BLAZY MICHEL (1966- )

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Un art évolutif

Formé à l’École nationale supérieure d’art Villa Arson à Nice, Michel Blazy (né en 1966 à Monaco) réalise, dès le début des années 1990, des sculptures en savon, macaroni et papier d’aluminium. Ses premières créations l’engagent déjà du côté d’un travail dont la conception se situe davantage dans l’éphémère que dans la durée. En recouvrant un mur de purée de carottes (Mur de poils de carottes, 2000) ou des boules de coton avec du yaourt liquide (Cotonyop, 2002), l’artiste offre au spectateur la possibilité de suivre jour après jour la transformation de l’œuvre et les différents états de ses modifications (dessèchement, moisissures, odeur…) comme le montrait son exposition Post Patman au Palais de Tokyo à Paris, en 2007.

De par les matériaux qu’il emploie, Michel Blazy conçoit donc un travail qui est nécessairement évolutif et qui vient se situer dans le registre d’un art de la disparition. Pourtant, sous couvert de décomposition, ses œuvres ont au contraire tendance à ne pas disparaître complètement, tant leur forme offre des transformations organiques en matière de couleur, de texture et aussi d’odeur. Œuvre éphémère, la réactivation de sa réalisation tient ainsi du mode d’emploi qui s’apparente à la fois chez l’artiste à la recette de cuisine et au protocole, un moyen de repenser la question de la pérennité et de l’unicité de l’œuvre d’art.

Le temps est constitutif du développement de son travail. Michel Blazy renoue avec un certain usage du temps tel que celui-ci existait chez les artistes du land art, de l’art corporel ou du post-minimalisme, qui en faisaient tous un matériau de l’art. Comprendre la sculpture de Michel Blazy, c’est lui porter un regard patient et attentif et accepter les étapes qui en modifient lentement la forme au cours de l’exposition.

Dès ses débuts, Michel Blazy a constitué un répertoire de formes simples (rosace, cercle, spirale, « ver-serpent »), qui s’inscrivent dans une esthétique organique et incarnent l’idée d’une forme croissante à l’image de celles qu’on rencontre dans la nature (coquillages, plantes, fleurs). Michel Blazy ne cesse de les décliner à travers les années et dans des matériaux différents, revendiquant l’idée qu’il pourrait passer sa vie sur une pièce, et la recréer sans cesse à des échelles différentes.

Certains de ces motifs dispersés au sol ne sont pas sans rappeler les éléments d’un jardin, comme dans The Missing Garden (2002, CCA Wattis Institute for Contemporary Arts, San Francisco). Dessinés ici avec un mélange de craie et d’eau, et à l’aide d’ustensiles de nettoyage, ils sont placés dans un espace de circulation et sont donc voués à disparaître. On les retrouve aussi dans son Solarium (2012, F.R.A.C. Corse, Corte), mais sous la forme de tuyaux d’arrosage qui, enroulés, forment de grands cercles jaunes sur lesquels les visiteurs peuvent venir s’allonger pour prendre le soleil.

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Écrit par :

  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'université Marc-Bloch de Strasbourg, habilitée à diriger des recherches, critique d'art

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Pour citer l’article

Valérie DA COSTA, « BLAZY MICHEL (1966- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-blazy/