MARSEILLE ANTIQUE

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Légendes fondatrices

« Sous le règne du roi Tarquin, des jeunes gens venus de Phocée en Asie abordèrent à l'embouchure du Tibre et firent alliance avec les Romains. De là, continuant leur navigation, ils allèrent jusqu'aux golfes les plus éloignés de la Gaule et y fondèrent Marseille, au milieu des Ligures et des peuplades sauvages des Gaulois. Pour se défendre contre leur férocité ou attaquer à leur tour ceux qui les avaient attaqués les premiers, ils multiplièrent les exploits. » Racontant la fondation de Marseille, d'après l'œuvre de Trogue-Pompée – un historien d'époque impériale originaire de Vaison-la-Romaine –, Justin (iie siècle apr. J.-C.) souligne deux aspects majeurs des débuts de la cité phocéenne : ses difficultés dans un environnement hostile et sa fidélité à Rome.

Cet enseignement est souvent négligé, car l'attention se porte sur la belle légende que rapporte ensuite Justin. Après leur visite à Tarquin l'Ancien – roi de Rome de 616 à 579 avant J.-C. selon Tite-Live –, les Phocéens débarquent sur le territoire des Ségobriges. Leur roi, Nann, prépare les noces de sa fille. « Il se disposait selon la coutume de sa nation à la donner à celui qu'elle choisirait librement pendant le festin. » Le père commande à Gyptis d'offrir l'eau à celui qu'elle veut pour mari. « L'Aiglonne » choisit parmi une cour de soupirants l'invité de la dernière heure : Protis. Le bel étranger, dont le nom signifie « le Premier », obtient de son royal beau-père un terrain pour bâtir une ville. Marseille est née.

Athénée, au iiie siècle après J.-C., raconte la même histoire en citant le philosophe Aristote qui rédigea un traité sur la constitution des Marseillais. Au cours d'un repas nuptial, Petta, fille de Nannos, distingue Euxénos le Phocéen en lui présentant une coupe de vin mêlée d'eau. Voyant dans ce geste l'expression de la volonté divine, le roi accepte cette union. Les noms ont changé, mais le rituel est le même : une princesse se donne un époux au cours d'un banquet rassemblant ses prétendants. Attestée dans de nombreux récits d'origine indo-européenne, de la Grèce à l'Inde, cette tradition recouvre sans doute une part de vérité. Elle éclaire des pratiques liées à la colonisation phocéenne. Fondée sur l'emporia – le commerce maritime à longue distance –, celle-ci implique une bonne entente avec les rois indigènes, comme Tarquin à Rome ou Arganthonios en Ibérie. Entre ce souverain de Tartessos, désireux d'ouvrir son royaume sur le monde, et les marchands phocéens, les échanges se font, au témoignage d'Hérodote, sur le mode du don et du contre-don dans un climat de confiance. Le mariage de la fille du roi Nann rappelle par ailleurs que l'aventure coloniale grecque est souvent inséparable d'unions avec des femmes indigènes.

Dans la Géographie, Strabon raconte que, au moment où les Phocéens quittaient le rivage de leur patrie, « une parole fut entendue qui leur disait de prendre pour leur navigation un chef auprès de l'Artémis d'Éphèse ». Ce sera Aristarqué, une des femmes les plus en vue de la ville. Elle a rencontré en songe la déesse qui lui ordonne d'accompagner les Phocéens en emportant les objets sacrés de son culte. Au terme de leur expédition, les colons bâtissent un sanctuaire en l'honneur d'Artémis. Aristarqué en est la prêtresse. Strabon conclut : « Dans toutes les colonies de Massalia, on vénère Artémis par-dessus toute autre divinité et on conserve à son idole la même attitude et à son culte les mêmes rites que dans la métropole. »

Un tel récit, dont le motif principal, d'inspiration religieuse, recoupe celui d'autres récits de fondations coloniales grecques, n'est pas conciliable avec le roman de Gyptis. Pour les accorder, on a proposé de rattacher la notice du géographe, non pas à l'arrivée des premiers colons, mais à l'installation de réfugiés venus de Phocée, après la prise de contrôle de leur ville par le pouvoir perse en 546. L'arrivée de fugitifs phocéens a dû certainement provoquer de grandes transformations ; mais cela ne suffit pas à assurer l'idée d'une seconde fondation.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire ancienne, université de Bourgogne, Dijon

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Pour citer l’article

Hervé DUCHÊNE, « MARSEILLE ANTIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marseille-antique/