils ont été inventés « par Michel ». En rompant brutalement l’illusion théâtrale, Tremblay semble en finir définitivement avec le théâtre. Il n’y revient, comme dans Les Anciennes Odeurs (1981), que pour évoquer son homosexualité au travers du personnage de Jean-Marc, par ailleurs héros gay d’un diptyque autofictionnel formé par Le Cœur découvert (1986) et Le Cœur éclaté (1993).

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Écrit par :

  • : maître de conférences, habilité à diriger des recherches, formateur en lettres à l'École supérieure du professorat et de l'éducation, Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Antony SORON, « TREMBLAY MICHEL (1942- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-tremblay/