MÉTALLURGES

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La maîtrise du feu

Héraclite parle du feu toujours vivant, et l'évangile non canonique de Thomas rapporte une parole du Christ, disant : « Qui est près de moi est près du feu. » Le feu est semence spirituelle ; l'Esprit saint (esprit igné) est représenté sous la forme de flamme ardente ; c'est lui qui rend enceinte la Vierge pure, et féconde les métaux. Son approche éveille le métal, les noces se célèbrent, l'accouchement se produit donnant accès à une dimension nouvelle.

D'après Eusèbe de Césarée, le feu évoque « l'essence ignée » et l'incorruptibilité divine ; selon Hildegarde de Bingen, le feu éclairant transmet la puissance vivifiante : noir, il participe à l'obscurité infernale ; ainsi, le forgeron pourra exercer deux pouvoirs : divin et démoniaque. « Maître du feu », il procède à l'initiation et à la transmutation des métaux considérés comme vivants. Le four est comparable à une matrice dans laquelle l'embryon se développe : les métaux ont « poussé » dans la terre ; dans le fourneau, ils subissent une mutation nécessaire afin de répondre à leur vocation propre. Les dieux et les forgerons unissent leurs opérations, les uns et les autres étant les artisans de nouvelles destinées. Les armes des premiers sont l'éclair et la foudre ; les hommes fabriquent leurs outils en imitant des modèles divins, participant ainsi à leur puissance démiurgique : le marteau, le soufflet, l'enclume possèdent un pouvoir sacré relevant à la fois du merveilleux et de la magie. L'ampleur du mythe du forgeron provient du rôle qu'il exerce à l'intérieur de la création, sa vocation est de la parfaire ; collaborateur des dieux, il forme, renouvelle, modifie la nature en l'enrichissant. Telles les pierres, les métaux possèdent leur sexe : selon une tradition orale, le fer dur est mâle, et femelle le fer mou. Les pierres de pluie sont mâles ; quand l'eau tombe avec force elle est dite masculine, car tout ce qui provient du ciel est toujours porteur de semence ; par contre, l'eau coulant sur la terre est féminine. Le feu transformant les métaux est un élément divin, il recrée, purifie la matière sur laquelle il exerce son pouvoir.

Les contes folkloriques appartenant à des traditions diverses évoquent les rajeunissements opérés dans les fours : de vieilles femmes se métamorphosent en jeunes filles, des vieillards en adolescents. Les rituels chamaniques, a noté Mircéa Eliade, parlent du feu de la forge comme exerçant un pouvoir de mort ou de résurrection. Dans les mystiques archaïques, la forge est le fourneau dans lequel s'opèrent des métamorphoses comparables à des initiations, conférant à la fois l'éveil et l'immortalité. Une opération identique s'effectue dans le fourneau alchimique.

Selon un conte populaire, le Christ pénètre dans une forge portant cette enseigne : « Ici demeure le maître des maîtres. » Un homme conduit un cheval à ferrer. Ayant reçu l'autorisation du forgeron d'accomplir le travail, le Christ enlève successivement les pattes du cheval et les place sur l'enclume. L'opération achevée, il prend l'épouse du forgeron, puis sa belle-mère et les transforme en de belles jeunes femmes. Le forgeron veut l'imiter mais échoue dans ses tentatives. Le Christ fait renaître de leurs cendres les personnages placés inconsidérément dans le four, car il est le « maître du feu ». Le maréchal-ferrant et le forgeron possèdent un pouvoir divin dans la mesure où ils sont reliés à l'Esprit ; qu'ils s'en écartent, et les voici réduits à leur seule puissance humaine, toute relative et menacée de constants échecs. Les symboles des maîtres du feu – maréchal-ferrant et forgeron – sont le manteau, signe de la puissance, les pinces, le marteau et le fer à cheval.

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Jean DELUZAN, « MÉTALLURGES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/metallurges/