ARAL MER D'

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De la mer au désert

En 1989, la mer d'Aral avait rétréci au point de former deux étendues séparées : une grande mer d'Aral au sud, comprenant la partie la plus profonde (40 m), et une petite au nord, dont la salinité a presque triplé depuis les années 1950 et qui pourrait avoir disparu en 2025. En 1992, la superficie couverte par les deux parties de la mer d'Aral était tombée à près de 33 800 kilomètres carrés, et le niveau moyen avait baissé d'environ 15 mètres. Les autorités des pays limitrophes (Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan) tentèrent de mettre en place des politiques visant à encourager, dans les régions situées au sud et à l'est du lac, des pratiques agricoles moins consommatrices d'eau pour permettre aux eaux de l'Amou-Daria et du Syr-Daria de se déverser en plus grande quantité dans le lac et de stabiliser ainsi son niveau. Ces politiques toutefois eurent des effets insuffisants pour influer significativement sur le volume d'eau alimentant la mer d'Aral. En 1994, ces mêmes États créèrent un comité mixte afin de coordonner leurs efforts pour préserver la mer d'Aral. La difficulté, pour ces États concurrents, de coordonner leurs programmes entrava cependant l'avancée des projets.

Au début des années 2000, l'attention se porta sur la plus grande île des îles, Vozrozhdeniya ou île de la Renaissance. La mer d'Aral tire son nom du mot kirghize Aral-denghiz, littéralement « mer des îles », une appellation fort appropriée car elle renfermait autrefois plus de 1 000 îlots d'au moins 1 hectare chacun. Nombre d'entre eux font aujourd'hui partie de la terre ferme depuis que la mer est entrée dans son processus d'assèchement. En 2000, elle s'était contractée à tel point que Vozrozhdeniya n'était plus qu'à 10 kilomètres du rivage. Le phénomène est particulièrement inquiétant car les Soviétiques y avaient testé des armes biologiques pendant la guerre froide. Outre les essais réalisés sur des agents pathogènes provoquant notamment la tularémie et la peste bubonique, des centaines de tonnes de bacilles de charbon (anthrax) ont été enterrées dans l'île au cours des années 1980. Environ vingt ans plus tard, des spores de charbon encore en vie ont été découverts sur ce site. Les scientifiques craignent que, lorsque l'île ne sera plus circonscrite par les eaux (vers 2010), les vertébrés terrestres n'apportent le charbon dans les zones habitées.

À la fin du xxe siècle, la mer d'Aral s'assèche tellement qu'elle forme trois lacs distincts. Au début du xxie siècle, son niveau n'est plus que de 36 mètres, et son volume a diminué de 75 p. 100 par rapport à celui de 1960. Les eaux de l'Amou-Daria et du Syr-Daria n'atteignent presque plus le lac et, en l'absence de mesure radicale, la mer d'Aral risque de disparaître en quelques décennies, laissant derrière elle un vaste désert. La population environnante subit de graves problèmes de santé. Les Karakalpaks, vivant dans la partie méridionale de la mer d'Aral, sont les plus durement touchés. À la suite de la mise à nu des fonds marins, les tempêtes qui soufflent sur la région, transportent des poussières toxiques contaminées par le sel, des engrais et des pesticides. La proportion de certaines affections (cancer de la gorge, anémie, troubles rénaux...) y est anormalement haute et la mortalité infantile de la région est l'une des plus élevées au monde.

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  • : docteur en sciences de la Terre, concepteur de la collection La Science au présent à la demande et sous la direction d'Encyclopædia Universalis, rédacteur en chef de 1997 à 2015

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Pour citer l’article

Yves GAUTIER, « ARAL MER D' », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mer-d-aral/