MESURE, musique

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Conception européenne de la mesure

Le système classique

Dans la musique classique occidentale notée avec une assez grande précision, la partition d'une œuvre est divisée en parties égales par des barres de mesure ; les valeurs, notes ou silences, comprises entre ces barres constituent la mesure ; celle-ci comprend un nombre fixe (généralement entre deux et sept) de subdivisions appelées temps. Un chiffrage, au début de l'œuvre, indique sous forme de fraction le nombre de valeurs contenues dans la mesure (numérateur), et la durée de chaque valeur en fraction d'une unité de durée (dénominateur). L'unité de durée est la ronde   et ses subdivisions binaires usitées comme unités pour les mesures vont de la moitié (blanche   ) au trente-deuxième (triple croche   ). Dans les mesures dites simples, chaque temps est divisible par deux, donc équivaut à la ronde ou à une de ses subdivisions, et le numérateur du chiffrage coïncide avec le nombre de temps : une mesure à 4/4, par exemple, contient quatre temps valant chacun un quart de ronde, soit quatre noires   . Dans les mesures dites composées où chaque temps est divisible par trois (temps ternaire), la valeur du temps est une ronde ou une de ses subdivisions à laquelle on ajoute la moitié de sa durée ; dans le chiffrage de ces mesures, le numérateur représente des tiers de temps : la mesure à 9/8 par exemple contient 9/8 de ronde, soit 9 croches, et trois temps valent chacun trois croches, soit une noire pointée. (Le point ajoute à une valeur la moitié de sa durée normale.)

Des gestes conventionnels du bras permettent de donner une représentation visuelle de la mesure, c'est ce qu'on appelle « battre la mesure ». Ce procédé, d'ailleurs quasi universel sous une forme ou une autre, facilite l'apprentissage théorique et la mémorisation des rythmes ; il est utilisé par les chefs d'orchestre pour obtenir la synchronisation de l'exécution dans les œuvres écrites pour plusieurs interprètes.

À l'intérieur d'une même œuvre, la mesure peut changer plus ou moins souvent, un nouveau chiffrage venant préciser le nouveau type adopté.

Les mesures à cinq et à sept temps se subdivisent de diverses façons : les cinq temps se répartissent en 2 + 3 ou 3 + 2, les sept en 3 + 4, 4 + 3, plus rarement par groupes de trois (2 + 2 + 3, par exemple). Ces divisions entraînent des déplacements d'accents et changent la carrure de la mesure ; elles sont fréquentes dans la musique populaire de danse (folklore d'Europe centrale) et très employées par les compositeurs contemporains.

Ce même principe, avec la variété de combinaisons possibles, se retrouve parfois dans des groupements réguliers de mesures, au moyen de la disposition des accents. Dans Gopak, « danse petite-russienne » extraite de La Foire de Sorotchintsy de Moussorgski, la mesure à 2/4 est constante, mais si par moments la coupe 2/4 est normale, dans certains passages les mesures sont groupées par deux avec des accents réguliers qui donnent la division 3/4 + 1/4. Dans un tel cas, la mesure à 2/4 est une simple commodité d'écriture, avec laquelle le rythme ne coïncide pas.

La théorie musicale traditionnelle pose comme principe que le premier temps d'une mesure doit être un temps fort, plus accentué que les autres qui sont dits temps faibles ; cette théorie est applicable dans le cas des musiques à accent rythmique régulièrement espacé, comme les danses de la suite, menuet, pavane, sarabande, ou bien comme la valse. Mais la généralisation abusive d'une telle règle aurait appauvri le rythme, voire rendu la musique monotone par une schématisation excessive. Heureusement la pratique musicale vient continuellement démentir la rigidité des théoriciens ; les syncopes, les enjambements, les contre temps déplacent les accents, remplacent les temps dits forts par un silence ou une tenue, les valeurs irrationnelles introduisent des subdivisions irrégulières des temps. Ainsi, à l'intérieur du cadre assez rigide de la mesure, le rythme a gardé sa liberté et sa variété.

Les valeurs contenues dans une mesure sont des valeurs relatives, exprimant des proportions, et non des valeurs absolues ; comme ses constituantes, la mesure elle-même prend sa durée totale grâce à l'indication d'un mouvement ou tempo, qui permet de déterminer la longueur de l'unité de temps, et, s'il se produ [...]

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Écrit par :

  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien
  • : compositeur, fondatrice et directrice artistique de l'Association pour la collaboration des interprètes et compositeurs

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Pour citer l’article

Pierre-Paul LACAS, Nicole LACHARTRE, « MESURE, musique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mesure-musique/